La Fondation Mohammed V a investi près de 2 milliards de DH en cinq ans

Ses recettes s’élèvent à 1,35 milliard de DH depuis sa création.
Les actions humanitaires, notamment durant Ramadan, et les opérations d’accueil des MRE ont absorbé 528 MDH.
Actions sociales et développement durable des missions peu connues du grand public.

Distribution de la soupe pendant le Ramadan, vente de petits badges jaunes et bleus ou encore accueil, désormais traditionnel, réservé chaque année aux MRE à leur arrivée au pays : ce sont là incontestablement les moments forts qui ont permis à la Fondation Mohammed V de s’imposer en tant qu’acteur majeur de l’humanitaire et du social. La fondation doit en grande partie sa notoriété, aujourd’hui indiscutable, au caractère spectaculaire de ces actions. A tel point que, parfois, beaucoup ont fini par croire que son action s’arrête là. Or, la réalité est tout autre. Certes, l’humanitaire est un axe fondamental de l’activité de la fondation, mais il en existe deux autres aussi importants: les actions sociales et le développement durable. Cette méconnaissance partielle des activités de la fondation peut également s’élargir à d’autres questions comme son organisation, son mode de fonctionnement et surtout ses finances. Pourtant, on ne peut pas reprocher aux responsables de ne pas publier les chiffres. Il n’y a qu’à voir le site officiel (www.fm5.ma) pour se rendre compte que tout est minutieusement comptabilisé.
Premier constat chiffré : depuis sa création, en juillet 1999, la fondation a investi ou s’est engagée à le faire pour près de 1,8 milliard de DH dont 651 millions dans les actions sociales, 528 millions dans l’humanitaire et 444 millions dans des projets de développement durable. Dans cette enveloppe, près de 879 MDH proviennent des partenaires de la fondation qui, elle, prend à sa charge le reliquat.

Des expériences originales à dupliquer ailleurs
Mais, autant il est aujourd’hui facile de chiffrer les engagements et les dépenses en valeur, autant il est difficile de donner avec exactitude le nombre de bénéficiaires. Car si dans des opérations humanitaires (comme celles de Ramadan, par exemple), on comptabilise généralement le nombre de personnes qui reçoivent les aides, dans d’autres projets, par contre, il est difficile de connaître avec exactitude les populations qui en bénéficient. C’est le cas notamment des projets de développement durable comme les opérations d’adduction d’eau potable, d’électrification rurale, de projets de coopératives de femmes rurales, de création d’activités génératrices de revenus (micro-crédit)…
Forts de leurs six ans d’expérience et d’exercice sur le terrain, les gestionnaires de la fondation semblent convaincus que la problématique du développement telle qu’elle se pose au Maroc aujourd’hui n’est pas uniquement, et surtout pas, une affaire de chiffres. Lors d’un entretien à bâtons rompus accordé à La Vie éco, Zoulikha Nasri ne cache pas sa conviction que ce qui est fait par la fondation n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Et c’est ce qui fait dire à Mme Nasri et aux deux administrateurs également présents lors de l’entrevue, en l’occurrence Tariq Sijelmassi (par ailleurs PDG du Crédit agricole) et Azzeddine Benmoussa, que le rôle aujourd’hui va au-delà de l’assistance. Ainsi, et sans que cela se fasse au détriment de l’humanitaire et de ses actions phares (Ramadan, accueil des MRE…), un autre volet important dans les actions de la fondation est de donner l’exemple, d’initier des expériences originales dans l’espoir que d’autres ONG prennent le relais pour les dupliquer.

Les moyens financiers restent insuffisants
C’est effectivement ce rôle d’exemplarité qui permettra de démultiplier le phénomène de solidarité. Les projets originaux ne manquent pas. On citera, pour seul exemple, un programme de recasement des familles qui vivaient pendant de longues années sur la décharge d’Akreuch à Rabat et pour lesquelles la fondation a pu mettre au point un montage des plus originaux. Les familles sont recasées dans des logements décents à Aïn Aouda et des micro-crédits leur ont été consentis pour les aider à avoir des activités génératrices de revenus puisque la décharge était leur seule source de revenus. Il s’agit là d’actions de développement intégré et durable. Plusieurs autres décharges ont besoin d’une telle solution. C’est dire que cette expérience gagnerait à être poursuivie avec ou sans la fondation qui, de toutes les manières, ne peut pas disposer de moyens financiers pour faire autant avec toutes les décharges du pays. D’autant plus que d’autres populations ont des besoins tout aussi urgents et ce ne sont pas les recettes de la fondation, à elles seules, qui pourront venir à bout de la misère. Des recettes qui ont atteint au 31 décembre 2003 près de 1,35 milliard de DH dont la fondation consomme à peine 1,4 million de DH par an (moins de 1 % du budget annuel) pour ses besoins de fonctionnement.

Tout savoir sur les chiffres de la fondation ? Il n’y a qu’à visiter le site officiel (www.fm5.ma) pour avoir une idée sur ses ressources et emplois de manière détaillées.