La CMR devrait concéder un déficit de 6 milliards de DH en 2016

Seul un tiers de la population active bénéficie d’une couverture sociale. 80% des salariés du privé sont couverts contre 43% il y a dix ans. Assurer les travailleurs indépendants est le grand chantier des prochaines années.

«La généralisation de la couverture sociale, un investissement générateur de croissance. Coût de l’extension versus coût de la non-extension» était le thème de la 4e édition du Forum des retraites organisé, le 12 février à Rabat, conjointement par l’Institut CDG et la chaire Prévoyance & Retraites de l’Université Internationale de Rabat (UIR). Dans l’ensemble, les participants au forum se sont accordé sur le fait que la protection sociale contribue à l’amélioration des conditions de vie. Celle-ci est, en effet, un moyen de lutte contre la précarité et permet de se prémunir contre un certain nombre de risques, tels que la maladie, l’invalidité, la perte d’emploi, etc. De même qu’elle favorise la paix sociale, condition sine qua non pour assurer une croissance durable et drainer les investissements. La protection sociale permet également de maintenir la consommation des ménages à un certain niveau, tout au long du cycle de vie, et par là même participe au financement de l’économie.

Il y a cependant un hic que le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane n’a pas manqué de souligner, c’est la problématique du financement.  Selon M. Benkirane, il importe «d’élargir les horizons et de réfléchir en toute liberté aux approches adoptées, qui peut-être sont fausses». Et d’estimer que la réforme des retraites des fonctionnaires, qui a été mise en place il y a une vingtaine d’années, est à l’origine du grave déficit dont souffre actuellement la Caisse marocaine des retraites (CMR). Celle-ci a été contrainte de puiser dans ses réserves, à hauteur d’un milliard de dirhams en 2014 et de 3 milliards 2015, tandis que le déficit prévu, pour l’année 2016, est de 6 milliards. D’après le chef du gouvernement, «cette situation nécessite de prendre des mesures douloureuses».

La protection sociale, un moyen de surmonter les crises économiques et financières

Saïd Ahmidouch, DG de la CNSS et vice-président de l’Association internationale de sécurité sociale (AISS), a, quant à lui, mis l’accent sur «l’importance du rôle joué par la couverture sociale qui est à la fois un droit humain fondamental et un outil efficace de lutte contre la pauvreté et la marginalisation». Et de faire le constat qu’«au Maroc, la part de la population active bénéficiant de la couverture sociale ne dépasse pas les 35%». Il convient toutefois de préciser que, dans le secteur privé, le taux de couverture sociale des salariés a progressé de manière significative, passant de 43% à 80%, entre 2005 et 2015. Aujourd’hui, ce sont les travailleurs indépendants, soit environ 57% de la population active, qui constituent la plus grosse part des travailleurs ne bénéficiant pas de la couverture sociale. A noter aussi que, selon l’Organisation internationale du travail (OIT), seulement 27% des habitants de la planète bénéficient d’une couverture sociale satisfaisante.

Dans le même ordre d’idées, Abdellatif Zaghnoune, DG de la CDG, a déploré que seul le tiers de la population active bénéficie d’une couverture sociale, contre 80% en Tunisie et 56% en Algérie. Des efforts conséquents doivent être faits car des études ont montré que ce sont les pays qui disposent des systèmes de protection sociale les plus avancés qui résistent le mieux à l’impact des crises financières. Ces pays consacrent, en général, une part importante de leurs revenus (entre 25% et 30% de leur PIB) à la couverture sociale.