La consommation de ciments devrait croître de 5.5% en 2012

La hausse prévue de la demande s’explique par l’accélération du rythme
de construction de logements sociaux. Comme en 2011, la consommation pourrait être en plus dopée par l’auto-construction anarchique du fait des élections régionales.

Même si tous les producteurs n’en ont pas profité équitablement, l’année 2011 s’est terminée sur une note positive pour le marché du ciment, avec une hausse de la consommation de 10,7%. Mais qu’en sera-t-il pour 2012 ? Pas de croissance à deux chiffres, tient-on à préciser auprès de l’Association des professionnels du ciment (APC). «Si durant l’année passée, la demande a été portée par la recrudescence de l’auto-construction anarchique qui a proliféré en contexte électoral, le marché devrait retrouver une croissance normale en 2012», anticipe Ahmed Bouhaouli, directeur délégué de l’association. Mais certains professionnels ne sont pas aussi catégoriques et parient sur une répétition du scénario de 2011 avec les élections régionales (prévues en novembre prochain).

Quoi qu’il en soit, selon les prévisions conservatrices de l’APC, la demande de ciments devrait croître au maximum de 5,5% en 2012, ce qui devrait porter la consommation nationale à près de 17 millions de tonnes. Selon les professionnels, cette croissance espérée devrait provenir pour l’essentiel de l’engouement des promoteurs immobiliers pour le logement social. Car, même si les conventions pour la construction d’unités à 250 000 DH affluent jusqu’à présent auprès du ministère de l’habitat (à fin 2011, les promoteurs ont manifesté leur intérêt pour construire près de 905 000 unités), les effets sur la demande en ciment ne se sont pas encore clairement faits ressentir, de l’avis unanime des opérateurs. «Jusqu’à la fin du deuxième semestre 2011, la construction de logements sociaux n’avait pas atteint son rythme de croisière, mais la montée en régime interviendra bien ce début d’année», assure M. Bouhaouli. Ce qui permettrait de contrebalancer une éventuelle stagnation des besoins du BTP, fortement lié à la demande publique. Certes, le projet de Loi de finances a prévu une enveloppe d’investissement publique de 178,3 milliards de DH, en hausse de 6,2%, mais encore faut-il que tout cela se réalise dans un contexte de finances publiques dégradées.

Au vu de ces facteurs, et selon le scénario conservateur de l’APC, la surcapacité du secteur ne devrait pas trop changer par rapport à l’année passée. En effet, la capacité installée, estimée à fin 2011 à 19 millions de tonnes, devrait être portée à plus de 20 millions de tonnes avec l’entrée en pleine activité, ces prochains jours, de la nouvelle unité de Ciments de l’Atlas (Groupe Sefrioui) basée à Béni-Mellal, selon les prévisions de l’APC. Dans l’intervalle, la consommation nationale devrait augmenter de 16,1 à 16,9 millions de tonnes, ce qui devrait maintenir la surcapacité autour de 3 millions de tonnes. Voilà qui atténue les craintes du marché quant à d’éventuels surplus de production alarmants qui menacent le secteur.

Plus que cela, dans une récente étude prévisionnelle, les analystes de BMCE Capital écartent tout risque sérieux de surcapacité jusqu’en 2014. Pourtant, les projets d’extension de capacité prévus dans l’intervalle sont conséquents. En effet, Holcim prévoit le doublement de la capacité de son usine de Fès pour la porter à 1,2 million de tonnes au cours du premier semestre 2012. Lafarge Ciments devrait, elle, inaugurer à Aït Baha une nouvelle cimenterie d’une capacité oscillant entre 1,2 et 1,5 million de tonnes d’ici 2014. Ciments du Maroc devrait enfin lancer une usine au nord de Marrakech sur le même horizon.  Mais il faut croire qu’avec tout cela la capacité de production du secteur serait portée à environ 24 millions de tonnes d’ici 4 ans pour une demande estimée à 19 millions de tonnes, soit un taux d’utilisation confortable de 80% correspondant à un optimum pour cette industrie.