La contrebande de carburant perd du terrain dans l’Oriental

La Douane et les services de sécurité ont intensifié les contrôles sur les lieux de stockage. La compétitivité prix du carburant du marché légal s’est très largement améliorée. De plus en plus de sociétés de distribution affichent leur intérêt pour l’investissement dans des stations services dans la région.

Le Maroc est-il en train d’en finir avec l’un des plus grands fléaux qui menacent l’économie de la région de l’Oriental ? En tout cas, il semblerait que jamais l’investissement dans le secteur des stations-services n’aura été aussi attrayant. Dernière annonce en date, celle du nouveau-venu dans le secteur, la Société de distribution du carburant et de combustibles (SDCC), filiale de la Samir, dont le top management a déclaré récemment qu’elle compte capitaliser sur la baisse de la contrebande de carburant pour asseoir sa présence dans la région de l’Oriental.

Est-ce là un excès d’optimisme, vu que la région est réputée peu attractive pour l’investissement dans ce secteur ? Peut-être pas vraiment. Selon plusieurs sources locales, la contrebande de carburant s’est effectivement réduite de manière considérable depuis le début de l’année. Si aucun chiffre officiel ne permet d’en mesurer l’ampleur, «la baisse est bien réelle, et ce, depuis le début de l’année», confirme-t-on auprès du Groupement des pétroliers du Maroc (GPM). Pour ce dernier, plusieurs compagnies pétrolières affichent depuis des mois un intérêt particulier pour l’investissement dans de nouvelles stations-services dans la région qui en a vu fermer plusieurs au cours de ces dernières années.

Plus de 33 tonnes de carburant saisies en une seule opération

«Plusieurs facteurs contribuent actuellement à la baisse de la contrebande de carburant, notamment la rigueur dont font preuve les autorités compétentes», explique Driss Houat, président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Oujda. Les agents de contrôle des Douanes ainsi que ceux de la Gendarmerie royale ont accentué leurs opérations coup de poing. Et si par le passé leurs «rafles» permettaient principalement d’anéantir des opérations spécifiques de livraison, aujourd’hui elles ciblent de plus en plus les réseaux de contrebande qui sont souvent bien structurés. Pour preuve, les prises de la Douane deviennent de plus en plus importantes. Courant 2013, par exemple, plus de 33 tonnes de carburant ont été saisies en une seule opération. Lorsqu’une simple prise d’une «moqatila» (véhicule utilisé pour l’acheminement du carburant de l’Algérie vers le Maroc) permet à peine de saisir 2 000 à 4 000 litres, le démantèlement des réseaux permet, lui, de mettre la main sur des quantités 100 fois plus importantes. L’explication est que le démantèlement des réseaux se fait souvent grâce à la surveillance des entrepôts de stockage qui, naturellement, abritent des quantités importantes de carburant.

Les automobilistes de l’Oriental font beaucoup plus attention à la qualité du carburant

Hormis le contrôle, les opérateurs économiques de la région de l’Oriental avancent également des facteurs purement économiques pour expliquer la tendance à la baisse du phénomène. Lorsque l’indexation partielle, puis la décompensation, ont été mises en application au Maroc, les prix des carburants ont fortement augmenté. Cela a surtout touché l’essence, principal produit des contrebandiers, dont les prix ont frôlé la barre des 14 DH le litre début 2014. A ce moment-là, l’essence de contrebande se négociait, selon des sources locales, aux alentours de 7DH le litre. Depuis plusieurs mois, la tendance s’est inversée et les prix de l’essence à la pompe sont redescendus sous la barre des 12 DH. «Cette baisse a réduit le différentiel de prix avec le produit de contrebande, ce qui l’a logiquement rendu moins attractif», explique un opérateur. D’où l’intérêt pour les distributeurs d’hydrocarbures de renforcer leur présence dans la région, pour répondre à une demande en croissance du carburant «légal».

D’autant plus que la tendance devrait se maintenir en raison d’un changement majeur que connaît le secteur de l’automobile dans l’Oriental. «Comme partout au Maroc, les ventes de véhicules neufs ont été importantes ces dernières années, ce qui a conduit à un net rajeunissement du parc. Cette situation induit un changement progressif dans le mode de consommation, les automobilistes étant plus regardants sur la qualité du carburant», commente un opérateur de la région. Il est en effet bien admis que le carburant de contrebande est souvent de qualité très inférieure à celle du carburant distribué dans les stations-services. Lequel doit répondre à des normes fixées à la fois par les pouvoirs publics et les sociétés de distribution. Et comme les automobilistes sont plus attentifs à leurs véhicules quand ils sont neufs, le choix est vite fait.
Plusieurs facteurs sont donc réunis pour que la contrebande de carburant ne soit plus aussi pesante sur l’économie de la région. Il reste maintenant à savoir si le phénomène sera complètement éradiqué pour que la rentabilité d’une station-service soit durablement préservée.