La demande sur les caftans haut de gamme ne faiblit pas malgré des prix élevés

Le prix d’un caftan va de 5 000 DH à  60 000 DH. Les créations marocaines sont exportées dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb. Les artisans employés peuvent percevoir un salaire mensuel pouvant atteindre 10 000 DH mais se disent lésés…

Purement traditionnel ou revisité par des stylistes new wave, le caftan fait l’objet d’une demande croissante et est au cœur d’un commerce de plus en plus florissant. Durant les dix dernières années, cette activité a connu une importante mutation, indique une styliste de Casablanca, puisqu’on est passé des maâlmines (maîtres artisans) travaillant à domicile avec l’aide d’une ou deux apprenties, aux jeunes stylistes formés dans des écoles de haute couture. Ces stylistes exercent dans des ateliers où le travail est minutieusement organisé : ils créent le modèle, font la coupe et choisissent les couleurs et les dessins.

La façon est, quant à elle, sous- traitée auprès d’artisans spécialisés travaillant avec plusieurs donneurs d’ordre ou plutôt faisant partie d’un réseau exclusif à une seule maison de couture. Ainsi, Roméo, styliste installé à Tétouan, a développé son propre réseau de maâlmines. «Cela me permet de m’organiser pour livrer dans les délais. Et surtout de développer régulièrement mes modèles». Le réseau de Roméo compte quelque 50 artisans spécialisés en broderie, perlage et sfifa (un accessoire du caftan). Ils perçoivent un salaire régulier même en basse saison.

Autre mutation du secteur : la concentration à Casablanca des artisans spécialisés (l’activité est constituée de plusieurs métiers), qui étaient jusqu’à ces dernières années installés dans des villes comme Fès pour les sfifa et les ceintures en skali ou hrir, Meknès pour les broderies et randa ou encore à Rabat pour la broderie r’batie. Cependant, la confection des aâkad (les petits boutons) ne s’est pas délocalisée puisqu’elle reste toujours une spécialité des artisans de Sefrou même si certaines petites mains installées dans d’autres villes s’y sont mises.

Les artisans revendiquent un meilleur traitement

Aujourd’hui, on peut parler certes de l’existence d’un véritable secteur de haute couture traditionnelle développée ayant permis l’émergence de petites maisons de couture rentables. Toutefois, un maillon principal de la chaîne de confection, à savoir les artisans, en profite moins. En effet, si certains couturiers ont «recruté» des permanents avec un salaire mensuel pouvant aller jusqu’à 10 000 DH, d’autres en revanche continuent à sous-traiter encore à bas prix auprès d’artisans indépendants. «Je ne dévoilerai pas le salaire de mes artisans, mais je peux dire qu’aujourd’hui il a évolué afin de leur permettre de vivre décemment et surtout de créer et d’améliorer la qualité du travail», confie Siham Habti, couturière et styliste de Casablanca.

Dans le même sens, Roméo avance que ses artisans sont payés entre 5 000 et 10 000 DH, par mois indépendamment du nombre de pièces confectionnées. Certaines maisons ont opté pour un salaire fixe (2 500 DH à 3000 DH) en plus d’une prime en haute saison tandis que d’autres continuent de payer à la pièce.

Le système de rémunération mixant un fixe et un variable convient aux artisans car il assure un revenu minimum. Cependant, pour certains comme Naîma et Mohamed, employés par une maison de couture de la place, le salaire reste insuffisant. «Le véritable travail c’est nous qui le faisons, nous sommes le principal acteur de la confection d’une tenue et pourtant nous ne sommes pas payés en conséquence», dit le couple venu de Fès à Casablanca pour améliorer sa situation.

Un mois à une année pour monter une tenue

Pour Najia Benani, styliste de Rabat, «il reste encore à faire en matière de rémunération certes, mais, aujourd’hui, la conjoncture ne s’y prête pas car notre activité, contrairement à une idée largement répandue, n’est pas aussi juteuse qu’on le pense. De nos jours, les prix des matières premières ont augmenté, notamment le fil, le fil de soie et surtout le fil d’or et d’argent. Sans compter le prix des tissus qui peut atteindre 20 000 DH et plus le coupon, ce qui réduit de plus en plus notre marge». Les couturiers interrogés sont muets sur cette marge. Cependant, on retiendra que le prix d’un caftan va de 5 000 DH à 60 000 DH, si la tenue est brodée, perlée ou travaillée en skali. Le prix est justifié par le travail et l’effort de création effectué par le styliste. La confection d’un caftan peut en effet aller d’un mois à une année, s’il s’agit d’une pièce de collection. Ainsi, explique Mme Habti, l’effort de modernisation du caftan nécessite l’utilisation de nouvelles matières plus élaborées au niveau des tissus et des fils, ce qui ne peut que tirer le prix à la hausse. Il y a aussi un autre facteur, selon des artisans : la demande étrangère est de plus en plus importante. Les tenues marocaines sont très prisées dans les pays du Moyen-Orient (Emirates Arabes Unis, Arabie Saoudite, Liban) et du Maghreb, notamment l’Algérie et la Tunisie. Cet intérêt grandissant des clients étrangers pour la création marocaine offre la latitude aux stylistes de placer la barre un peu plus haut.