La cotation du dirham adaptée à  la structure des échanges extérieurs

Dans le panier servant de référence au dirham, l’euro perd 20 points et le dollar en gagne autant. La mesure est un pas supplémentaire vers l’introduction d’une dose de flexibilité dans le régime de change.

Depuis quelques années, le poids des principales monnaies de facturation des échanges extérieurs du Maroc connaît des évolutions en décalage par rapport au panier de cotation du dirham. En effet, tandis que le dollar prend de plus en plus de poids dans la balance des règlements, l’euro, lui, accuse un recul. C’est ainsi que de 60% de l’ensemble des règlements avec l’étranger en 2009, l’euro a chuté à 50% en 2013. Sur la même période, le dollar gagne 6 points en passant de 36% à 42%. Avec la diversification à l’œuvre dans les exportations du pays et la montée de l’Asie dans le commerce mondial, la part du billet vert dans la structure de la balance des règlements semble devoir s’accroître encore un peu plus.

C’est ce constat qui a amené le ministère des finances et la Banque centrale à décider, cette semaine, de revoir les pondérations assignées à l’euro et au dollar dans le panier de devises servant de référence pour la cotation du dirham. Fixées à 80% pour la monnaie unique européenne et à 20% pour le dollar, voici maintenant quatorze ans, ces pondérations sont désormais de 60% et 40% respectivement ; soit -20 points pour l’euro et +20 points pour le dollar. C’est un rééquilibrage technique tout à fait indispensable pour “coller” au plus près à la configuration actuelle des échanges extérieurs. Et du même coup, éviter, du moins atténuer, l’impact des fortes variations qui peuvent affecter l’une ou l’autre de ces devises, sur le dirham.

Un flottement contrôlé

La question que certains se posent de savoir si cet aménagement aura un effet sur la parité actuelle du dirham est légitime. Il faut en effet bien comprendre que cette actualisation du panier de cotation du dirham est une esquisse, une de plus, vers ce qui est recommandé depuis pas mal de temps, à savoir l’introduction d’une dose de flexibilité dans le régime de change. Le 23 février 2015, dans le cadre des consultations de 2014 au titre de l’article IV avec le Maroc, le FMI dit appuyer la transition vers un régime de change plus souple, «car cela encouragerait la diversification des échanges commerciaux et financiers tout en contribuant à préserver la compétitivité et à mieux protéger l’économie contre les chocs». De ce point de vue, et une fois la mesure mise en place, la valeur du dirham sera déterminée par le marché. La monnaie nationale ne sera pas pour autant dans un régime de flottement pur, mais contrôlé. C’est déjà un peu le cas aujourd’hui, à vrai dire, car la quasi-totalité des opérations courantes est libéralisée, et les opérations en capital sont totalement libres pour les étrangers.
Avec l’ouverture de l’économie marocaine, lancée depuis des décennies maintenant, ces évolutions sont inéluctables.