La conserve marocaine de thon est en voie de disparition

«Tam» est à l’arrêt depuis trois mois, «Calvo» est en difficulté et «Isabel» a jeté l’éponge depuis longtemps.
Les conserveurs sont dans l’impasse : les captures sont en chute libre et le prix du thon à l’importation est de 1 000 dollars la tonne contre 300 dollars en 2005.
Les importateurs se positionnent désormais en leaders du marché.

Symbole d’une époque révolue ? La petite boîte orange de thon en conserve «Tam», longtemps leader sur le marché, est introuvable sur les rayonnages. La société Marica, propriétaire de la marque, a en effet arrêté depuis 3 mois sa ligne de conserve de thon.

Et son cas n’est pas isolé puisque le fabricant de la marque «Calvo», implanté à Laâyoune, a également réduit sa production et pourrait, dit-on dans le secteur, l’arrêter. Cosarno, le producteur sous licence de la marque «Isabel» installé à Agadir en a, quant à lui, cessé la production depuis l’année 2000. Mais, contrairement aux autres marques devenues introuvables dans le circuit de distribution, Isabel n’a pas disparu parce qu’elle est aujourd’hui importée par des opérateurs privés. Comment en est-on arrivé à cette situation?

La réponse est simple : le thon se fait plus rare sur les côtes marocaines. Selon l’administration et contrairement à ce que pensent les industriels, la situation n’est pourtant pas dramatique. En effet, l’arrêt de la production pourrait n’être que provisoire puisque le thon n’est pas pêché tout au long de l’année mais durant une période limitée qui va de juin à décembre. Un argument qui ne convainc qu’à moitié puisque, la saisonnalité étant connue, des entreprises qui, jusque-là ont fourni régulièrement le marché, se seraient organisées en conséquence.

En réalité, le problème n’est pas propre au Maroc. La raréfaction de la ressource est due aux conditions hydro climatiques et à la surexploitation de la ressource, en dépit des quotas de pêche imposés par les organisations internationales. Les captures moyennes de thon à travers le monde atteignent 3,5 millions de tonnes par an, mais en 2007 et en raison des facteurs précités, elles ont été bien en deçà alors que la demande mondiale se chiffre actuellement à 5 millions de tonnes. Il s’en est suivi une flambée du cours du thon, qui se vend 1 000 dollars (7 800 DH) la tonne contre 300 dollars (2 340 DH) en 2005.

Au Maroc, on pêche plusieurs espèces de thon destinées à l’industrie. Une petite quantité de thon rouge, espèce dite noble, est exportée en congelé ou en frais, essentiellement vers le Japon et l’Espagne. D’après le ministère de l’agriculture et des pêches maritimes, les captures de thon sont passées de 8 800 tonnes (l’Union nationale des industries de la conserve de poisson – Unicop – annonce pour sa part 740 tonnes) en 2006 à 343 tonnes en 2007.

Corrélativement, les exportations de conserves sont tombées à 1 927 tonnes en 2007 contre 3 487 tonnes une année plus tôt. Les statistiques communiquées par l’Unicop révèlent que la baisse des exportations de conserve de thon s’est poursuivie en 2008. Destinées essentiellement à l’Espagne, à la France et à l’Italie, elles ont atteint 234,3 tonnes au terme des deux premiers mois de l’année, soit 4,9 MDH en valeur contre 10,2 millions pour la même période de 2007.

Le thon ne représente que 2,5% des exportations de conserve de poisson
Pour faire face à l’irrégularité de l’approvisionnement, les conserveurs n’ont d’autre choix que d’importer de la matière première, en particulier du Sénégal et de la Mauritanie, pays également touchés par la baisse des captures. Les importations de thon ont d’ailleurs connu une hausse régulière durant les dernières années pour s’établir autour de 8 000 tonnes contre 1 473 en 2004.

Néanmoins, le ministère de l’agriculture et des pêches maritimes tient à préciser que les exportations de thon ne constituent, depuis toujours, qu’une petite partie (2,5% en 2006) des exportations de conserve de poisson dont les recettes réalisées sur 80 marchés étrangers ont presque doublé sur les sept dernières années, à 4 milliards de DH. Exportée dans environ 44 pays, en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis, la sardine, elle, constitue 80 % du volume global. A fin avril, elle totalisait 21 510 tonnes contre 19 113 tonnes pour la même période en 2007. En valeur, le chiffre d’affaires est passé de 440 à 564 MDH.

Les conserveries traitent aussi les maquereaux et les anchois. Ce qui, pense-t-on au ministère des pêches, permet à celles qui sont en difficulté sur le thon de compenser par d’autres espèces. Sans oublier que certaines entreprises font également de la conserve végétale.

Par ailleurs, et pour minimiser la crise actuelle, certains observateurs du secteur estiment que «s’il y a des arrêts de la production dans certaines unités, cela pourrait découler en grande partie des problèmes de gestion ou de stratégie des entreprises». Une explication qui n’est pas du goût des conserveurs qui tiennent à préciser que «leurs difficultés sont essentiellement dues à l’insuffisance et à l’irrégularité de l’approvisionnement. Un problème que l’on ne peut résoudre que par la mise en place, par les pouvoirs publics, de deux mesures principales : la mise à niveau des bateaux de pêche et le déblocage des licences de pêche aux industriels».

A ce sujet, le ministère affirme qu’un programme est en cours de finalisation pour doter le secteur d’une stratégie de développement, à l’image de la stratégie «Maroc Vert» pour l’agriculture. Etabli en concertation avec les professionnels du secteur, il vise la mise à niveau de la flotte de pêche côtière et la modernisation des industries de la pêche. Cependant, pour ce qui est des licences de pêche, il semblerait que la tendance soit plutôt au maintien du gel de l’octroi car il y va de la préservation des ressources halieutiques du pays .