La crise fait les affaires des sociétés de factoring : les remises de créances augmentent fortement

Les retards de paiement et la raréfaction des liquidités sont à  l’origine de la bonne santé du secteur. Grà¢ce à  une meilleure compréhension de l’affacturage par les entreprises, le volume du marché a été multiplié par dix depuis 1996.

A quelque chose malheur est bon. Le resserrement des liquidités bancaires et l’allongement des délais de paiement qui mettent à mal les trésoreries des entreprises profitent grandement au business de l’affacturage. Les professionnels du secteur rapportent unanimement une croissance notable de l’activité durant les premiers mois de 2012 qui devrait être, selon eux, au moins aussi bonne qu’en 2011. Durant l’exercice écoulé, déjà, les sociétés d’affacturage ont brassé près de 12 milliards de DH de créances, en croissance de 30% par rapport à 2010.

Et encore, ces chiffres officiels diffusés par l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF) n’intègrent que les réalisations de Maroc Factoring, filiale de BMCE Bank et pionnier du secteur au Maroc et Attijari Factoring, filiale d’Attijariwafa bank qui s’est lancé sur le marché en 1995 et qui en est devenu leader depuis 2008. A ces entités, il faut ajouter l’activité brassée par les départements dédiés à l’affacturage mis en place par certaines banques : Société Générale, BMCI et BCP dont l’entité en charge du factoring a bouclé, en 2011, sa première année de pleine activité.

Ces divisions n’ont pas dévoilé leurs réalisations. Néanmoins, l’on estime qu’elles captent 5 à 6 milliards de DH de créances, ce qui établit la taille du marché entre 17 et 18 milliards de DH. Le marché du factoring a donc déjà rattrapé le crédit-bail dont l’activité avoisine 15 milliards en termes de production annuelle et qui a 20 ans d’ancienneté de plus que l’affacturage au Maroc. Et ce dernier secteur conserve encore une bonne marge de progression, sachant qu’il ne pèse aujourd’hui que 2,3% du PIB, alors que la moyenne mondiale est de plus de 4% selon les professionnels. Mais le Maroc progresse rapidement vers les standards mondiaux avec l’actuelle conjoncture favorable pour le factoring, mais aussi avec l’arrivée prochaine de nouveaux acteurs sur le marché. L’on sait d’ores et déjà que le Crédit du Maroc devrait se lancer dans ce métier en 2013, selon les indiscrétions des professionnels, sans compter que certaines des banques ne disposant que de départements dédiés envisagent de constituer à terme des filiales spécialisées.

Trois services : la garantie de non-paiement, le recouvrement et le financement par avance

S’il a doublé en valeur depuis 2008 du fait d’une conjoncture favorisant son développement, cela fait à vrai dire plusieurs années que le marché du factoring est très bien orienté, à savoir qu’il a été multiplié par 10 depuis 1996 (en prenant en compte l’activité des filiales spécialisées et des départements dédiés). En fait, «le factoring au Maroc affiche le même rythme de progression qu’à l’international, l’affacturage étant l’un des produits financiers qui s’est le mieux développé dans le monde entier ces dernières années», fait savoir Driss Cherif Haouat, directeur général d’Attijari Factoring. «L’engouement suscité au Maroc par l’affacturage est à lier au fait qu’il est mieux appréhendé par les entreprises qu’auparavant», estime Salma Tazi, présidente du directoire de Maroc Factoring.

Habituellement, l’affacturage regroupe trois services qui permettent aux adhérents d’externaliser la gestion de leur poste client : la «garantie de non-paiement» (garantie contre le non-paiement en fait), le recouvrement et le financement par avance (cession de factures en contrepartie d’une remise sur le montant).
La clientèle nationale est surtout intéressée par ce dernier service, selon les professionnels. Les créances financées à fin 2011 par les filiales spécialisées représentent en effet près de 60% de l’encours des remises de créance, soit 1,7 milliard de DH sur un total de 3 milliards. Il faut toutefois relativiser l’importance des financements délivrés par le factoring en précisant que les filiales spécialisées et les départements dédiés au factoring n’apportent que l’équivalent de 3 à 5% des créances à court terme sur la clientèle brassées par leurs banques. A titre de comparaison, cette contribution atteint 20% en France.   

Il reste que la prédominance du financement sur facture par rapport aux autres prestations s’explique par le fait que les PME qui demeurent la première clientèle de l’affacturage y voient une ligne de crédit plus souple que les solutions bancaires. A taux d’intérêt identiques ou légèrement supérieurs à ceux des crédits de trésorerie (autour de 5,30%), le financement par affacturage nécessite en effet des garanties que l’on pourrait qualifier de moins lourdes. Cela s’explique par le fait que ces garanties exigées par les spécialistes du factoring sont destinées à couvrir les risques à trois niveaux : la performance de l’entreprise vendeuse, l’insolvabilité du débiteur et le risque commercial entre l’entreprise et son débiteur. Tandis que le financement bancaire classique, du fait qu’il comprend plusieurs natures de lignes de crédit, doit être garanti contre les risques à bien plus de niveaux encore (actifs, environnement, dirigeant…). De manière générale, les sociétés d’affacturage exigent très rarement des garanties réelles pour un financement sur facture.

Une commission de 0,6% à 0,8% du montant de la facture pour la garantie de non-paiement et le recouvrement

Habituellement, seuls les départements dédiés au factoring au sein des banques accèdent aux demandes de la clientèle ne désirant bénéficier que du financement par affacturage, ce qui, selon les majors, a parfois pour effet de dénaturer le produit. Ces derniers mettent davantage l’accent sur les autres prestations qui, selon eux, sont plus proches du cœur de métier du factoring. D’ailleurs, les filiales spécialisées n’accordent en règle générale des financements sur facture que si le client leur confie le recouvrement. On peut avancer que les filiales spécialisées ne mettent pas systématiquement le paquet sur leurs solutions de financement car elles-mêmes ne se refinancent pas à des conditions avantageuses. En effet, contrairement aux départements dédiés des banques, les filiales spécialisées n’ont pas directement accès au marché monétaire, ce qui les contraint à de nombreux arbitrages.

Quoi qu’il en soit, même si les offres inclusives séduisent de plus en plus les PME souhaitant se débarrasser des tracas du recouvrement, elles restent à l’heure actuelle surtout prisées des grands groupes. Ceux-ci recourent surtout à la garantie de non-paiement et le recouvrement et ne sollicitent en revanche le financement sur facture que de manière optionnelle. Les deux premiers services sont surtout utilisés par les entreprises de taille importante à des fins de déconsolidation de bilan. Il faut en effet savoir qu’une créance garantie contre les impayés et dont le recouvrement est externalisé peut, en fonction des normes comptables, être sortie du bilan d’une entreprise, ce qui accroît la rentabilité des fonds propres pour cette entité. A ces grands groupes s’ajoutent les multinationales qui ne disposent pas d’une bonne connaissance du marché national et qui souhaitent se prémunir contre les impayés en garantissant leurs factures. Garantie de non-paiement et recouvrement sont assortis d’une commission entre 0,6% et 0,8% du montant de la facture. Un coût qui peut être sensiblement revu à la hausse en fonction de la charge administrative liée au recouvrement.

De manière globale, les entreprises ayant recours au factoring proviennent de secteurs variés : commerce et distribution, services… En théorie, tous les secteurs caractérisés par de gros postes clients sains sont une cible de choix pour le factoring. Les fournisseurs des grandes surfaces sont par exemple très courtisés par les sociétés d’affacturage. Cependant, les entreprises spécialisées dans des produits périssables ou généralement sujets à des retours fréquents de la part des clients ne sont pas éligibles à cette prestation. Il faut en effet préciser que le factoring couvre les cas d’insolvabilité et d’impayés mais pas les litiges.