La France veut rétablir sa position dans les échanges commerciaux avec le Maroc

Pour la troisième année consécutive, l’Espagne dépasse l’Hexagone au niveau des échanges commerciaux. L’Elysée estime que les deux pays sont capables d’avoir des partenariats exceptionnels dans l’automobile, l’aéronautique et les infrastructures .

La visite du Président français au Maroc était courte mais fructueuse. En dehors des deux réceptions offertes par le Souverain en l’honneur de François Hollande, les deux chefs d’Etat  ont été pour le reste du temps sur le terrain. Samedi 19, après un entretien en tête-à-tête, SM le Roi et le Président français ont inauguré un centre de maintenance du futur TGV Tanger-Casablanca (voir page 19). C’est le groupe français Alstom qui a remporté le contrat pour la livraison de quatorze rames qui devraient être opérationnelles en 2018. Dans la même journée, les deux chefs d’Etat ont visité le port de Tanger Med, troisième d’Afrique, concentrant 20% du commerce mondial et qui compte également la présence d’un grand groupe de l’Hexagone, Bouygues en l’occurrence. 

En plus des officiels, la présence des représentants de grandes entreprises françaises était très remarquable. Le management de la SNCF, Alstom, Renault, CMA-CGM, Veolia ou encore Bouygues a accompagné le Président français au cours de cette visite de travail et d’amitié. C’est dire que, pour les deux pays, et surtout la France, l’enjeu de la visite est avant tout économique. En effet, pour la troisième année consécutive, l’Espagne dépasse la France au niveau des échanges commerciaux avec le Maroc, bien que l’Hexagone reste le premier partenaire économique du Royaume. Selon l’Office des changes, à fin 2014, le Royaume réalise 16,3% de ses importations et exportations avec l’Espagne, contre 15,8% avec la France. Outre le développement des échanges avec l’Espagne, cette situation s’explique par la baisse des importations marocaines depuis la France, notamment les achats de céréales. Toutefois, la montée en puissance des exportations du secteur automobile marocain (+25% en 2014), notamment vers l’Hexagone, a permis de contrebalancer cette tendance. La prochaine installation d’une usine PSA à Kénitra pourrait carrément rétablir la situation de la France dans la structure des échanges du Maroc. Chose que confirme le Président français. Il a affirmé que les deux pays sont «capables d’avoir des partenariats exceptionnels», notamment dans l’automobile, l’aéronautique et les infrastructures.

Hormis les investissements et les échanges commerciaux, l’énergie et l’environnement ont concentré une bonnepartie des activités de cette visite. Dimanche, SM MohammedVI et François Hollande ont lancé les travaux de l’Institut de formation professionnelle aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (IFMEREE), premier d’un réseau qui bénéficiera d’un prêt souverain de 10 millions d’euros consenti par l’Agence française de développement (AFD). De plus, une réunion de travail a rassemblé les ministres de l’équipement, de l’environnement et de l’énergie avec leurs homologues français pour discuter des thèmes d’actualité, notamment la prochaine conférence sur le climat (COP21) à Paris du 30 novembre au 11 décembre.

Le Maroc fait figure de bon élève dans la lutte contre le réchauffement climatique

A ce titre, un protocole dit «Appel de Tanger» a été signé en préalable à ce rendez-vous et à son édition suivante de 2016 qui se tiendra à Marrakech. Les deux dirigeants ont promis d’œuvrer pour la réussite de ces deux évènements majeurs. En substance, le Maroc fait figure de bon élève dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il est le deuxième pays africain à avoir remis sa contribution pour la conférence de Paris, et nourrit l’ambition de passer à 42% d’énergies renouvelables d’ici 2020 avec des objectifs ambitieux de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.  

Par ailleurs, la coopération sécuritaire et la lutte contre la radicalisation n’ont pas été en reste. Les deux pays ont procédé à la signature d’un accord pour la formation d’imams français au Maroc au sein de l’Institut Mohammed VI, avec l’objectif de leur inculquer un Islam du juste milieu. Les imams français recevront ainsi une formation théologique de deux ans à Rabat, qui sera complétée par une formation civique, reprenant les principes de la République, dispensée en France. Un contingent d’une cinquantaine d’imams va bénéficier de la formation cette année.