La CNSS perd des millions de DH dans un système informatique inutilisable

Conçu pour une gestion intégrée des polycliniques, le progiciel Axia acheté en 1999 fonctionne à peine ou seulement en partie.
Le montant total de l’investissement, logiciel, matériels et charges divers compris, dépasse 20 MDH.

Le constat est unanime : la CNSS a beaucoup changé ces dernières années. Des efforts ont été faits au niveau de la qualité des prestations à la clientèle, de l’assainissement des comptes et de la situation financière, de l’augmentation du nombre d’entreprises affiliées… Mais, la caisse ne s’est pas débarrassée de tous le legs du passé et l’équipe actuelle continue de gérer des dossiers parfois difficiles.
Dans le lot, on trouve notamment celui d’un ambitieux programme informatique (progiciel) baptisé «Axia», que la CNSS tente de mettre en œuvre… depuis cinq ans. Depuis son achat et le début de son installation, en 1999, le projet à ce jour n’est pas encore réceptionné définitivement. C’est un des exemples flagrants du gâchis et de la mauvaise gestion qui ont marqué la caisse par le passé et qui continuent de constituer des boulets.
A l’origine, le progiciel Axia devait permettre une gestion intégrée des polycliniques depuis l’arrivée du malade jusqu’à son départ en passant par les actes médicaux et le séjour. Le choix s’était porté sur Axia pour la simple raison que l’application tournait très bien en France au niveau des hôpitaux. Pourtant, selon des sources à la CNSS, certaines personnes s’étaient à l’époque opposées à l’achat du programme et avaient émis des réserves. Cinq ans plus tard, ces craintes semblent justifiées car l’application fonctionne très mal, malgré tous les fonds qui ont été investis.

Les agents continuent de travailler parallèlement en manuel
Le progiciel, comme nous l’a confirmé Chakib Tazi Sedqi, directeur du pôle unités médicales (PUM), a été acheté à 7 MDH. Mais il y a aussi le reste. Et le reste, c’est en fait le plus gros de l’investissement dans tout ce qui accompagne l’application à commencer par le matériel. A ce titre, et pour équiper toutes les polycliniques, la CNSS a fait l’acquisition de 15 serveurs à 165 000 DH l’unité, soit un investissement d’environ 2,5 MDH. Ensuite, il fallait équiper les 13 polycliniques en ordinateurs (une trentaine en moyenne par polyclinique) et en imprimantes pour pas moins de 4 MDH. En outre, il fallait installer les réseaux, câblages et autres. Et pour finir, il faut ajouter les dépenses annexes comme la formation, les déplacements de responsables chez le fournisseur en France et vice versa. Combien a coûté le programme en définitive ? Si pour M. Tazi, le chiffre de 50 MDH, que certaines de nos sources avancent, «est exagéré», on peut raisonnablement tabler sur un minimum de 20 à 25 MDH. Ce n’est pas le plus important car, au final, on se retrouve avec une application qui ne fonctionne pratiquement pas.

La direction du pôle unités médicales refuse de reconnaître l’échec du système
«Aujourd’hui, Axia n’est pas en mesure de fournir une donnée aussi élémentaire que le chiffre d’affaires d’une polyclinique par spécialité», explique un utilisateur. Dans les polycliniques, les agents, en parallèle au système informatique, continuent de tenir leurs bons vieux registres manuels. Selon certains utilisateurs, par exemple, les deux modules qui viennent récemment d’être mis en application, à savoir la comptabilité et la gestion des stocks, ne fonctionnent pas.
Autre exemple de dysfonctionnement : la saturation des serveurs, preuve qu’ils n’ont pas été correctement dimensionnés le premier jour. Selon ces mêmes utilisateurs, les états fournis par le biais d’Axia ne sont pas fiables et doivent toujours être corrigés et confirmés par un travail manuel. «Faux, rétorque M. Tazi. Le système fonctionne parfaitement malgré quelques petites imperfections». Il n’empêche, des questions restent posées. Pourquoi à ce jour le programme n’est toujours pas définitivement réceptionné cinq ans après son démarrage? Comment expliquer le dernier rapport d’un cabinet d’audit qui fait remarquer expressément que le programme Axia ne fonctionne pas ? Comment expliquer que certains responsables du projet reconnaissent eux-mêmes devant leurs collaborateurs lors de réunions de travail – les PV en attestent – que «l’application ne fonctionne pas»? Au sein de la CNSS, les avis sont unanimes qu’en grande partie le programme Axia ne fonctionne pas car, non adapté à l’origine, il a été, de surcroît, durant toutes ces années, modifié plusieurs fois en raison de la complexité et de la multitude des tarifs de la CNSS. A preuve, le même système existe et fonctionne parfaitement au sein des cliniques des Forces armées royales. Au-delà d’un problème de système, il semble que ce soit aussi un problème d’hommes. En février dernier, le changement des nomenclatures concernant la tarification des actes médicaux avait créé une grosse pagaille. Les factures émises par certaines polycliniques étaient erronées. Aujourd’hui, il arrive encore au système de produire des factures au nom de médecins traitants qui n’exercent plus au sein des polycliniques. En définitive, ceux qui avaient émis des réserves sur l’application en 1999 avaient raison. Malheureusement, les responsables ne sont plus là pour répondre de leurs actes .

Fonctionnel ou pas ? Les avis ne sont pas unanimes mais ce qui est sûr, c’est que cinq ans après son démarrage, le programme n’est toujours pas définitivement réceptionné.