La demande intérieure redevient le moteur de la croissance !

En 2016, la contribution de la demande extérieure à la croissance est redevenue négative. Ce changement de configuration augure d’une poursuite de l’aggravation du déficit extérieur. Le nouveau régime de change prévu à partir de l’été pourrait atténuer cette tendance.

Retour à la situation d’avant 2014 : la maigre croissance (autour de 1%) réalisée en 2016 a finalement été, en totalité, tirée par la demande intérieure. La contribution positive de la demande étrangère à la hausse du PIB n’aura donc duré que deux ans : 2014 et 2015. C’est ce qui ressort de l’analyse (après les avoir agrégées) des données trimestrielles des comptes nationaux au titre de l’exercice 2016.

Selon nos calculs, en effet, le solde des échanges extérieurs a contribué négativement (-2,4 points) à la croissance en 2016, après des contributions positives de 3,5 points en 2015 et 1,2 point en 2014. Ce résultat s’explique par une hausse des importations beaucoup plus importante que celle des exportations et, par conséquent, une aggravation du déficit commercial. Et là, on retrouve, en quelque sorte, le schéma classique de la croissance du Maroc : lorsque la demande intérieure augmente, cela se paie d’une dégradation de la balance commerciale. C’était le cas par exemple entre 2007 et 2012 : tandis que la demande intérieure contribuait chaque année, en moyenne, pour 5,8 points à la croissance, la demande extérieure, elle, y contribuait négativement avec 1,4 point en moyenne annuelle. Ceci est une autre façon de rappeler que la demande intérieure est nourrie pour une bonne part (plus de 40%) par les importations.

En 2016, la demande intérieure aurait augmenté de 3,5%, contribuant pour 3,9 point à la croissance économique. Cette demande intérieure a été notamment favorisée par une hausse des importations de biens d’équipement, de produits finis de consommation, de produits alimentaires et demi-produits. Et c’est ainsi que l’investissement, au sens de la formation brute de capital (FBCF) aurait progressé de 3,8% contre 1,5% en 2015. C’est le plus haut niveau de croissance de la FBCF depuis 2012. Pour rappel, en 2013 et 2014, la croissance de l’investissement a tout bonnement été négative (-0,5% et -2,1% respectivement).

Hausse modérée de la consommation des ménages

L’autre composante de la demande intérieure, la consommation des ménages, a, quant à elle, augmenté de 2,7% au lieu de 2,4% en 2015. Cette hausse modérée de la consommation des ménages en 2016 peut s’expliquer par le fait que cette dernière a été quelque peu bridée par la contre-performance de la campagne agricole, notamment la production céréalière. Plus généralement, cette variable, depuis quatre ans, a fléchi aussi bien en rythme de progression que, conséquemment, en termes de contribution à la croissance économique. Entre 2013 et 2016, elle a crû en moyenne de 3% par an et contribué annuellement pour 1,6 point environ à la croissance économique, au lieu d’une hausse moyenne de 4,6% par an, et une contribution de 2,4 points par an entre 2008 et 2012.

Il n’y a pas de mystère, le repli de la consommation des ménages depuis 2013 est à mettre sur le compte, d’une part, du démantèlement du système de compensation, et, d’autre part, d’une réduction significative, jusqu’en 2015, du rythme des importations; toutes choses qui se sont traduites par une réduction substantielle des déficits interne et externe.

Cette orientation semble, toutefois, accuser un début de rupture en 2016, puisque le déficit courant se dégrade brusquement et fortement, en lien bien sûr avec le creusement du déficit commercial. Cette rupture de tendance est-elle provisoire ou bien annonce-t-elle un retour à la situation des années 2007-2012 ? Normalement oui ; d’autant que le cours du pétrole se remet à grimper, ce qui, sur les deux premiers mois de 2017, s’est déjà traduit par une hausse de la facture énergétique de 51,8% et, plus globalement, par un accroissement du déficit commercial de 45%. Mais un élément nouveau, attendu pour la deuxième moitié de 2017, devrait empêcher de retourner à la situation d’avant 2014, celle d’un fort déséquilibre externe. Cet élément, c’est la flexibilité du régime de change que Bank Al-Maghrib s’active à mettre en place à partir de cet été. Avec un tel dispositif, on peut penser que le déficit commercial, au lieu de continuer à s’accroître, devrait au moins se stabiliser ; sachant que la mesure sera déployée de façon progressive, comme Bank Al-Maghrib le rappelle à chaque fois.

Le nouveau régime de change fait-il peser des risques sur la croissance ?

Si l’on doit raisonner sur le moyen terme, on peut s’interroger sur le fait de savoir si la demande intérieure, qui soutient plus ou moins fortement la croissance, ne pâtira pas de cette nouvelle donne. Le régime de change flexible permettra, c’est certain, de se prémunir contre les chocs externes, et donc de préserver le niveau des réserves de devises, mais si cela se réalise au prix d’une compression de la demande intérieure, le risque est que…la demande externe en soit elle-même affectée. Pourquoi ? Parce que les exportations, on le sait, ont elles-mêmes un fort contenu en importations. Selon Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au plan, qui s’exprimait lors de sa présentation du Budget économique prévisionnel 2017, en janvier dernier à Casablanca, «le seul compartiment industriel des exportations a entraîné un volume d’importations en intrants intermédiaires d’un montant global de 25 milliards en 2015, au lieu de 12,7 milliards en 2011». On peut en dire autant de la consommation des ménages, dont les besoins en biens et services sont de plus en plus satisfaits par les importations (jusqu’à 20% des importations totales, selon M. Lahlimi). C’est n’est pas là le moindre des dilemmes du modèle de croissance du Maroc.