La flambée du cours du sucre fait perdre 1,5 milliard de DH à  l’Etat

Le gouvernement avait tablé sur un cours cible de 220 dollars la tonne, alors que le sucre se négocie aujourd’hui à 523 dollars sur le marché international.
L’Etat doit trouver d’urgence le manque à gagner pour équilibrer
ses comptes.
L’arrêt momentané de deux sucreries a créé une
petite tension sur les prix à la consommation.

La tension sur le sucre en morceaux qui a prévalu depuis début janvier s’est enfin apaisée. Courant janvier et début février, le prix de la petite boîte d’un kilogramme a atteint 8 DH alors que, légalement, il est fixé à 5 DH. Une telle flambée s’explique par une pénurie de la denrée sur le marché qui, à son tour, a engendré un mouvement de spéculation de la part des commerçants, les grossistes notamment. C’est, en somme, le vieux principe universel selon lequel «la rareté fait la valeur». A la Cosumar, d’ailleurs, on ne s’étonne guère d’une telle flambée.

Mais comment et par quoi s’explique cette soudaine pénurie de sucre en morceaux? En décembre dernier, les usines de Casablanca et de Khemis Zemamra ont dû être arrêtées pendant près de trois semaines pour des raisons d’entretien et de maintenance des machines. Et ce sont justement ces deux usines qui fournissent la quasi-totalité du sucre en morceaux écoulé sur le marché. La pénurie s’explique également par un deuxième facteur, exogène. En effet, en décembre de chaque année, les usines de sucre commencent à réceptionner les récoltes de canne à sucre qui remplacent la betterave dans le processus de fabrication. Or, en décembre 2005, les sucreries n’ont pas vu arriver leur matière première pour la simple raison que les agriculteurs n’avaient pas pu récolter à cause des fortes précipitations. L’attente a duré plus d’un mois et ce n’est qu’au début février, une fois le sol asséché, que les exploitants ont pu accéder aux plantations.
Cela dit, et selon les mêmes sources à la Cosumar, cette tension est aujourd’hui retombée avec le redémarrage des deux usines de Casablanca et de Zemamra et le début de la récolte de la canne à sucre.

L’Etat n’envisage pas d’augmenter le prix
Pour autant, si le consommateur est soulagé, l’Etat, lui, n’est pas sorti de l’auberge. Gouvernement et Cosumar sont aujourd’hui confrontés à un problème bien plus compliqué. Les cours mondiaux du sucre ont flambé depuis quelques semaines. La tonne se négocie actuellement à 523 dollars (4 700 DH) sur le marché international. Ce qui n’arrange guère les affaires de l’Etat qui avait, dans ses prévisions concernant les fonds destinés à la compensation, tablé sur un prix cible de 220 dollars (1 980 DH). Dans le schéma prévu, les importateurs (dont la Cosumar) devaient en plus payer des équivalents tarifaires et des droits de douane pour atteindre un prix d’équilibre de 4700 DH, de manière à préserver les intérêts du producteur national. Au passage, les premiers devraient rapporter quelque 900 MDH destinés à renflouer la Caisse de compensation. A cette recette s’ajoutent les 500 MDH empochés par le Trésor au titre des droits de douane. En tout, 1,4 milliard de DH.
Or, avec des cours mondiaux qui représentent aujourd’hui le double du cours cible, l’Etat va devoir surseoir à l’application des équivalents tarifaires et des droits de douane. Du coup, le Trésor se trouve avec un manque à gagner de près de 1,5 milliard de DH qu’il faudra trouver ailleurs.

Au ministère des Affaires économiques et générales, on qualifie la situation d’impasse. Rachid Talbi Alami, en charge du département, tente de trouver des solutions et elles sont de deux types. «La plus logique, économique, voudrait qu’on augmente le prix public de vente du sucre», explique-t-il en faisant toutefois remarquer que «cela n’est pas du tout envisageable à l’heure actuelle». «La logique, politique, veut que nous trouvions tout simplement 1,5 milliard de DH», conclut-il. A ce niveau, c’est plutôt le ministre des Finances qui devra apporter LA réponse. Or, le Budget 2006 étant déjà serré, on se demande comment procédera Fathallah Oualalou pour résoudre l’équation.

Le pétrole, encore lui, à l’origine de tous les maux

Les cours du sucre ont flambé en l’espace de quatre mois seulement. Le prix est passé d’environ 290 dollars la tonne, en novembre 2005, à 523 dollars actuellement. Deux facteurs sont à l’origine de cette envolée. Le premier a pour nom «Brésil». Premier producteur de canne à sucre, ce pays, au lieu de transformer sa canne en sucre brut, préfère de plus en plus destiner ses récoltes à la fabrication de l’éthanol, plus demandé en raison du renchérissement du pétrole. La conséquence en est que le sucre brésilien se fait de plus en plus rare sur le marché et donc plus cher. Or, il se trouve que la majeure partie des importations de sucre du Maroc, environ 600 000 tonnes par an, proviennent de ce pays. A cela, il faut ajouter une anticipation des opérateurs suite à l’annonce par l’Europe, en fin 2005, du retrait de près de 4 millions de tonnes du marché dans le cadre de la réforme de son secteur sucrier.