La dette du Trésor ramenée à  57 % du PIB

Elle se situe dans la norme fixée par les organismes internationaux.
La dette intérieure a augmenté de 2,8% pour se situer à 265,8 milliards de dirhams.
L’endettement extérieur du Trésor, lui, a reculé de 4,5 milliards de DH.

2006 aura été manifestement une des meilleures années pour les grands équilibres macro-économiques du pays. Après les exportations qui ont franchi la barre (tant rêvée) des 100 milliards de DH, une autre performance remarquable est enregistrée au niveau de la dette. Ainsi, le ratio de la dette publique (celle du Trésor s’entend) a franchi à la baisse le seuil des 60% du PIB – norme soutenable fixée par les organismes financiers internationaux. Ce ratio est désormais ramené à 57%, selon le ministère des finances. Pour la comparaison, ce ratio, en 1993, était de l’ordre de 89%.

Ce bon comportement de l’endettement public résulte en tout premier lieu d’une progression très importante du PIB (+ 8,1%), mais aussi d’une baisse, comme c’est la tendance depuis quelques années, de la dette extérieure du Trésor (-7%). En revanche, la dette intérieure, autre tendance, mais cette fois à la hausse, a, quant à elle, augmenté de 2,8%, soit 7,7 milliards de DH par rapport à 2005. Son encours, à fin 2006, est de 265,8 milliards de dirhams. Les explications de ce renchérissement de l’encours de la dette interne ne manquent pas. Il s’agit, d’abord, du coût de l’opération des départs volontaires à la retraite dans la Fonction publique (plus de 11 milliards de DH), ensuite le remboursement pour 11 milliards de DH des arriérés de l’Etat dus à la CMR (Caisse marocaine des retraites) et, enfin, des effets du dialogue social (augmentations des salaires) et du soutien des produits pétroliers.

Les banques détiennent 30% de la dette intérieure
Une situation qui, au passage, ne manque pas de susciter quelques observations concernant l’effet d’éviction qui résulterait d’une telle situation. Un point de vue que le ministre des finances ne partage pas, expliquant que les banques regorgent de liquidités et qu’en tout état de cause, celles-ci ne détiennent qu’environ 30 % de la dette intérieure (le reste revenant, dans l’ordre, aux compagnies d’assurances, aux OPCVM, à la CDG et aux autres institutionnels).

Mais le recours accru au marché interne, couplé à une politique dite de gestion active de la dette extérieure (reconversion en investissement, rachat de la dette onéreuse, entre autres), a au moins un intérêt : celui de réduire substantiellement l’endettement extérieur. Pour l’exercice 2006, en effet, l’encours de la dette extérieure directe (donc celle du Trésor) a baissé de 4,5 milliards de DH (- 7 %) pour se situer désormais à 64,5 milliards de DH. Il en résulte une amélioration du taux d’endettement extérieur du Trésor de 2 points du PIB : 11,2% contre 13,2% en 2005.

Les reconversions de la dette ont porté sur un milliard de DH
Cette amélioration, le Trésor l’explique par deux facteurs essentiellement. D’une part, un solde négatif des financements extérieurs du Trésor, en diminution de 7%, s’établissant à 3 milliards de DH et, d’autre part, l’impact favorable des fluctuations de change, notamment la dépréciation de près de 9% du dollar américain par rapport au dirham (8,46 DH pour un dollar à fin 2006, contre 9,25 DH pour un dollar à fin 2005).

Le Trésor précise par ailleurs que si le solde négatif des financements extérieurs a baissé, c’est parce que les tirages (auprès de la BAD, de la BIRD et de la France) ont diminué de 15 % par rapport à 2005 pour se situer à 6,4 milliards en 2006. D’autre part, les opérations de reconversion de la dette (politique de gestion active) ont porté sur un milliard de DH contre 600 millions en 2005. Ces reconversions en investissements ont concerné, pour la partie privée, le Koweït (720 MDH) et l’Espagne (123 MDH), et, pour la partie publique, le versement aux fonds hispano-marocain et maroco-italien des échéances de la dette à l’égard de l’Instituto Credito Oficial (109 MDH) et de Mediocredito Centrale (20 MDH). Ces opérations ont pour objet de financer des projets publics arrêtés d’un commun accord, notamment le renforcement de l’alimentation électrique dans la région d’Al Hoceima à réaliser par l’ONE, la réalisation du tronçon routier Targuist-Beni Bounsser et le financement de projets d’assainissement liquide toujours dans la même région.

Parmi les évolutions qui ont marqué l’endettement extérieur en 2006, il faut signaler également les remboursements en principal qui se sont élevés à 11,8 milliards de DH (contre 13,1 milliards en 2005). Ces remboursements ont été effectués, indique le Trésor, au profit des créanciers bilatéraux à hauteur de 3,6 milliards de DH (dont la France, le Koweït, et les Etats-Unis), des institutions internationales (BIRD, BAD et FMA – Fonds monétaire arabe) pour 3,5 milliards environ et, enfin, des banques commerciales pour un montant de 2,3 milliards de DH, dont 2,1 milliards au titre de la dette rééchelonnée à l’égard du Club de Londres.

S’agissant des charges en intérêts, celles-ci se sont par contre appréciées de 45 millions de DH pour atteindre 2,4 milliards de DH.

Affectation
Où sont allés les 9,1 milliards de DH empruntés en 2006

En 2006, le Trésor a conclu de nouveaux accords d’emprunts extérieurs portant sur un montant global de 9,1 milliards de DH contre 10,3 milliards en 2005 et 6,2 milliards en 2004.

Ces emprunts sont destinés d’abord au financement des projets d’investissement de l’Etat totalisant 6,2 milliards de DH, explique le Trésor. Sur cette enveloppe, 4 milliards de DH, empruntés auprès de la France, sont destinés à la modernisation du matériel de l’administration. La BEI (Banque européenne d’investissement), pour sa part, a consenti un prêt de 800 MDH pour le financement de projets dans le secteur de la santé. Un prêt italien de 700 MDH servira à financer la rocade méditerranéenne et un autre de 448 MDH accordé par le Fades est affecté à la généralisation des technologies de l’information dans le secteur public. Un emprunt de 148 MDH auprès du FIDA et un autre de 88 MDH auprès de l’OPEP sont destinés aux projets de développement rural dans le Moyen-Atlas. Enfin un concours de 97 MDH accordé par l’Allemagne ira au financement des petites et moyennes hydrauliques.

Le reste de l’emprunt global, soit 2,9 milliards de DH, servira à appuyer les réformes structurelles : réforme de l’administration pour près de 2 milliards de DH et soutien de l’INDH pour 900 MDH.

Zoom
Exemple de gestion active de la dette

Comme exemple, parmi d’autres, de la gestion active de la dette, l’opération engagée par le Trésor pour rembourser par anticipation un prêt onéreux de la Banque japonaise pour la coopération internationale (JBIC) d’un montant de 272 MDH. Le remboursement de ce prêt libellé en yens japonais et assorti d’un taux de 5 % devrait se traduire, indique le Trésor, par une économie au titre des charges en intérêts de 17 millions de DH.