La digitalisation des procédures douanières viendra-t-elle à bout des surestaries ?

Payés en devises aux compagnies maritimes, les surestaries sont de 850 DH par conteneur et par jour. La lenteur des contrôles à l’entrée effectués par les différents services de l’Etat participent à l’allongement de la durée d’immobilisation des conteneurs. Le paiement en devises de ces frais constitue une perte de capitaux pour le pays.

L ’entrée en vigueur de la digitalisation des déclarations uniques des marchandises, à partir de janvier 2019, réduira-t-elle drastiquement les surestaries? On est tenté de répondre par l’affirmative, surtout que la dématérialisation apportera sans aucun doute plus de célérité dans les procédures douanières. Ce n’est pas l’avis de beaucoup de professionnels qui déplorent toujours la complexité et la lenteur du contrôle des importations et avancent, sans plus de précision, que les surestaries sont de l’ordre de quelques milliards de dirhams. Beaucoup moins, selon les statistiques de l’Office des changes.

Généralisation des contrôles, quel que soit le pays d’origine

L’immobilisation des conteneurs au port entraîne des frais supplémentaires connus sous le nom de surestaries conteneurs qui sont de 850 DH par conteneur et par jour, même si les magasins d’entreposage sous douane (MEAD) ont permis d’atténuer le montant de la facture finale. Les consignataires, en ce qui les concerne, doivent payer 150 000 DH aux armateurs quand les navires sont obligés de rester en rade.

Salim Benchehla, administrateur de Ceva Logistics (groupe Asti), transitaire-transporteur sis au Parc d’activités d’Oukacha, est représentatif des professionnels qui sont sceptiques. «Les surestaries représentent le problème le plus grave que connaît notre activité. Il ne sera pas réglé avec la dématérialisation de la douane. Les formalités douanières ne sont pas à elles seules responsables de l’immobilisation des conteneurs dans les ports; plusieurs causes existent», fait-t-il savoir. «Le cas le plus flagrant concerne l’importation de produits de renommée mondiale. Ces produits, répondant à des normes de qualité universelle, doivent pour autant être soumis à un contrôle supplémentaire du ministère du commerce et de l’industrie. Le principe en tant que tel est logique mais ce n’est pas normal que cela soit appliqué à tous les produits», précise-t-il. Dans un cas particulier, une société allemande dit avoir payé l’équivalent de 8 MDH, pour une centaine de conteneurs ayant dépassé la franchise réglementaire. A l’origine de ce cas précis, le problème de la généralisation des contrôles à tout produit importé, indépendamment du pays d’origine, de la réputation de la marque et des normes et standards de qualité mondiaux dont il dispose. Néanmoins, une procédure de dispense est de mise auprès du ministère du commerce. Cette dernière est octroyée après une demande, mais n’est valable que pendant une période de six mois. «Eu égard au volume d’activité des grands groupes, cette période reste dérisoire», explique Salim Benchehla.

Les surestaries sont répercutées sur les prix finaux

Autre cas augmentant les surestaries, les produits nécessitant un étalonnage doivent subir une procédure de poids et mesure au ministère du commerce. Idem pour ceux nécessitant des analyses de composants de produits. «Du fait que le personnel dédié à ces contrôles n’est pas suffisant pour couvrir l’ensemble des quantités importées, les surestaries ne font que s’accroître», souligne Salim Benchehla. Pas plus tard que cette semaine, la nouvelle norme sur le matériel électrique C-mim, indépendamment des objectifs qui sont visés, contribuera indubitablement à l’augmentation des surestaries. Pour cause, tout produit électrique ne disposant pas de ce label ne pourra plus être dédouané, à la fin de la période transitoire (voir La Vie éco du 25 janvier 2019). En tout cas, les surestaries sont répercutées sur les prix finaux et expliquent, dans plusieurs cas, l’écart énorme avec les prix dans les pays d’origine.

Autre grand inconvénient pour le pays, l’absence totale des compagnies maritimes marocaines dans la chaîne logistique. Payés en devises, les surestaries vont dans les poches d’entreprises étrangères, des compagnies comme Maersk ou MCA CGM, bien que ceux-ci se plaignent de ne pouvoir contrôler entièrement l’utilisation de leurs conteneurs.

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