La centrale de Safi, tributaire de la construction d’un nouveau port

D’un coût de 22 milliards de DH et d’une capacité de 1 320 MW, elle tarde à  voir le jour.
Le parc de production existant donne des signes de vieillissement.
Le risque de retour à  la sous-capacité, dès 2010, n’est pas à  écarter.

Les investissements dans le secteur de l’électricité, sur la période 2008-2012, avoisinent les 70 milliards de dirhams. Ils pourraient même atteindre, selon des indications fournies par le ministère de l’énergie et des mines, les 100 milliards de dirhams à l’horizon 2020.
Parmi les gros projets faisant partie de ces investissements, il y a bien sûr la construction de la centrale à charbon (propre) de Safi pour un montant de 22 milliards de dirhams. D’une capacité de 1 320 MW, cette centrale, comme on sait, est encore à l’état de projet. Un certain nombre d’aléas, dont l’opposition des élus locaux contre le site qui avait initialement été retenu, ont fait que, dans le meilleur des cas, cette centrale n’entrera en service qu’en 2013; sachant qu’il faut au minimum quatre ans pour la construire.
En réalité, même si un nouveau site a été trouvé et validé, la construction de la centrale tarde à démarrer. Pour deux raisons, essentiellement. D’une part, il faudra, comme de bien entendu, apurer la situation juridique du site : procéder aux expropriations nécessaires et indemniser. D’autre part, l’emplacement exact de la centrale est finalement tributaire du nouveau port que Safi devrait abriter. Ce nouveau port, qui permettrait de reconvertir l’ancien en port de plaisance, a été pensé comme une infrastructure commune à l’OCP (exportation de phosphates, notamment) et à l’ONE (approvisionnement en charbon). Comme il est facile de le deviner, ce projet commun avait pour objectif d’optimiser les coûts pour les deux offices. Cependant, ce qui risque de retarder encore davantage la réalisation de la centrale électrique, c’est que, jusqu’à présent, la réflexion n’a pas encore abouti s’agissant s’il faut construire un port modulaire ou une unité complète.

Risque d’un retour en sous-capacité à partir de 2010
C’est enfoncer des portes ouvertes que de rappeler que le renforcement de l’offre de l’électricité, donc de la production, est aujourd’hui une urgence. Bien sûr, avec la clémence du ciel de ces dernières semaines, l’hydroélectricité peut secourir efficacement les autres moyens de production thermiques. Il faut simplement signaler que ces derniers, y compris les turbines à gaz, sont quasiment en bout de course (pour cause de vieillissement). Même avec les 900 MW qui devraient théoriquement arriver cette année, les experts sont unanimes pour dire que dès 2010 le retour à une situation de sous-capacité est un risque à ne pas écarter. C’est pourquoi le seul projet stratégique à même de redresser la courbe de charge reste la centrale de Safi. Et pourquoi pas, le lancement, en parallèle, de la construction des unités 5 et 6 de à Jorf Lasfer. Est-ce au gestionnaire actuel, Taqa, de le faire ? Faut-il mettre le projet en concurrence ? Nul ne sait encore.