La difficile transition de l’Ecole des sciences de l’information

Tous les élèves sont issus des classes préparatoires. La première promotion qui est sortie en 2014 a découvert que l’école ne délivre pas le diplôme d’ingénieur d’Etat.

Passer par les classes préparatoires pour intégrer une école d’ingénieurs est l’un des cycles académiques les plus durs mais aussi l’un des plus prisés.

L’objectif est, bien entendu, de décrocher un diplôme très recherché. Le problème est qu’il y a parfois des désillusions. C’est ce qui est arrivé aux étudiants de l’Ecole des sciences de l’information (ESI), qui ont découvert avec stupéfaction que leur formation ne les menait guère au statut qu’ils espéraient. A la place du diplôme d’ingénieur d’Etat, ils ont eu droit à celui d’Informatiste spécialisé. Pourtant, depuis septembre 2012, deux types de candidats sont admis à l’ESI : les élèves des classes préparatoires ayant réussi le Concours national commun (CNC) aux écoles d’ingénieurs et ceux des classes préparatoires économiques et commerciales ayant réussi le Concours national d’accès aux écoles de management. Le tout en vertu d’une décision commune, publiée au Bulletin officiel en juin 2012, du ministre de l’enseignement supérieur et celui de l’éducation nationale, intégrant l’ESI dans la catégorie des écoles d’ingénieurs.

Le passage par le Concours national commun veut dire beaucoup de choses. Couramment appelé «Maths Spé», il est organisé chaque année au mois de mai pour les étudiants de la 2e année des classes préparatoires postulant aux grandes écoles d’ingénieurs. Seulement, le décret réformant le statut de l’ESI a traîné dans les tiroirs du ministère de l’enseignement supérieur, du Haut commissariat au plan, et de la direction de l’école. Les responsables de ces trois entités que La Vie éco a saisis ont tous refusé de répondre aux questions qui leur ont été soumises.

Les lauréats de la première promotion refusent de soutenir leurs mémoires, en attendant le nouveau statut

Selon des responsables du bureau des étudiants, le ministère de l’enseignement supérieur a repris le dossier en main au début du mois d’octobre 2015. Il a en effet décidé de soumettre au Secrétariat général du gouvernement un nouveau texte régissant les enseignements et permettant à l’école de délivrer des diplômes d’ingénieurs. Les étudiants ont la promesse que le texte sera publié avant 2016.

Il aura fallu un long bras de fer pour en arriver là. Dès sa sortie, en 2014, la première promotion issue du nouveau système (voir encadré) avait organisé un mouvement de protestation marqué par des manifestations, des arrêts de cours et des saisines par écrit du ministère de tutelle pour attirer l’attention du gouvernement sur le sort de l’école. Le département de Lahcen Daoudi avait alors diligenté des expertises de conformité qui n’ont pas été favorables. La direction de l’école et le HCP avaient alors promis de réorganiser les enseignements. D’où le nouveau texte déposé au SGG. Les cours ont repris depuis, mais les étudiants ne désarment pas. Surtout ceux qui ont déjà terminé leurs études. Ils attendent d’être édifiés sur leur sort avant de soutenir leurs mémoires.

Les lauréats du concours national commun choisissent, en fonction de leurs notes et des places disponibles, l’école à intégrer. Malgré son statut flou, plusieurs sortants des classes prépa’ ont jeté leur dévolu sur l’ESI. La raison est claire : avec l’évolution de l’outsourcing et de la circulation de plus en plus intense des données, la maîtrise de la science de l’information est devenue incontournable. Data scientist, knowledge manager, veilleur stratégique, bibliothécaire, archiviste… Plus que jamais les professionnels spécialistes du sujet «information» sont amenés à travailler avec d’autres sur des activités à la fois très spécialisées (en termes de savoir-faire technique et méthodologique) et transversales. L’ESI, fondée en 1975, est l’unique établissement de formation et de recherche dans les domaines de la gestion de l’information, de la connaissance et du contenu au Maroc. Sous la tutelle du HCP, l’école a connu, en 2011, une réforme globale de son système de formation s’inspirant pour cela de la loi 01.00 portant réforme de l’enseignement supérieur au Maroc. Seulement, elle semble avoir raté son virage de statut de grande école, au grand dam de ses étudiants…