La filière du textile de maison se tourne vers l’export

30 millions de mètres écoulés chaque années dont 90% sur le marché local

Un marché dominé par l’informel : sur les 200 entreprises qui opèrent, seules 70 sont structurées

Les professionnels misent sur l’exportation et envisagent de créer un label «Maroc maison».

C’est mardi 10 juin que seront présentés les résultats du programme de mise à niveau, mis en place dans le cadre du Meda II, initié et financé par l’Union européenne, et dont ont profité sept entreprises de la filière du textile de maison qui regroupe le tissu d’ameublement et le linge de maison (linge de lit, linge de toilette et linge de cuisine et de table).

«C’est un travail de synthèse qui sera présenté et permettra d’exposer les diagnostics menés dans les sept entreprises concernées et de dévoiler les stratégies à mettre en place pour atteindre les objectifs recherchés», explique Jaâfar Marzouki, président de la filière «tissu d’ameublement et linge de maison» au sein de l’Association marocaine des industries textile et habillement (Amith).

Des unités clandestines à la périphérie de Casablanca
Il importe de souligner que ce volet du programme de mise à niveau concerne les ressources humaines. Le but étant d’aider ces entreprises à mettre en place des outils pour une gestion efficace de leurs effectifs.

La filière ameublement et tissu de maison n’est pas la seule à avoir bénéficié de ce programme puisque cinquante-quatre autres unités textiles sont concernées. Mais, dans le cas de cette filière, cette action revêt une importance capitale dans la mesure où les entreprises, qui produisent essentiellement pour le marché local, aspirent à vendre de plus en plus leur production à l’étranger.

Ce qui sous-entend, selon un industriel, l’instauration d’une nouvelle culture et d’une formation poussée des ressources humaines. C’est pourquoi cette étude s’inscrit dans un large plan d’action.

Et le challenge est de taille. Cette filière se trouve en effet confrontée à un grand handicap qui est «le manque de notoriété sur les marchés européens, contrairement aux branches textiles et habillement», précise un professionnel.

Seulement 10% de la production nationale est exportée, l’essentiel étant écoulé sur le marché local. Mais cette estimation n’est pas significative car on ne dispose pas d’une évaluation exacte de la production nationale en raison de l’importance du circuit informel.

La filière compte environ 200 entreprises dont 70 sont structurées alors que le reste travaille dans l’informel, un phénomène qui concerne particulièrement les unités de fabrication de tissu d’ameublement qui constitue la plus grande partie de l’offre globale. Plusieurs unités informelles se sont implantées dans des quartiers périphériques de Casablanca (Tit Mellil ou encore Lahraouiwine) et alimentent le marché local en tissus moyen de gamme, à des prix défiant toute concurrence.

Parfois, leurs prix sont, selon les industriels, 40 à 50% moins élevés qu’à Derb Omar ou Benjdia. La production écoulée sur le marché local est estimée entre 25 et 30 millions de mètres carrés par an dont 90% dans le moyen et bas de gamme.

Les 10% de tissus haut de gamme sont distribués dans des points de vente et des showrooms de grandes enseignes comme Madurel, Rodesma ou Odyssée.

Cependant, notent les professionnels de la filière, l’apparition ces dernières années d’un nouveau circuit de distribution offre de nouvelles opportunités de développement et surtout d’organisation du circuit de commercialisation.

Il s’agit des chaînes de magasins comme Mobilia, Kitea, Kaoba, Layalits ou encore Nidary… dont l’offre en tissu d’ameublement et linge de maison s’adresse à la classe moyenne qui exprime une importante demande.

Malgré ce phénomène, certains opérateurs reconnaissent que le marché intérieur des tissus d’ameublement se fragilise à cause de l’informel et estiment que le développement de la filière ne peut venir que de l’exportation. Pour cela, un plan a été élaboré.

Ils soulignent cependant qu’on ne peut envisager de stratégie globale qui serait appliquée à toutes les entreprises. Autrement dit, il y aura effectivement des actions communes mais, au final, chaque entreprise devra adopter des actions spécifiques pour son activité.

Parmi les actions communes, la prospection commerciale sur les marchés extérieurs

Parmi les actions communes, on peut retenir la prospection commerciale ciblant des marchés extérieurs, le développement de l’ennoblissement pour améliorer la qualité et le lancement d’une marque «Maroc maison». Du point de vue individuel, les entreprises doivent développer un savoir-faire en matière de sourcing, de co-traitance et de produit fini.

Il est également recommandé à la filière d’améliorer la qualité, actuellement très faible, du linge de maison. Le Maroc dispose d’une bonne capacité industrielle et d’une main-d’œuvre habile.

Deux points forts que la filière devrait exploiter pour améliorer son offre afin de se positionner aussi bien sur le marché local que sur les marchés extérieurs, notamment européens, si toutefois il y a une adaptation aux besoins de ces marchés. Car, actuellement, l’essentiel des exportations se fait vers les pays du Moyen-Orient.