La croissance inclusive, clé de la stabilité

Une attention particulière doit être accordée à  la qualité de la croissance, sa durabilité et sa capacité à  profiter à  de larges couches de la population. Le modèle marocain est confronté aux difficultés à  créer des emplois décents et à  réduire les inégalités sociales, spatiales et de genre.

Dans quelle mesure la croissance pourrait-elle profiter aux différentes catégories socio-économiques, en vue d’assurer une meilleure réduction des inégalités ? Telle était la question principale abordée lors du séminaire sur la croissance inclusive, organisé le 3 février à Rabat par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), en partenariat avec l’Institution Brookings pour la recherche et l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA). L’objectif de ce colloque est de cerner le concept multidimensionnel de la croissance inclusive et d’identifier les enjeux dont cette croissance est porteuse.
Bien qu’il n’existe pas de définition universellement acceptée de la «croissance inclusive», il n’en reste pas moins que celle-ci ne se limite pas au seul niveau de la croissance économique. Bien au contraire, la croissance inclusive accorde une attention particulière à la qualité de la croissance, sa durabilité et sa capacité à profiter à de larges couches de la population. C’est la raison pour laquelle la conception des politiques publiques ne devrait plus prendre en compte uniquement la croissance stricto-sensu, mais s’intéresser également aux concepts de bien-être et d’inclusivité.

Partout dans le monde, la croissance a été surtout profitable aux grandes agglomérations et métropoles

Selon Mohamed Boussaid, ministre de l’économie et des finances, «dans la configuration des changements qui traversent le monde et notre région en particulier, le défi pour un pays comme le Maroc est non seulement de multiplier les opportunités de création de richesse et d’emplois, mais d’en assurer le bénéfice aux plus larges couches de la population».
Malgré la croissance enregistrée et des progrès réalisés dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la lutte contre la pauvreté, le modèle de développement marocain reste confronté aux limites de ses capacités inclusives, notamment en termes de création d’emplois décents et de réduction des inégalités sociales, spatiales et de genre.

Tsuneo Kurokawa, ambassadeur du Japon au Maroc, estime, pour sa part, que «la croissance inclusive est la clé de la stabilité dans la région MENA et l’ensemble du monde» et que le Japon fait de son mieux pour accompagner le Maroc dans la réalisation de son objectif de croissance inclusive. A noter que 37 entreprises japonaises se sont installées au Maroc, créant près de 300 000 emplois.
Aujourd’hui, la croissance inclusive est devenue le centre de préoccupation de tous les pays quels que soient leurs aspirations et leur niveau de développement. En effet, au cours de ces dernières décennies, la croissance économique a surtout profité aux grandes entreprises et non pas aux petites structures et à la création d’emplois productifs locaux. Elle a aussi été profitable aux grandes agglomérations et métropoles, tandis qu’une bonne partie de la population a été marginalisée et continue à vivre dans des espaces enclavés et condamnés à l’exclusion. A cela s’ajoutent d’importantes inégalités de genre.