La dette bancaire du secteur public explose : +37% en une année !

Elle a atteint 36.4 milliards de DH à  fin février. Depuis 2001, l’encours des financements bancaires des établissements publics a été multiplié par 12. 10 milliards de DH ont été empruntés en 2011 par les établissements publics pour financer en partie des investissements de l’ordre de 70 milliards.

On ne le dit pas souvent mais le secteur public représente un gisement de clientèle important pour les banques. Pour preuve, entre les collectivités locales et les différents établissements publics, l’encours de crédits bancaires de l’Etat totalise 36,4 milliards de DH à fin février 2012, d’après les statistiques de Bank Al-Maghrib (BAM). Cela pèse certes peu par rapport aux crédits contractés par le secteur privé auprès des établissements bancaires de la place, qui totalisent quelque 549 milliards de DH à la même date. Mais les financements bancaires du secteur public affichent des rythmes de progression bien plus élevés. Sur une année glissante, ils enregistrent une croissance de 37,1% contre une hausse de seulement 6,6% pour le privé. Plus encore, si l’on examine dans le détail les crédits contractés par le secteur public, il ressort que les financements mobilisés par les établissements à caractère industriel ou commercial, tels que les offices, affichent une progression encore plus notable de 53,6% par rapport à février 2011, soit un supplément de 9 milliards de DH sur 12 mois pour un encours totalisant actuellement 25,9 milliards de DH.
A vrai dire, cela fait quelques années que les établissements publics ont de plus en plus recours au financement bancaire. En effet, l’encours de leurs crédits n’atteignait que 2,2 milliards de DH à fin 2001, ce qui fait qu’il a été multiplié par 12 jusqu’à présent. «Cela témoigne de la qualité de la signature et de la solvabilité des établissements publics, étant à rappeler que les crédits contractés auprès des banques ne sont pas garantis par l’Etat. D’ailleurs, ces crédits n’ont connu aucun incident de paiement jusqu’à présent», insiste-on au ministère des finances.

Leur capacité d’endettement est encore importante

Mais qu’est-ce qui justifie l’envolée des crédits bancaires bénéficiant aux établissements étatiques ? Principalement, la hausse des dépenses d’investissement qu’ils engagent. Et il faut dire que ces dépenses ont suivi une courbe ascendante depuis 2001 puisqu’elles sont passées de 30 milliards de DH à plus de 70 milliards à fin 2011. Pour cette seule dernière année, les établissements publics ont vu l’encours de leurs crédits auprès des banques se renchérir d’un montant de 10 milliards de DH qui est allé dans son intégralité au financement des dépenses d’investissement engagées la même année, apprend-on auprès des Finances.
Mais il n’y a pas que l’investissement, car, à l’instar du privé, les établissements étatiques mobilisent également des lignes de financement bancaire pour couvrir leurs besoins d’exploitation. Ces crédits de fonctionnement dopent à leur tour l’encours des crédits bancaires du secteur public, mais il arrive également qu’ils le fassent baisser. Par exemple, en 2010, les crédits accumulés par les établissements publics ont accusé une baisse de 39% du fait de remboursement de lignes de trésorerie. Il faut à ce titre souligner une certaine saisonnalité dans l’évolution de l’encours de crédits des établissements publics en fonction de leur cycle d’exploitation.
Cela étant, et malgré l’accélération du recours des établissements publics au financement bancaire, ils continuent de bénéficier d’une marge de manœuvre appréciable pour davantage s’endetter. En effet, comme cité précédemment, sur 70 milliards de DH de dépenses d’investissement engagées en 2011, seuls 10 milliards ont été financés par un crédit bancaire, soit moins de 15% du total. A titre de comparaison, dans le privé, le financement bancaire peut représenter jusqu’à 40% de l’investissement engagé. Il faut néanmoins préciser que les marges de manœuvre peuvent varier sensiblement d’un établissement public à l’autre selon les crédits bancaires accumulés. A ce titre, l’on apprend que Autoroutes du Maroc, les offices énergétiques (ONE, Onep), l’Oncf ou encore l’OCP viennent en tête des établissements recourant le plus aux financements bancaires, ce qui semble logique vu le lancement de leurs programmes d’investissement.