«La COP22 est une COP de l’action»

Les délais fixés par le comité d’organisation sont respectés. L’objectif est d’atteindre des résultats concrets sur les points fixés par la présidence marocaine, notamment les aides financières pour les pays en développement, le transfert de technologie et la gestion des risques

Le compte à rebours a commencé. Il ne reste plus qu’un mois avant le coup d’envoi de la COP22. Le comité d’organisation travaille d’arrache-pied pour que cette manifestation mondiale soit une réussite. Le commissaire de la COP22, Abdeladim El Hafi, fait le point sur les préparatifs.

La COP22 se tient du 7 au 18 novembre à Marrakech. A environ un mois du coup d’envoi, où en êtes-vous dans les préparatifs ?

Le projet avance tel que prévu par l’agenda de réalisation. Pour le moment, nous respectons les délais fixés par le comité d’organisation pour livrer Bab Ighli, le village de négociation, avant la fin du mois d’octobre. En ce qui concerne l’attribution des espaces, la zone bleue dédiée principalement aux pavillons nationaux de divers pays et à certaines institutions internationales a été achevée. La zone verte (espace d’innovation dédié aux entreprises et espace société civile), elle, connaît une grande affluence. Il était nécessaire de procéder à des arbitrages pour satisfaire le maximum de demandes. Cela dit, les animations internes, les side events et les thématiques sont connues. A noter que les thèmes abordés sont liés à la gestion de l’eau, aux énergies renouvelables, aux forêts et autres aspects concernés par les changements climatiques.

Combien de participants attendez-vous et qu’en est-il de l’hébergement, des réservations d’hôtels et du transport ?

Le nombre de participants n’est pas encore connu. Toutefois, la moyenne de participation aux différentes Conférences des parties est située entre 7 000 et 12000, sauf dans le cas des COP exceptionnelles telles que celle de Copenhague en 2009 où 22000 personnes étaient présentes et celle de Paris qui en a accueilli près de 30 000. Pour Marrakech, l’historique des COP montre que les confirmations de participation arrivent aux derniers jours (vers la dernière semaine d’octobre). Dès lors, on aura une vision plus nette. Par ailleurs, nous avons un contact permanent avec les hôteliers. Nous partageons les données disponibles concernant les réservations confirmées. Pour nous, en tant qu’organisateurs, le plus important est de garantir et d’assurer tous les aspects logistiques pour que la COP se déroule dans de bonnes conditions.

Au delà de la participation, quels sont les autres indicateurs de succès de la COP22 ?

A mon sens, il y a 4 critères essentiels. Le premier est le taux de participation. L’objectif est de réaliser une participation importante de tous les Etats membres. En second lieu, on retrouve la qualité de la participation, la présence au plus haut niveau de l’Etat (chefs d’Etat et chefs de gouvernement). Le troisième élément de réussite réside dans les signaux politiques, en l’occurrence la ratification de l’accord de Paris et la ratification de l’amendement de l’accord de Montréal. Notons que l’aboutissement des négociations de l’accord de l’aviation civile prévu au courant du mois d’octobre sur la réduction de sa contribution aux gaz à effet de serre est aussi un élément majeur de ces signaux politiques. Enfin, l’objectif est d’atteindre des résultats concrets sur les points fixés par la présidence marocaine. D’abord sur le volet financement, le but est de créer une feuille de route des 100 milliards de dollars que les pays développés doivent verser chaque année à partir de 2020 pour aider les pays en développement dans leurs actions de lutte contre le changement climatique. Nous comptons également obtenir des résultats sur les aspects liés au transfert de technologies Nord-Sud et Sud-Sud, notamment dans le domaine des énergies renouvelables. La gestion des risques de tous les phénomènes extrêmes liés au changement climatique (sécheresse, inondations et maladies) revêt également une importance capitale.

Dans le cadre de la coopération Sud-Sud, le Maroc est porteur de l’initiative Triple A (Adaptation de l’Agriculture en Afrique) consistant à garantir des financements aux projets, en particulier ceux liés à l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques, œuvrer à l’augmentation de la productivité agricole et augmenter le pouvoir de séquestration du carbone dans les sols africains. Mais quels seront exactement les engagements du Maroc vis-à-vis de l’Afrique et de lui-même ?

Le Maroc a en effet un savoir-faire mondialement reconnu dans le domaine de l’eau. Aujourd’hui, vu la pression exercée sur les ressources naturelles en Afrique, l’expertise du Maroc peut être très utile. On est dans le même cas de figure pour les énergies renouvelables où un savoir-faire et une expertise acquise dans l’ingénierie de ces projets sont susceptibles d’être mis à profit dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Ce sont des mécanismes qu’il faut renforcer pour repositionner le Royaume en tant qu’élément majeur dans les nouveaux modèles de développement durable. Le Maroc aspire également à se développer pour être dans le club des pays émergents. Il s’engage donc face à la communauté internationale dans un développement durable et ce, par la mise sur les rails d’une politique de développement avec de nouveaux modèles axés sur les énergies renouvelables et la gestion rationnelle des ressources naturelles.

Quels seront les grands enseignements à tirer de cette COP22 pour le Maroc en termes d’efforts d’organisation, de place du Maroc dans l’engagement pour l’environnement, de visibilité du pays…?

La COP22 est une COP de l’action. Le choix du Maroc d’organiser cette édition est une reconnaissance universelle du positionnement du pays dans la lutte contre le changement climatique pour un développement durable et humain. A travers cette COP, le Maroc se place comme porte-parole de tous les pays du Sud, pays arabes, africains, et insulaires et ceux qui subissent de plein fouet les effets du changement climatique. En outre, notre pays se positionne en tant que plateforme et porte d’entrée sur le continent africain de toutes les technologies liées aux énergies renouvelables. C’est une plateforme qui lui permet de tisser ses liens vers les pays africains. Le Maroc a donc une opportunité pour porter ce message et construire des partenariats. Et donner une dimension et une profondeur à la politique que S.M. MohammedVI porte pour le continent qui détient beaucoup de ressources, notamment dans le domaine de l’eau, mal distribuées et qui exigent une gouvernance appropriée. D’où l’opportunité du Maroc d’exporter son expertise.