La menace est momentanément écartée

1 741 oiseaux suspectés ont subi des analyses

Trois nouveaux dispositifs d’analyse acquis pour près de 3 millions
de DH

Prochaine alerte : octobre et novembre 2006.

O๠en est le suivi du risque de grippe aviaire au Maroc ? Aux toutes dernières nouvelles, c’est la mort d’un plumeur du marché de Ben J’dya qui, maladroitement relayée par la presse, a semé le trouble dans les esprits et ravivé la psychose qui s’était calmée, durant ces dernières semaines. Selon des sources au ministère de la Santé, la rumeur s’est répandue dès l’instant o๠le médecin qui devait délivrer le permis d’inhumer, mal informé sur les antécédents sanitaires de la victime, alerta le procureur qui ordonna une autopsie. Or, la victime, qui avait consulté d’abord un médecin privé, aurait dû être hospitalisée à  l’Hôpital du 20 août o๠elle s’était présentée. Pour cause de 1er Mai, jour férié, rendez-vous lui avait été donné pour le lendemain. Rentré chez lui, le malade décéda des suites de la tuberculose pulmonaire qu’il traà®nait.

Rabat, Casablanca, Agadir sont déjà  équipées en matériel, Tanger est en cours
La suite va être plus rocambolesque puisque le légiste qui devait procéder à  l’autopsie prit peur. La gendarmerie prit les choses en main et décida, en accord avec le comité de suivi, de lancer la procédure comme s’il s’était agi d’un vrai cas de grippe aviaire humaine. C’est là  qu’il y eut une «fuite» de l’information vers certains médias qui publièrent la «nouvelle» en première page, avec un point d’interrogation que le lecteur n’a certainement pas vu. Ce qui n’a pas été rapporté jusqu’à  présent, c’est que le fils de la victime a contracté une tuberculose, probablement contaminé par son défunt père.

Cet incident, évidemment, a ravivé les craintes et les questions au sujet du plan d’action préparé par les pouvoirs publics. On apprend ainsi que le plan de vigilance mis en place par le gouvernement suit son cours et que la première commande de Tamiflu, passée par le ministère de la Santé, porte sur un million de traitements. 10 000 doses ont été déjà  livrées et on attend la suite. Mais le comité de vigilance, lui, préconise l’achat de 7 millions de traitements dont cinq millions sont destinés au personnel qui risque, en cas de pandémie, d’être en première ligne, comme les médecins, les sapeurs-pompiers, les infirmiers, etc., qui ont besoin d’être protégés avant d’entrer en action.

Du côté du ministère de l’Agriculture, le Dr Abderrahman El Abrak, chef de la division de la Santé animale, nous apprend que, depuis octobre 2005 à  fin avril 2006, il a été procédé à  1 741 analyses d’oiseaux tous genres confondus (sauvages et domestiques, du poulet aux cigognes, perroquets et autres autruches, représentant 70 espèces…). Résultat : pas la moindre trace de contamination par le virus de l’influenza aviaire.

Par ailleurs, les laboratoires se sont dotés d’équipements de dernière génération. C’est ainsi que trois PCR (Polymerase chain reaction) ont été acquis au prix unitaire d’un million de DH, permettant aux spécialistes d’avoir des résultats en quelques heures au lieu de 10 jours.

Les PCR sont utilisés en plus du matériel conventionnel accepté par les normes des instances mondiales de la santé. Aujourd’hui, résume ce responsable, la ville d’Agadir est équipée pour traiter le flux d’analyses d’oiseaux suspectés d’être porteurs de la maladie pour la région du Sud, en plus de Rabat et Casablanca. Tanger, elle, est en cours d’équipement. Combien tout cela coûtera-t-il au Maroc ? La question n’a pas de réponse pour l’instant, aucune estimation du budget global n’étant encore disponible. En revanche, un comité administratif et financier a été mis en place pour mobiliser les fonds.

Malgré la fin de la migration, les zones humides restent surveillées
Quand on pose une question sur une éventuelle contamination qu’on n’aurait pas détectée ou qu’on aurait cachée, comme cela se colporte dans le public, le Dr Abderrahman El Abrak a cette réponse : «Comment voulez-vous ne pas voir un foyer alors que dès que la maladie se déclare, on perd 70 % de l’élevage ? Il faut le savoir, l’influenza aviaire, partout dans le monde, ne peut être occultée, car cela se voit presque à  l’Å“il nu».

Au Maroc, services vétérinaires régionaux (il y en a 49 sur le pays, comptant 240 vétérinaires), laboratoires, personnel des Eaux et Forêts… sont tous mobilisés pour surveiller ce qui se passe sur le terrain. Bien évidemment, le dispositif met à  contribution les vétérinaires privés, les professionnels du secteur avicole, dans le cadre des actions de veille, qui sont maintenues.

Plus généralement, le responsable de la santé animale du Maroc explique que le Maroc a acquis une expérience en matière de lutte contre ce genre de danger. Il cite l’éradication de la peste équine, venue d’Espagne en 1989, de la fièvre aphteuse qui avait traversé les frontières marocaines à  partir de l’Algérie en 1999. Dans la foulée, il cite aussi la clavelée des ovins dont l’incidence est aujourd’hui largement contrôlée. Sans oublier le fait que le Maroc suit l’évolution de l’influenza et veille à  l’application des interdictions d’importation de volaille ou de poussins chaque fois qu’un pays se déclare touché. Il est par ailleurs interdit d’importer tous oiseaux sauvages de quelque endroit du globe vers le Maroc.

Reste le dernier facteur de risque : les oiseaux migrateurs. Ils sont surveillés de près au niveau des 40 sites recensés o๠ils viennent hiverner. Le mouvement est terminé puisque ces volatiles sont repartis vers l’Europe à  la fin du mois d’avril. Et pour les 400 000 à  500 000 oiseaux (200 espèces au total) qui ont transité par notre pays durant cette dernière vague, aucun cas de contamination n’a été relevé sur les oiseaux suspectés et analysés. Pour autant, «la surveillance sur le terrain ne se relâche pas», explique M. Ribi, du Haut Commissariat des eaux et forêts, car le Maroc se prépare d’ores et déjà  au prochain passage. Il aura lieu aux mois d’octobre et novembre 2006, quand les oiseaux reprendront le chemin de l’Afrique via le Maroc. En somme, la trêve ne durera pas longtemps.