La formation professionnelle se met au diapason des stratégies sectorielles

L’office ouvrira 120 nouveaux établissements et offrira 214 000 places pédagogiques supplémentaires pour former 1,7 million d’étudiants d’ici 2020. Près de 3 553 collaborateurs, dont 2 003 formateurs, seront recrutés. Un cursus Middle management de niveau bac+3 et bac+4 démarrera à partir de l’année universitaire 2016/2017.

L’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) avance à grands pas. De nombreux chantiers ont été engagés et ont permis de développer le dispositif de formation à la fois sur le plan qualitatif que quantitatif. Le bilan de l’office sur la période 2002/2015, présenté par Larbi Bencheikh, son directeur général, lors du dîner-débat organisé par La Vie éco le 22 février 2016, fait état d’une progression de 85% du nombre des établissements (de 184 à 341) et de 700% des places pédagogiques qui s’élèvent à 436 000.

A ce jour, l’offre de formation touche plus de 300 métiers de différents secteurs (industriel, tertiaire, transport, BTP, hôtellerie et NTIC). Elle est répartie en cinq niveaux : technicien spécialisé pour les bacheliers, technicien pour le niveau bac, la qualification pour la 3e année du collège, la spécialisation pour ceux qui détiennent un niveau de certification primaire et le Bac pro programmé à compter de l’année scolaire en cours. De cette dernière branche devraient sortir, dans un premier temps, 3 000 lauréats spécialisés dans 10 secteurs et 17 filières. Ce nombre est censé augmenter d’ici 2020 pour atteindre 140 500. «Il s’agit d’une initiative du ministre de l’éducation nationale que nous avons saisie», explique Larbi Bencheikh. La formation qualifiante de courte durée (3 à 9 mois) destinée à satisfaire les besoins urgents des entreprises est aussi en nette progression, passant de 1 000 à 124 000 places.

L’amélioration de l’employabilité des jeunes figure aussi parmi les chantiers ouverts par l’office. Un cursus dédié aux diplômés chômeurs, principalement les licenciés, a été mis en place cette année. Il permettra de former 5 000 candidats. La formation par alternance a également connu une nette progression, puisque les effectifs sont passés de 7 000 à 89900. «L’objectif serait de passer d’un taux de 30% de formation alternée à 60% d’ici 2020», développe le directeur général.

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De même, des efforts conséquents ont été fournis pour l’accompagnement des secteurs structurants. Le nombre de stagiaires formés a augmenté de 4700% pour le transport et logistique, 2200% pour l’hôtellerie-tourisme, 1959% pour les métiers des NTIC et 1000% pour le secteur tertiaire. Le BTP et l’automobile ont enregistré respectivement une hausse de 673% et 279%.

Durant cette période 2002-2015, l’office a multiplié par cinq le nombre de ses lauréats, passant de 40 000 à 192 000. Côté entrepreneuriat, 60 guichets d’appui à la création d’entreprises ont été créés depuis 2007. Ces guichets ont contribué à la réalisation de 7 089 plans d’affaires montés et la création de 1 689 entreprises créées, dont 73% appartenant à des lauréats de l’office. Ces entreprises ont généré 8 445 emplois. 

Renforcement des moyens et optimisation de l’organisation

«La formation professionnelle est vitale pour le développement d’un pays», a déclaré Larbi Bencheikh. Selon lui, le taux d’encadrement ne peut pas dépasser 20% dans une entreprise. Le reste des effectifs ne peut provenir que de la formation professionnelle. Dès lors, la stratégie de développement de l’office a été bâtie en fonction de cette réalité. Outre la quantité, il a beaucoup misé sur la qualité de ses prestations. «A mon arrivée à l’office, nous avons constaté plusieurs dysfonctionnements, principalement l’absence de découpage des programmes entre les régions», regrette M.Bencheikh. A cet effet, il a été décidé de généraliser les découpages et les contenus des programmes dans tous les centres. «Cette réforme qui a concerné plus de 6 000 modules a nécessité plus d’un an de travail», explique-t-il. Une absence des supports didactiques pour les formateurs avait également été notée. A cela s’ajoutait l’insuffisance des supports documentaires. Pour rectifier le tir, plus de 70000 ouvrages spécialisés ont été achetés. Les équipes de l’office qui comptent parmi eux plus de 1500 ingénieurs et docteurs ingénieurs ont élaboré plus de 5700 contenus détaillés contre 124 en 2002. Dans le même esprit, la durée de formation d’une cinquantaine de filières diplômantes a été ramenée de 2 ans à une période de 3 mois à un an.

Ce travail de réorganisation a été étendu à la formation par apprentissage destinée aux petits métiers. Un audit a révélé que 48% des stagiaires abandonnait avant la fin du cursus. «A cet égard, nous avons développé le mode dual (par alternance) qui a été créé par les Allemands. Actuellement ce mode représente 30% de la formation contre 14% en 2001 et nous comptons atteindre 60% à l’horizon 2020», développe M.Bencheikh Avant d’ajouter: «Nous nous sommes penchés, depuis 2013, sur le développement de la formation production pour satisfaire nos propres besoins». Autrement dit, les stagiaires travaillent sur des projets qui profitent directement à l’office.

Certification des formateurs et évaluation rigoureuse des stagiaires

La création des Centres de développement des compétences demeure l’un des chantiers les plus structurants qu’a engagés l’OFPPT durant cette dernière décennie. Ces centres, avec l’appui de l’expertise internationale, assurent aujourd’hui la veille technologique, mais aussi l’élaboration des épreuves d’examens ainsi que la formation et le perfectionnement des enseignants. Un bilan de compétence réalisé par l’office a révélé que les formateurs ne maîtrisent que 30 à 40% des modules. Et pour cause, «70% sont des lauréats de l’OFPPT. Certains ont été recrutés juste après l’obtention de leur diplôme et n’ont aucun vécu industriel», explique le management. Et d’ajouter : «Nous avons donc perfectionné nos formateurs et recruté des ingénieurs et lauréats de grandes écoles en plus des vacataires (2 170)». Résultat : 74% des recrutements réalisés depuis 2009 sont des bac+4 et ingénieurs. Un programme de certification a aussi bénéficié à 1 893 formateurs. Les établissements de formation ne sont pas en reste. Aujourd’hui 26 centres sont certifiés ISO 9001. L’office prépare aussi la mise en place de la norme Responsabilité sociale et sociétale ISO 26000 au niveau de 4 EFP.

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Le taux d’insertion des lauréats est monté à 72%

Bref, l’office se montre plus rigoureux dans la formation. Cette ligne de conduite est également appliquée pour le système d’évaluation des stagiaires. Au début des années 2000, le taux de réussite avoisinait les 100%. Mais après la refonte du système d’évaluation matérialisée par la centralisation des examens, l’élaboration des épreuves par les centres de développement des compétences et l’implication des professionnels dans ce processus, ce taux est tombé à 79% en 2015.

Cette restructuration a eu des retombées très positives. Principalement, l’intérêt porté par les bacheliers à l’office est plus élevé. La preuve, le nombre de demandes par place est de 2 à 4 et dépasse 10 pour les centres spécialisés. Ainsi, depuis 2010, 156600 bacheliers avec mention ont déposé leurs candidatures pour la formation technicien spécialisé. Si de tels profils bénéficient d’une formation de qualité, il n’y a pas de doute que les entreprises ne se feront pas prier pour les embaucher. A ce propos, on a appris que l’office a recruté 1 000 formateurs pour une masse salariale de 100 MDH par an afin d’améliorer la communication orale et écrite en langues étrangères des stagiaires pour faciliter leur insertion dans le monde de l’entreprise. Le résultat est palpable : le taux d’insertion a en effet atteint les 72% en 2010.

Pour améliorer le taux d’insertion des lauréats en favorisant l’adéquation entre les profils et les besoins des acteurs économiques, l’office mène de manière régulière des enquêtes de satisfaction auprès des entreprises publiques et privées. La dernière a porté sur un échantillon de 700 structures. 90% sont globalement satisfaites des compétences des lauréats et estiment que leur niveau technique a progressé durant les 3 dernières années. En revanche, 78% évoquent des lacunes en communication et langue française. Malgré tout, il est rassurant d’apprendre qu’elles envisagent à l’unanimité de faire appel à l’OFPPT en cas de besoins en recrutement.

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Le coût de formation réduit de moitié

Les performances sont le fruit d’une stratégie basée aussi sur l’optimisation et la rationalisation des moyens. «L’OFPPT est actuellement comme une grande entreprise. Un nouveau modèle de gestion qui a nécessité un travail de longue haleine», déclare M.Bencheikh. En 2002, à peine 50% des places pédagogiques étaient occupées. Un système en trois groupes a alors été adopté pour optimiser le taux d’occupation. Une grande partie du matériel était aussi peu utilisée du fait de la non-spécialisation des espaces. Le réaménagement entrepris (création d’espaces spécialisés) a permis de porter le taux d’utilisation de 40% à 100% et de redéployer plus de 360 MDH de matériels. Côté ressource humaine, l’office a œuvré pour baisser le taux du personnel administratif de 45% à 26% et adapter celui des formateurs aux standards internationaux en l’augmentant à 74%. Grâce au développement de la formation-production, l’office a réalisé des économies de 7,5 MDH depuis 2013. Toute cette stratégie a entraîné une augmentation des ressources propres qui ont atteint 353 MDH en 2014 contre 32 millions en 2002. Ces revenus couvrent les charges d’exploitation de l’office estimées à 256 MDH en 2014. Dans ce sens, il est à noter que, contrairement aux recettes, les charges ont progressé à un rythme très lent (174 MDH en 2002), malgré l’augmentation du nombre des centres, des collaborateurs et des étudiants. Des économies importantes ont été réalisées grâce à la réduction de 50% du coût de formation par stagiaire (14 200 DH en 2002 contre 6 997 DH en 2015). L’Etat a aussi fait une économie de 3 milliards de DH puisque l’office n’a plus recours aux subventions publiques depuis 6 ans.

Un budget de 20 milliards de DH pour le plan de développement 2020

L’OFPPT est maintenant décidé de continuer sur sa lancée en s’appuyant sur un Plan de développement très ambitieux à l’horizon 2020. Ce dernier vise principalement à accompagner les stratégies sectorielles et projets structurants engagés par le Royaume. Il prend aussi en considération la vision stratégique de la réforme du système de l’éducation et de la formation nationale. Dans le détail, 120 nouveaux établissements et 214 000 places pédagogiques seront créés pour satisfaire les besoins en compétences des opérateurs économiques et sociaux. Autrement dit, l’office formera d’ici 2020 plus de 1,7 million de jeunes. Le renforcement de l’offre de formation du Middle management se traduira par la création d’un cursus pour les Bac+3 et +4 à partir de l’année universitaire 2016/2017. Cette action permettra ainsi de réduire les flux au niveau des universités.

Le plan prévoit d’augmenter la contribution de l’office à la résorption de la déperdition scolaire. Les places pédagogiques destinées aux déscolarisés vont passer de 176 000 en 2015 à 263 000 en 2019/2020. L’appui à la création des entreprises figure aussi sur la liste des priorités. A l’horizon 2020, l’OFPPT accompagnera la création de 6 000 entreprises pouvant générer jusqu’à 27 000 emplois.

Côté gouvernance, une autonomie avancée sera accordée aux Offices régionaux. Dans la même veine, l’implication des parties prenantes et du milieu professionnel dans la prise de décision (Conseil d’administration des offices régionaux, Comités de gestion EFP, représentants des stagiaires) est encouragée. Des conventions seront également conclues avec les associations professionnelles pour favoriser l’insertion des stagiaires et leur garantir des conditions de travail décentes. Le déploiement de ce plan ambitieux nécessitera le recrutement de 3 553 collaborateurs dont 2 003 formateurs et la mobilisation d’un budget de 20,745 milliards de DH qui seront financés à hauteur de 46% par la taxe professionnelle. L’office et l’Etat prendront en charge respectivement 30% et 24% du montant.

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Les actions sociales ne sont pas en reste dans la stratégie de l’office. Il a créé 49 centres de formation en collaboration avec la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus pour une capacité totale de 9 175 places. De même, 50 projets, dont 10 centres mixtes de formation d’une capacité de 22 123 places, ont été réalisés en partenariat avec la Fondation Mohammed V pour la solidarité. A cela s’ajoutent 22 unités mobiles de formation de 3 000 places et 50 internats offrant 6 000 lits pour réduire la déperdition scolaire dans le milieu rural. L’office envisage également de renforcer son partenariat avec la Fondation Mohammed V pour la solidarité en créant des filières répondant aux besoins de l’environnement socio-économique des centres de formation et en augmentant la capacité d’accueil dans ces centres.

Des dossiers de formation non remboursés ou avec beaucoup de retard. Les professionnels n’ont pas manqué de soulever cette question lors du dîner-débat de «LaVieéco». En réponse, Larbi Bencheikh a expliqué que «pour ce système l’office n’assure que le secrétariat, en l’occurrence la vérification de la conformité des dossiers au cahier des charges». Il précise que ce système est géré de manière tripartite par le ministère des finances, la CGEM et les syndicats. Pour mettre fin à ce cafouillage, l’office a présenté une proposition qui consiste à élaborer annuellement un catalogue de formation tenant compte des ingénieries proposées par les fédérations et associations professionnelles qui déterminent les besoins en formation de chaque secteur. «Nous avons tous les moyens pour assurer cette mission et avons prévu, d’ici 2020, la mise à niveau de 1,5 million de salariés», annonce M. Bencheikh.