La hausse du charbon inquiète les sucreries

Elles utilisent dans leur process de fabrication un dérivé du charbon
dont les cours mondiaux ont doublé.

Début avril, les sucreries marocaines ont adressé au ministère de l’Industrie et du Commerce un dossier où elles font état d’un problème de flambée des cours mondiaux de certains de leurs intrants. C’est le cas notamment du coke métallurgique, dérivé du charbon utilisé dans le process de fabrication du sucre, notamment dans la phase dite de décoloration et d’élimination des impuretés.
Selon des sources au ministère, «les sucreries ont été effectivement pénalisées ces derniers mois par une flambée des cours mondiaux du charbon et de ses dérivés comme le coke métallurgique dont le prix, sur les places internationales, a plus que doublé, passant de 170 dollars la tonne à 370 dollars». Une hausse des prix que les spécialistes expliquent par la raréfaction due à l’intervention de la Chine qui rafle actuellement l’essentiel des matières premières disponibles sur le marché. Un phénomène d’ailleurs observé pour l’acier et d’autres métaux. Toujours est-il que, dans le cas du coke métallurgique, les sucreries marocaines, qui en importent chaque année près de 13 000 tonnes, se sont retrouvées du coup avec un surcoût global de 15 MDH et peut-être même un peu plus, si l’on sait que les tarifs du fret maritime ont également connu une forte hausse depuis quelques mois.

Un surcoût de 15 MDH,
aggravé par la forte hausse des tarifs du fret maritime

C’est donc la raison pour laquelle les patrons des sucreries se sont adressés aux pouvoirs publics, en la personne du ministre de l’Industrie, dans l’espoir qu’il trouve une solution à leur problème. Or, que peut faire le ministère face à une contrainte exogène de ce genre ? Théoriquement rien, d’autant plus que le temps où l’Etat passait à la caisse est bien révolu. Au ministère, on reconnaît que les charges supplémentaires, aussi modestes soient-elles, «pèseront certainement lourd dans les comptes de ces entreprises». Un haut responsable du département explique toutefois que «les sucreries n’ont d’autre choix que de répercuter ce surcoût sur leurs marges bénéficiaires».
En d’autres termes, les sucreries devront accuser elles-mêmes le coup, en attendant des jours meilleurs. Ce qui n’est pas pour arranger ces entreprises, déjà mal en point. C’est le cas de SUTA (Sucrerie, raffinerie du Tadla) dont le programme de restructuration 2004-2007 signé avec l’Etat prévoit un investissement de 215 MDH ; l’objectif étant de porter les ventes à 130 000 tonnes en 2007, contre 83 000 tonnes en 2002. En définitive, une détérioration de la situation financière des sucreries publiques n’arrangera guère les affaires de l’Etat qui, rappelons-le, tente depuis plusieurs mois de les privatiser mais n’a pas pu, à ce jour, trouver de repreneurs