La campagne céréalière perturbée par un des accord sur les prix

Le quintal de blé tendre est payé à  un prix inférieur aux 250 DH promis par le ministre de l’Agriculture.
A fin juin, 10,3 millions de quintaux ont été collectés.

Grande déception pour les agriculteurs ! Alors qu’ils s’attendaient à  des recettes record dans la foulée de la bonne campagne, ils se heurtent à  de coriaces problèmes de commercialisation. Selon les organismes stockeurs, le prix de vente du blé tendre varie entre 210 et 230 DH le quintal, c’est-à -dire moins que les 250 DH pour le blé tendre de qualité standard annoncés en début de campagne par le ministre de l’Agriculture, Mohand Laenser. Tous les producteurs ne sont cependant pas logés à  la même enseigne. Dans le Gharb, les prix proposés par les organismes agréés varient entre 210 et 225 DH/q (départ champ). A la coopérative de Casablanca, les agriculteurs, après plusieurs actions et réunions avec les responsables, ont obtenu difficilement 240 DH le quintal de blé de meilleure qualité (livré).

Selon Zaghloul Essaidi, de l’Uncam (Union nationale des coopératives agricoles du Maroc), la déclaration du ministre de l’Agriculture était plutôt d’ordre politique. Il explique que la commercialisation du blé tendre se base sur la circulaire conjointe des ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur. Or, cette circulaire parle de prix de référence et non de prix garanti. Lors de plusieurs réunions, les organismes stockeurs ont tiré la sonnette d’alarme quant à  la difficulté de fixer un prix et de mettre en place un nouveau système d’appel d’offres (moins-disant) faisant jouer la concurrence.

Un prix de référence inchangé depuis une dizaine d’années !
Le système d’appel d’offres est censé couvrir les 12,5 millions de quintaux destinés à  la farine nationale (environ 60% des quantités collectées) alors que, pour les 40% restants, le commerce est libre. Du coup, tenant compte de leurs calculs et au vu des risques de commercialisation, les organismes stockeurs ne peuvent assurer au producteur un prix supérieur à  celui du marché.
Il n’en demeure pas moins que les producteurs ont de quoi se plaindre. Le prix de référence ou garanti – c’est selon – n’a pas évolué depuis une dizaine d’années, alors que le coût des facteurs de production (gasoil, semences, engrais, produits phytosanitairesÂ…), lui, a fortement augmenté pendant la même période.

A cela s’ajoute la crainte que le nouveau système de commercialisation ne soit une libéralisation déguisée de la filière. Plus grave, la reconversion préconisée vers l’oléiculture est freinée par divers problèmes (lire article en page 39). Pour l’heure, les producteurs n’ont d’autre solution que de vendre leurs récoltes aux prix du marché, sachant que les prêts du Crédit agricole et des différents fournisseurs à  crédit arrivent à  échéance. A ce titre, la collecte semble évoluer correctement, comme l’indique Abdellatif Guedira, directeur de l’ONICL (Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses). A fin juin, 10,3 millions de quintaux ont été commercialisés, soit 35 % de plus que la moyenne des cinq dernières campagnes. Les 2/3 de la collecte ont été effectuées par les commerçants, le 1/5 par les coopératives et le reste, soit 13%, par les minoteries.