«La filière de la rose subit une concurrence déloyale et un niveau élevé de contrefaçon»

• Le rendement cible de 6T/ha n’est pas encore atteint, sauf dans des domaines privés.
• La filière a bénéficié de deux signes distinctifs d’origine et de qualité de la rose et de l’eau de rose.
• L’objectif du prochain plan décennal est d’atteindre une superficie de 1 200 ha et une production de 4 800 tonnes.

• Quelles sont les principales réalisations de la filière de la rose durant la décennie du PMV ? Quelles actions ont été mises en place pour développer la production et améliorer la qualité ?
Avant d’évoquer les nombreuses réalisations de la filière durant la décennie du PMV, je tiens à noter qu’elle a connu beaucoup de difficultés liées à la mise en place de la structure qui prendrait en charge l’exécution des actions du plan. Ce qui a retardé le processus de création et de reconnaissance de la fédération.
En dépit de ces contraintes, la filière a réussi à augmenter la superficie de la rose à parfum de 830 à 950 ha. De plus, la superficie équipée en goutte-à-goutte s’est améliorée de 6 fois, pour atteindre 170 ha. Pour leur part, les exportations, destinées notamment vers la France, l’Allemagne, les Etats-Unis et les pays du Golfe, sont passées de 47 à 94 tonnes ; une forte progression certes mais dont le niveau reste quand même loin des objectifs fixés en 2020 de 305 tonnes.
Au-delà de cela, des équipements hydroagricoles ont été mis en place pour la mobilisation de l’eau vers les vergers et les programmes d’encadrement, de sensibilisation et de formation concernant les techniques optimales pour la conduite des vergers ont été renforcés. Ce qui a eu un impact direct sur la production et le rendement. Ce dernier est donc passé de 3 T/ha à 4,5 T/ha. L’objectif de 6 T/ha n’est malheureusement pas encore atteint. Toutefois, nous avons pu obtenir ce résultat à travers des essais dans des domaines privés. Ce qui dénote du potentiel des autres plantations.
Il faut dire que la mécanisation dans cette filière relève de l’impossible, notamment pour la cueillette. Elle se fait toujours à la main, en raison de la nature sensible et fragile de la rose. Même les principaux pays concurrents comme la Turquie et la Bulgarie utilisent le même procédé. Cela dit, un progrès est enregistré au niveau de la valorisation dans la mesure où 25 unités sont installées.

• La filière rencontre-t-elle des difficultés à se développer au Maroc ?
En plus des contraintes qu’avait affrontées la filière pour disposer de son interprofession, elle reste pénalisée par l’existence de deux collèges seulement, celui des producteurs et un autre des transformateurs. Du coup, les exportations ne sont pas encore encadrées, ce qui les rend incontrôlables. Ainsi, les exportateurs, dans leur majorité, demeurent des commerçants qui commercialisent leurs produits à tout va, sans garantir les conditions de qualité nécessaires. Nous comptons remédier à cette situation en fixant des conditions aux exportateurs. Notre objectif est que tout producteur qui souhaite exporter devra impérativement être membre de la fédération. De cette façon, un contrôle et une traçabilité seront assurés.
Sur un plan économique, le secteur pâtit de tracas concernant la gestion de l’eau. Si on arrive à trouver une solution à ce problème en particulier, le développement de la filière et de sa production seront garantis.
D’un autre côté, la filière subit une concurrence déloyale et un niveau élevé de contrefaçon. Ils sont plusieurs à produire et distribuer sur le marché marocain une eau de rose falsifiée, voire synthétique. Au Maroc, la principale région de production est Kalaât M’gouna avec sa rose Damascena et Khmiset avec la rose Centifolia. Autrement dit, toutes les autres roses sont à remettre en question. Pour ne rien vous cacher, nous avons découvert une société à Kénitra qui importe une eau de rose à petit prix et la commercialise sur le marché national avec un emballage et étiquetage marocains.

• Justement, à quel prix sont négociés actuellement l’eau de rose et les autres produits dérivés ?
Il y a un gros bémol à mettre sur les importations qui ne sont souvent pas contrôlées. Récemment, une grande quantité de la rose séchée a pénétré au Maroc, entraînant un effondrement de son prix sur le marché local, passant de 130 à 65 DH/kg.
Il est difficile de déterminer un prix exact de l’eau de rose. En fonction du producteur et donc de la qualité de sa production, le prix peut varier entre 50 et 150 DH/litre. Je souhaite souligner que généralement un kg de rose produit un litre d’eau de rose. Certains producteurs vont jusqu’à produire 2 litres. Ce qui tire la qualité vers le bas et les prix aussi. En revanche, je tiens à saluer les coopératives féminines qui produisent de l’eau de rose, sans extraction de l’huile essentielle. Le produit en ressort pur, riche, avec plusieurs vertus thérapeutiques et culinaires également, et de facto, plus cher. Actuellement, nous sommes capables au sein de l’interprofession, via des analyses, de déterminer si le produit final provient de l’équation 1-1 (1kg rose = 1 litre eau de rose) et si l’huile essentielle en est extraite… D’où l’importance du développement de la filière par la recherche scientifique.
De son côté, l’huile essentielle marocaine coûte 2 fois plus cher que celle de la Turquie en raison de sa qualité élevée et de son appréciation par les parfumeries à l’international. Ainsi, au moment où la Turquie la vend à 7000 euros/kg, le Maroc la commercialise entre 12 000 et 15000 euros ; cela, sachant que le kilo de l’huile essentielle est produit par la distillation de 5 tonnes de pétales de rose. La concrète, elle, est vendue à un prix qui oscille entre 25 000 et 30 000 DH/kg, sachant qu’il faut une tonne de rose pour obtenir 3,4 kg de la concrète. Le procédé de fabrication est plus compliqué et difficile que l’huile essentielle et se fait en utilisant l’extraction par solvant. Nous produisons aussi la cire de rose, utilisée essentiellement dans les crèmes pour visage, mais en très petites quantités.

• Qu’avez-vous fait pour réduire les importations et limiter la contrefaçon qui salit l’image de la filière ?
Le PMV a fait de la rose une filière qui a pu jouer un rôle phare dans le développement socioéconomique de la région. Il était donc important de mettre en place un indicateur géographique protégé en vue de préserver la principale région capable de produire la rose Damascena qui est Kalaât M’gouna. Une appellation d’origine protégée (AOP) de la rose « Rose de Kelâat M’Gouna Dadès » et une autre de l’eau de rose ont été lancées «Eau de Rose de Kelâat M’Gouna Dadès». Nous aurons bientôt une AOP de l’huile essentielle et de la concrète. Cela veut dire que nous commençons à contrôler la chaîne de valeur de la rose de la production jusqu’à la mise en bouteille et la vente au consommateur.
En outre, nous avons une forte détermination à nous unir et à nettoyer le marché des contrefacteurs. Cela devrait passer par la production de plus gros volumes et donc la création de davantage de coopératives, à même de contrer ces produits de qualité médiocre sur le marché.

• La mise en place d’un label serait aussi un grand pas pour limiter cet informel qui règne sur le marché ?
C’est justement l’un des leviers de la stratégie Generation Green 2021-2030. La Fimarose vise à structurer et à contrôler les différentes productions ; déjà qu’elle s’engage à respecter les différentes AOP. Elle compte également installer un réseau qualité à travers une labellisation spécifique, des produits de rose à parfum Damascena. De plus, l’interprofession envisage de se doter d’un label qui assure la traçabilité des produits dérivés de la rose. Le but final est de trouver dans les grandes surfaces, pharmacies et para-pharmacies des produits de Kalaât M’gouna.

• En évoquant le plan GG, quels sont les autres points saillants de votre feuille de route ?
La feuille de route de l’interprofession est basée principalement sur l’augmentation des volumes de production, mais en y intégrant le facteur humain qui reste capital. Autrement dit, contribuer à l’amélioration du niveau de vie des agriculteurs mais aussi à la création d’une classe moyenne jeune, capable d’investir dans la rose à parfum. A côté, il est important de mettre l’accent sur la valorisation de la rose à parfum, en introduisant de nouvelles technologies d’irrigation.
Par ailleurs, nous envisageons de poursuivre nos efforts dans la structuration de la filière, de sorte à mettre en place des coopératives spécialisées dans la production, d’autres dans la transformation ou le commerce, l’exportation, les services… Ce modèle serait performant afin d’organiser le secteur et d’en faire un vecteur de développement économique et social de la région. Enfin, nous nous sommes fixé comme objectif d’atteindre une superficie de 1200 ha de la rose à parfum et une production de 4 800 tonnes de rose. Le dernier point réside dans le contrôle des importations et des exportations également. Toutes ces actions, mises dument en place, ne devraient qu’améliorer la production nationale.