La crise de RAM expliquée aux patrons

Frais de structure, intégration hasardeuse, Accord d’OpenSky, frais de carburant et crise économique ont plombé les comptes de la compagnie. La compagnie a été restructurée et un contrat-programme signé avec l’Etat.

Devant un parterre de patrons, Driss Benhima, le PDG de Royal Air Maroc (RAM) s’est attelé mardi 13 décembre au siège de la CGEM à expliquer l’évolution de la compagnie nationale qui traverse une forte zone de turbulences depuis trois ans. Selon M. Benhima, avant la libéralisation du ciel à travers la signature de l’Open Sky avec l’Europe, la compagnie nationale opérait dans un environnement quasi monopolistique avec la bénédiction de l’Etat qui lui accordait, de surcroît, tous les avantages fiscaux en vigueur dans le secteur du transport aérien. Sans souci de rentabilité, ni des lois du marché, RAM s’est mise à opérer en dehors de son cœur de métier : maintenance des avions, handling et formation des pilotes, mais aussi de tout le personnel de la compagnie, une  orientation qui a contribué à alourdir fortement ses charges.

Le choc fut donc  brutal, à partir de 2004, quand les compagnies low cost se sont ruées sur le Maroc. Rapidement, l’offre annuelle en sièges de ses concurrents est passée de 550 000 en 2006 à 7 millions en 2010. Ce qui s’est traduit par une chute des tarifs estimée à 26% en huit ans. En plus de cet environnement concurrentiel, RAM devait subir dès le 1er janvier 2007, l’abolition de toutes les exonérations dont elle bénéficiait, abolition doublée d’un redressement fiscal de 1,4 milliard de DH, sur la période  2004-2010 que la compagnie est toujours en train de rembourser… Ce qui est considéré par M. Benhima comme un paradoxe car RAM est devenu une entreprise comme les autres, mais on continue à lui demander d’être à la fois efficace économiquement et à maintenir son rôle de service public assurant un réseau de lignes intérieures déficitaires ou encore le pèlerinage à des prix qui n’ont rien à voir avec la réalité du marché.

Malgré ces aléas, la compagnie nationale a pu enregistrer de bonnes performances entre 2003 et 2010 réussissant à doubler son trafic qui est passé durant cette période de 3 millions à 6 millions de passagers et son chiffre d’affaires a crû de 1 milliard de DH par an en moyenne sur la période.
Mais depuis 2008, la compagnie est en proie à de grandes difficultés dues à l’accumulation de ses problèmes  aggravés par un carburant trop cher. De fait, la RAM a vécu, entre 2009 et 2011, la période la plus dure de son histoire et n’a pu rétablir ses fondamentaux malgré les plans d’urgence adoptés. L’appel à l’Etat devenait inévitable, comme en témoigne le contrat programme signé avec ce dernier en septembre 2011.