La facture céréalière a augmenté de 80 % en sept mois

Jusqu’au mois de mai prochain, le Maroc devra importer 60 millions de quintaux de céréales, dont 30 millions de blé tendre.
Le prix du kilo de farine a augmenté de quelques dizaines de centimes.
Les droits de douane restent maintenus à  30% minimum.

Entre le 15 octobre de cette année et le 30 mars 2008, le Maroc devra importer 6 millions de quintaux de blé tendre destiné à  la fabrication de la farine subventionnée. Jeudi 5 septembre, les appels d’offres ont été lancés. Mais il n’y a pas que la farine subventionnée à  pourvoir. Le Maroc manque de céréales, de manière générale. Compte tenu de la mauvaise récolte de cette année (21 millions de quintaux), les besoins d’importation, toutes céréales confondues, s’élèvent à  60 millions de quintaux, dont 30 millions de blé tendre, 15 millions de quintaux de maà¯s, 8,5 millions de quintaux d’orge et 7,5 millions de quintaux de blé dur. Au 22 août, 5 millions de quintaux de blé tendre, 1 million de quintaux de blé dur et 1,4 million de quintaux d’orge avaient d’ailleurs été réceptionnés.

Pas d’accalmie à  l’horizon
Mais à  quel prix ? Dans un contexte marqué par une tension extrême sur les prix, en raison du déséquilibre entre production et demande mondiales, la valeur des importations de céréales a connu une forte progression, atteignant 5,6 milliards de DH sur les sept premiers mois de cette année, soit une hausse de 80,1% par rapport à  la même période de 2006. Et ce n’est pas fini, puisque le gros des importations est à  venir, alors que le marché passe d’un record à  un autre, sans perspective d’accalmie. D’après les estimations de l’Office national interprofessionnel des céréales (ONICL) au 30 août 2007, le prix du quintal de blé tendre rendu Casablanca varie, selon l’origine, entre 320 et 377 DH. Le quintal de blé dur, lui, dépasse les 400 DH, selon les professionnels. Pour garantir le prix cible de 258,80 DH le quintal sur le blé tendre, l’Etat devra se saigner… A moins de laisser filer les prix, ce qui serait une décision difficile à  prendre pour le prochain gouvernement, qui ne voudra sans doute pas inaugurer son mandat par une hausse des prix de ce produit de base. En tout cas, s’agissant des produits libres (farine non subventionnée), les minotiers ont déjà  commencé à  répercuter «partiellement» la hausse du blé, puisque la farine est vendue à  4 DH/kg (prix de gros, bien sûr). «Si rien n’est fait, bientôt on passera à  5 DH», assure un professionnel.

Le problème au Maroc, c’est que cette tension sur les prix des céréales intervient dans un contexte très particulier : élections législatives, rentrée scolaire et arrivée du Ramadan. C’est pourquoi, même s’ils disent comprendre que la profession meunière est dans une situation difficile, l’obligeant à  répercuter la hausse, les officiels demandent néanmoins «un peu de patience» durant cette période chargée de la rentrée. «Des mesures seront sans aucun doute prises après l’installation du nouveau gouvernement», assure un officiel. Une suppression pure et simple des droits de douane ? «Cela ne changerait rien. Il faudra que l’Etat mette la main à  la poche s’il veut maintenir les prix à  un certain niveau», tranche un importateur de blé. Rappelons que la prime compensatoire, qui correspond à  la part récupérée par l’Etat lors des appels d’offres, sur la réduction tarifaire accordée par le Maroc à  l’UE et aux USA, dans le cadre des accords de libre-échange conclus avec ces derniers, a été supprimée au mois d’août. Auparavant, les droits de douane avaient été ramenés à  30 %. Toujours insuffisant pour endiguer la hausse du prix du blé.