La filière sucrière africaine face aux défis de l’intégration et de la compétitivité

Le continent doit importer environ 8 millions de tonnes de sucre par an pour subvenir à ses besoins. Le Maroc est le 3e producteur en Afrique avec une capacité totale de 1,65 million de tonnes.

Comment réussir l’intégration de la filière sucrière africaine et pourra-t-elle gagner le défi de la compétitivité ? Voilà deux questions qui ont constitué la trame de fond sur laquelle se sont déroulées les deux journées de débats de la deuxième édition de la Conférence internationale du sucre (CIS). Organisée les 22 et 23 février à Marrakech, par l’Association professionnelle sucrière (APS), en partenariat avec l’Organisation internationale du sucre (OIS), la manifestation a constitué un carrefour de rencontre et de partage entre les acteurs sucriers mondiaux, les décideurs, les professionnels techniques, les institutionnels, les consultants et les associations professionnelles. Quelque 500 participants de délégations des pays membres de l’ISO, une trentaine d’intervenants d’envergure internationale et 20 pays représentés ont été enregistrés.

La conférence a été aussi l’occasion pour les différentes parties prenantes de l’industrie sucrière de faire le point sur les recommandations de la 1ère édition de la CIS, mais surtout de profiter des interventions des opérateurs sucriers africains présents, étant donné que cette année l’évènement a été orienté Afrique. En témoigne le choix de la thématique centrale : «Une filière sucrière africaine intégrée et compétitive : rêve ou réalité ?». Deux temps forts ont ponctué la conférence : un focus sur la filière sucrière marocaine (à travers les thématiques de la compétitivité, RSE, durabilité, recherche et développement, restructuration des acteurs et des interprofessions agricoles) et un panorama de la filière sucrière africaine.

Pour les intervenants, la filière sucrière marocaine, un exemple sur le continent, continue à renforcer la modernisation de son amont agricole avec comme objectif d’augmenter les rendements pour atteindre plus de 12 tonnes de sucre à l’hectare, et d’assurer 56% des besoins du pays en sucre produit localement à partir des plantes sucrières à l’horizon 2020.

A l’export, Cosumar vise 300 000 tonnes par an

Aussi, la culture de la canne à sucre a fait l’objet d’un programme de relance (initié en 2015). Ce dernier vise à redynamiser la culture de la canne à sucre et à améliorer son attractivité dans les périmètres du Gharb et du Loukkos. Il prévoit la plantation de 4 000 ha par an avec un objectif de rétablir la superficie sous canne à 20000 ha à l’horizon 2019. Rappelons qu’en 2008 Fimasucre, appuyée par l’Etat, a engagé un important plan de développement et de mise à niveau de la filière sucrière sur la période 2008-2013. Les mesures prises ont amélioré la productivité en termes de rendement des plantes sucrières qui ont augmenté de 7 à 11 tonnes à l’hectare entre 2006 et 2016 permettant l’accroissement des revenus des partenaires agriculteurs d’une moyenne de 10% par an.

Par ailleurs, grâce à ses capacités de production excédentaires, la filière sucrière, à travers son unique opérateur sucrier Cosumar, œuvre pour le développement de son activité à l’export pour atteindre un volume dépassant les 300 000 tonnes par an, rappelle le management de Cosumar. Ces opérations d’export se font dans le cadre du régime d’admission temporaire et ne bénéficient d’aucune subvention. Cosumar vise à améliorer la compétitivité, la marge, les ratios de consommation et le coût logistique à l’export en s’appuyant sur les projets de développement en cours. La raffinerie «Durrah SugarRefinery» en est le plus saillant. Il s’agit d’un co-investissement dans une nouvelle raffinerie de sucre en Arabie Saoudite en partenariat avec les saoudiens «Consolidated Brothers Company» et «Industrial Projects Development Company». Cosumar participera à hauteur de 460 MDH dans le capital de la société.

En parallèle, l’accent à été mis sur la nécessité de fournir plus d’efforts dans la réduction de la consommation énergétique par l’adoption de nouvelles technologies propres et durables, la conversion des installations industrielles pour de nouveaux combustibles et enfin la modernisation du conditionnement par l’automatisation intégrale du pain de sucre.

L’Afrique consomme 18,2 millions de tonnes de sucre par an

S’agissant de la filière sucrière en Afrique, «le continent est déficitaire d’environ 8,2 millions de tonnes de sucre, dont le niveau d’autosuffisance n’a cessé de se détériorer au cours de ces dernières années», martèlent les experts. Le taux d’autosuffisance en 2015 était estimé à 55% contre 61% en 2014. Bon nombre de pays africains doivent importer du sucre pour répondre à une partie ou à la totalité de leurs besoins intérieurs. Les panélistes expliquent ce niveau de déficit par une production pratiquement stagnante et une forte croissance de la consommation soutenue par l’augmentation des revenus des populations et la disponibilité du sucre sur le marché mondial.

La production totale du continent est évaluée à environ 11,1 millions de tonnes en 2014. En termes de capacité de production, le Maroc occupe la 3e place en Afrique avec une capacité totale de 1,65 million de tonnes. En face, la consommation de sucre en Afrique en 2014 est estimée à environ 18,2 millions de tonnes. Selon plusieurs intervenants de délégations africaines, malgré les prévisions d’une expansion potentiellement considérable de la production (dynamisée par une activité d’investissement intense), des obstacles liés au coût élevé de la dette et du capital, à la réglementation, à la distribution des terres, à la faiblesse des infrastructures et à la bureaucratie risquent, pour certains pays, d’entraver la réalisation des projets annoncés.