La consommation des ménages a augmenté de 6 % en 2008

Les crédits à  la consommation ont progressé de 27% sur les onze premiers mois de 2008.
Les importations de produits alimentaires et de produits finis de consommation ont augmenté respectivement de 22% et de 10%.

Comment s’est comportée la consommation des ménages marocains en 2008 ? Est-ce que la hausse des prix, en particulier ceux des produits de base, a influé sur le niveau de consommation ?
Il faut croire que la croissance de la demande des ménages se maintient. Selon les premières estimations, la consommation des ménages, en termes réels, a progressé de 6% en 2008, contre 3,8% en 2007.
Cette vigueur de la consommation, qui contribue significativement à la croissance économique, s’explique par plusieurs facteurs. Il y a d’abord le soutien par les pouvoirs publics des prix des principaux produits alimentaires et énergétiques, empêchant ainsi la hausse vertigineuse des cours des matières premières agricoles et énergétiques sur le marché international de se diffuser sur le marché domestique. Sur les dix premiers mois de 2008, ce sont en effet 27,2 milliards de dirhams qui ont été consacrés aux produits subventionnés ; soit 14,2 milliards de dirhams de plus par rapport à la même période de 2008 (109%).
Cette intervention massive de l’Etat pour soulager les ménages face à des envolées des prix est soutenue, par ailleurs, par une augmentation de l’emploi rémunéré (+2,2% au troisième trimestre), et aussi par les revalorisations de salaires intervenues au mois de juillet.
La progression de l’emploi salarié et l’amélioration des salaires intervenue dans le cadre du dialogue social ont, d’une certaine manière, augmenté la capacité d’endettement des ménages puisque les crédits à la consommation, sur les onze mois de 2008, se sont accrus de 26,6%.
On peut aussi considérer que la hausse des importations de produits finis de consommation (+ 9,6% à 48,8 milliards de DH) et des produits alimentaires (+ 21,6% à 28,9 milliards de DH) est un indice du dynamisme de la consommation des ménages.
A cette précision près que, au moins pour les produits alimentaires importés, l’évolution à la hausse s’explique aussi par le facteur prix ; ce qui contribue à augmenter le niveau de la consommation en dirhams courants.
En réalité, le gros de la consommation des ménages provient en grande partie de l’autoconsommation de produits agricoles et dont le niveau est évidemment corrélé au comportement de la campagne agricole. On ne peut pas expliquer autrement le fait que la dépense annuelle moyenne par ménage ait évolué plus rapidement en milieu rural (4,1%) qu’en milieu urbain (2,1%) entre 2001 et 2007. Idem pour la dépense alimentaire annuelle moyenne sur la même période : 6,4% en milieu rural et 4% en milieu urbain. Cela corrobore le fait que, dans la structure des dépenses des ménages marocains, le gros (40,6%) va à l’alimentation, alors que l’habillement, par exemple, ne représente que 3,3%, l’équipement ménager 3,6%, l’enseignement, la culture et les loisirs 4,4%, l’hygiène et la santé 7,2%…
Quand on observe l’évolution de la croissance économique sur une période relativement longue, on s’aperçoit que la contribution de la consommation des ménages à la progression du PIB est liée dans une large mesure à la donne agricole.
Exemple : en 1999, l’activité primaire (agriculture, forêt, pêche, aquaculture, etc.) avait enregistré un résultat négatif (-14,7%). Du coup, la consommation des ménages, la même année, fut, elle aussi, négative (-0,4%). On pourrait d’ailleurs tout aussi bien inverser les termes de l’équation en disant que le recul de la consommation, consécutivement à la mauvaise année agricole, fut à l’origine d’une croissance économique presque nulle (0,5%) en 1999 (voir la contribution de la consommation finale des ménages à la croissance du PIB).

L’autoconsommation de produits agricoles pousse la consommation finale des ménages
Très clairement, c’est la demande interne (investissement et consommation) qui tire la croissance économique au Maroc. Longtemps, ce modèle de croissance a été critiqué, surtout par la Banque mondiale, qui estimait plus important de développer les exportations. Avec les évolutions récentes de l’économie mondiale, on voit bien que c’est plutôt une bonne chose que l’activité ne dépende pas excessivement d’une demande étrangère, qui peut venir ou ne pas venir, suivant l’état de l’économie des pays auxquels sont destinées les exportations. Sauf, bien sûr, dans le cas d’exportations suffisamment compétitives (prix et qualité et haut niveau technologique incorporé dans les produits exportés), ce qui n’est pas le cas du Maroc pour le moment.
Le marché intérieur (à la fois pour l’investissement et la consommation) est donc le moteur de la croissance, et les mesures prises dans le Budget 2009, en terme de relance de l’investissement (45 milliards de DH) et de la consommation (44 milliards de DH) sont de nature à atténuer les effets de la crise mondiale sur le Maroc. Cela dit, la structure même de la consommation montre bien qu’il reste beaucoup à faire. Certes, le poids de l’alimentaire, dans lequel l’autoconsommation dans le rural occupe une place importante, ne cesse de diminuer (54% en 1971, 40,6 % en 2007), mais il reste largement prédominant. Ceci est à lier sans aucun doute à la faible salarisation de la main-d’œuvre, lequel phénomène s’explique par l’importance de l’emploi agricole.
Le Plan Vert qui a été mis en place récemment devrait justement faire évoluer ce secteur pour le sortir de l’état artisanal dans lequel il se trouve et le rendre beaucoup plus performant (avec toutes les conséquences qui en découleront en termes d’emplois, de rémunération, etc.).