La coopération internationale, une grosse manne financière pour le Maroc

Des fonds considérables sont investis par les acteurs de la coopération internationale au Maroc. L’eau, l’agriculture, l’environnement, l’éducation et la gouvernance sont les secteurs prioritaires des principaux bailleurs de fonds.

Une manne financière importante profite au Maroc au titre de la coopération internationale. C’est du moins ce que renseignent les chiffres recueillis par La Vie éco auprès des agences et départements étrangers de coopération implantés au Royaume. Démonstration. A elle seule, l’Union européenne a mobilisé 3,6 milliards d’euros dont 1,45 milliard sous forme de dons durant les cinq dernières années. La France, via l’Agence française de développement (AFD), a accordé 1,9 milliard d’euros, dominé par les prêts durant la même période. L’Espagne a, quant à elle, engagé 150 millions d’euros dont le tiers en dons entre 2013 et 2016 à travers son agence AECID. Représentée par la GIZ, l’Allemagne a investi rien qu’en 2016 pas moins de 53 millions d’euros. Toujours parmi les pays européens, la Belgique est active à travers la Coopération technique belge (CTB) dont les fonds alloués sous forme de dons s’élèvent à 80 millions d’euros depuis 2010.

Outre-Atlantique, la section marocaine de l’Agence américaine USAID a programmé 100 millions de dollars (99% de dons) pour la période 2013-2019. Du côté de l’Asie, l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) a dépensé durant les cinq dernières années quelque 538 millions d’euros.

Dons, prêts ou financement de l’assistance technique sont les trois modalités d’appui dont profite le gouvernement marocain, les collectivités locales ou la société civile, ou parfois les trois à la fois dans des projets impliquant tous ces intervenants.

Si les axes prioritaires d’intervention des agences et départements de coopération sont généralement fixés par la diplomatie de leurs pays respectifs, il n’en demeure pas moins qu’ils sont alignés sur les stratégies sectorielles et les réformes du pays cible. «Les domaines d’intervention prioritaires de l’UE au Maroc sont alignés sur les priorités marocaines telles qu’elles sont déclinées dans les différents plans d’action établis conjointement entre les autorités marocaines et l’Union européenne», explique une source autorisée au sein de la délégation de l’Union européenne. Selon nos informations, ce schéma d’identification des priorités est quasiment le même chez la JICA, l’AFD, la CTB ou l’AECID.

Les axes d’interventions corrélés aux stratégies sectorielles du Maroc

Eau et assainissement, environnement, agriculture et pêche, éducation, gouvernance, emploi… Il y a des secteurs que l’on retrouve comme prioritaires chez l’écrasante majorité des acteurs de coopération. Prenons l’exemple de l’eau et l’assainissement. Chez l’AFD, ce domaine représente 17% de ses engagements sur la période 2011-2016, soit 323 millions d’euros. Ce qui en a fait le deuxième secteur prioritaire après la mobilité durable. De même, la JICA a financé des projets dans le secteur de l’eau et l’assainissement à hauteur de 210 millions d’euros sur la même période. Pareil pour la CTB qui y a investi 40 millions d’euros de dons depuis 2010, soit la moitié des fonds alloués au Maroc. N’ayant pas pu communiquer ses chiffres à l’heure ou nous mettions sous presse, la GIZ considère également l’eau comme secteur prioritaire. Le programme national d’assainissement liquide ou la stratégie nationale de l’eau figurent en tête des politiques appuyées par ces bailleurs de fonds.

Autre secteur privilégié et non des moindres : l’agriculture via le Plan Maroc Vert. En fait, l’AFD a dédié à ce secteur 11% de ses fonds sur la période 2011-2016 tandis que la JICA et la CTB y ont investi respectivement 129,7 millions d’euros (entre 2011 et 2016) et 40 millions d’euros (depuis 2010). A titre d’illustration, la coopération belge a appuyé le développement de la filière de l’amandier avec un don de 8 millions d’euros servant entre autres à la plantation de 6 000 ha d’amandiers dans la région de l’Oriental. Pour sa part, la JICA a soutenu une association d’agriculteurs dans la région de Doukkala pour l’installation d’un nouveau système d’irrigation localisée. L’Union européenne -dont l’activité de coopération est indépendante de celle des agences des pays membres- a financé des projets dans l’agriculture à hauteur de 76 millions d’euros en dons sur les cinq dernières années ; ce qui en fait le premier donateur au Maroc.

Le secteur de l’éducation et la formation n’est pas en reste. L’USAID en fait une de ses trois priorités avec un focus précis sur l’amélioration des apprentissages scolaires au niveau primaire. Sur un budget global de 100 millions de dollars sur la période 2013-2019, ce dernier se taille 25,7 millions de dollars. A ce jour, 12 000 enfants et 340 éducateurs ont été ciblés par les activités de l’USAID dans le secteur de l’éducation. «Depuis 1957, les investissements de l’USAID se sont élevés à plus de deux milliards de dollars dans les domaines du développement humain, économique et institutionnel du Maroc», indique Clara Mc Linden, chargée de communication de l’USAID au Maroc. Comme dans l’agriculture, l’Union européenne vient en tête des donateurs dans le secteur de l’éducation avec une enveloppe dédié s’élevant à 124,9 millions d’euros sur les cinq dernières années. De son côté, l’AFD y a consacré durant la même période, aux cotés du soutien à l’emploi et à la formation, 8% de ses fonds investis, soit 152 millions d’euros. «Notre agence accompagne les réformes de fonds en matière de promotion de l’employabilité et de l’intermédiation sur le marché de travail, notamment avec le programme Emplois-compétences. Nous participons au financement de centres sectoriels de formation professionnelle pilotés par les entreprises. Enfin, dans le secteur de l’éducation nationale, nous appuyons la stratégie nationale pour l’éducation 2015-2030 après avoir soutenu le plan d’urgence sur la période 2008-2011», détaille Eric Baulard, directeur de l’AFD.

Le Maroc, grand récepteur de fonds

Fait important à noter, le Maroc figure parmi les premiers récepteurs de fonds en Afrique ou en Méditerranée chez la majorité des acteurs sondés par La Vie éco. Exemple : le Royaume est le premier bénéficiaire (après la Palestine) de l’aide européenne dans la zone du voisinage sur les cinq dernières années. Pour ce qui est des fonds accordés sous forme de prêts par la Banque européenne de l’investissement, il est le deuxième après l’Egypte. Chez l’AFD, le Maroc est le premier récepteur de prêts et de dons au monde sur la période 2008-2016. Concernant la Belgique, le Maroc était quatrième avant qu’il ne soit devancé par d’autres pays africains.