La filière oléicole toujours pénalisée par le vrac

Peu regardant sur la traçabilité et la qualité, le marché local continue de favoriser le conditionnement en vrac. Sur 12 000 unités de trituration, seules 200 sont agréées par l’ONSSA. Production et consommation augmentent, mais l’export ne décolle pas.

Le conditionnement en vrac reste le talon d’Achille de la filière oléicole. Pour preuve, près de 85% de la production nationale de l’huile d’olive et de l’olive de table est conditionné en vrac, à en croire Interprolive, la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive. Autre phénomène qui a la peau dure : les mauvaises conditions de trituration. En effet, sur les 12 000 unités que compte le Royaume, seules 200 unités sont agréées par l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). Pourtant, l’agrément du gendarme de la sécurité alimentaire reste l’unique gage de traçabilité et de respect des conditions d’hygiène. «La qualité est le dernier souci des unités de trituration, y compris celle qui sont modernes, pour la simple raison que le marché local ne l’exige pas. Il y a une idée reçue chez le consommateur marocain lambda, selon laquelle l’huile en vrac triturée dans les maasseras est forcément de qualité meilleure», déplore Rachid Benali, président d’Inteprolive.

A titre d’illustration, le taux d’acidité qui ne doit pas, selon la législation en vigueur, dépasser 2,5% monte jusqu’à 10% sur le marché local, selon les observations de l’interprofession. En dehors des unités de trituration, la situation est aussi problématique.

Bidons récupérés par les chiffonniers et réutilisés comme emballage sans traitement, revendeurs et intermédiaires non identifiés par les autorités sanitaires, prix du vrac parfois plus élevé que celui des produits agréés…Autant de maux qui révèlent l’anarchie qui caractérise le circuit de commercialisation. «Dans les souks, la couleur jaunâtre et blanche des olives disposés en vrac sur les étals en dit long sur la qualité», poursuit M.Benali. Relayés par les médias de temps à autre, les cas de fraude à l’huile d’olive ne sont pas isolés. En plus d’écorner l’image de l’huile marocaine, qui n’est d’ailleurs pas très reluisante d’après le chef de file des oléiculteurs, cet état de fait ne permet pas de mieux valoriser la production nationale et booster l’export, malgré les investissements colossaux du Plan Maroc Vert (29,5 milliards de DH dont 8,4 milliards apportés par l’Etat sur la période 2009-2020, voire encadré 2).

La production augmente, l’export ne décolle pas

En effet, le volume des exportations fluctue d’une année à l’autre, en fonction de la production et du prix sur le marché local, entre autres. Quand il ne baisse pas, celui-ci stagne ou augmente légèrement. En gros, l’export reste encore loin des objectifs fixés par le contrat-programme de la filière oléicole, à savoir 120000 tonnes pour l’huile d’olive et 150000 tonnes pour l’olive de table. Dans le détail, les exportations d’huile d’olive et d’olive de table ont atteint, respectivement, 22000 tonnes et 85000 tonnes durant la campagne précédente, considérée comme normale. S’agissant de la campagne actuelle où l’on s’attend à un record de production, la profession table sur une progression significative des exportations, compte tenu des prix favorables à l’international – 28 à 30 DH contre 25 DH sur le marché local – et des aides publiques. «La barre de 40 000 tonnes d’huile d’olive sera dépassée», s’enthousiasme M.Benali, pour qui, seule l’évolution du comportement du consommateur via la sensibilisation et la lutte contre l’informel, pourrait marquer un sursaut de la filière, en phase avec l’esprit de la stratégie du PMV. En clair, tant que la demande nationale n’évolue pas, l’offre ne suivra pas.

Cette montée en gamme n’aura aucun impact sur le coût de production, bien au contraire. «Faites un tour dans les grandes surfaces, l’huile d’olive conditionnée qui respecte les standards et la législation est vendue moins cher que celle qui est vendue en vrac», illustre Rachid Benali. Malgré tout, pas mal de marques marocaines arrivent à sortir leur épingle du jeu à l’international, face à la concurrence espagnole ou italienne. Aïcha-Les Conserveries de Meknès, Atlas Olive Oils, Lesieur Cristal, les Huiles de Saiss, Zitoun Al Atlas, Diana Holding… Ce sont là autant de champions à l’export dont l’huile d’olive est reconnue et primée à l’international sur les marchés européens et américain. D’ailleurs, ceux-ci représentent à eux seuls près de 80% des exportations.

Plus d’un million d’hectares planté

S’il est clair que l’aval n’a pas évolué en termes de normes et de qualité malgré les investissements en équipements de transformation, force est de reconnaître que l’amont agricole a parcouru un long chemin dans la mise à niveau. D’après les chiffres communiqués récemment par le ministère de l’agriculture à l’occasion du Salon de l’olivier, la superficie plantée a atteint 1,07 million d’hectares, contre 680 000 ha en 2009. Ainsi, la part de l’olivier dans le verger arboricole national a grimpé à 65%. De son côté, la production atteindra 2 millions de tonnes d’olives au titre de la campagne actuelle (+28%). Ce qui fera du Maroc le 4e producteur mondial, grâce à l’effet des nouvelles plantations réalisées dans le cadre du contrat programme, couplé aux conditions climatiques favorables.

Côté emploi, la filière oléicole nécessite à ce jour 51 millions de journées de travail, soit l’équivalent de 380000 postes permanents dont 20% d’emplois occupés par les femmes. A l’export, elle brasse pas moins de 1,8 milliard de DH en devises, si l’on prend la moyenne des cinq dernières années.

Superficie : 1,07 millions d’ha.
Production estimée (2018-2019) : 2 millions de tonnes d’olives.
Emploi : 51 millions de journées de travail.
Part dans le verger arboricole : 65%.
Recettes à l’export : 1,8 milliard de DH.

Pas moins de 55 projets ont été lancés depuis 2009, dont 30 projets pilier I et 25 projets d’agriculture solidaire pilier II. Ceux-ci ont boosté l’investissement au niveau de la filière pour atteindre 2,4 milliards deDH dont 1,4 milliard de DH à travers les projets pilier I et 1,03 milliard de DH dans le cadre des projets pilier II. Leur déploiement a permis une extension de la superficie oléicole régionale de plus de 50 000 ha, soit 150 % de l’objectif tracé à l’horizon 2020. L’aval de la filière a bénéficié également d’importants investissements mobilisés à travers la mise en place d’une importante infrastructure de valorisation des olives (503 unités de trituration des olives et 23conserveries).