La biscuiterie Henry’s paralysée par une grève

Depuis quelques jours, le biscuit Henry’s est introuvable sur le marché

Arrêt
d’activité : le licenciement de 60 ouvriers est à  l’origine de la fronde

La
direction évoque un congé temporaire des ouvriers liés par contrat à  durée déterminée,
dû à  la saisonnalité de l’activité glace de Paty’s, autre société du groupe.

L’entreprise historique de biscuiterie, créée en 1929 et fabricant, entre autres, du fameux biscuit Henry’s, est secouée par un conflit social. La crise qui s’est déclenchée fin janvier est due, selon l’Union marocaine du travail (UMT), au licenciement collectif de 91 ouvriers dont 31 membres du bureau syndical. Conséquences immédiates : la production a chuté de 50 % et la marque se fait rare dans le commerce.

Contacté par La Vie éco, le DG de l’entreprise, Salah Eddine Al Ayoubi, nie l’existence d’une quelconque crise au sein de la biscuiterie. En revanche, il reconnaà®t «un petit problème, aujourd’hui résolu», pas au niveau de l’unité de biscuits, mais plutôt concernant Paty’s, le fabricant de glaces appartenant au même groupe, Mobigen. «L’activité de Paty’s étant saisonnière avec arrêt de la production d’octobre à  mai, nous avons demandé aux ouvriers qui étaient sous contrat à  durée déterminée de prendre un congé et de revenir au démarrage de la saison 2008», tient à  expliquer M. Ayoubi. Il dit même avoir recommandé aux membres du bureau syndical de Henry’s l’inscription des personnes licenciées de façon à  pouvoir les recruter à  la saison prochaine. Ces explications sont rejetées en bloc par le syndicat pour qui «il y a un très grave malaise social au sein de l’entreprise». Que se passe-t-il donc chez le biscuitier historique ?

Un simple problème de titularisation
Tout a commencé courant janvier, lorsque, selon la direction générale de Henry’s, «le bureau syndical de l’UMT de Henry’s a revendiqué la titularisation des ouvriers temporaires de Paty’s, alors qu’une telle revendication est du seul ressort du bureau syndical de Paty’s». A en en croire le syndicat, cependant, une soixantaine d’employés titulaires de la biscuiterie ont bel et bien été licenciés collectivement. «Lorsque nous avons contacté l’entreprise, ses responsables ont expliqué qu’ils devaient procéder à  une réduction du personnel. Nous avons alors demandé l’application des dispositions de la législation du travail, c’est-à -dire l’octroi des indemnités prévues en cas de licenciement», rapporte le syndicat. Les mêmes sources précisent que «le licenciement a été constaté par l’inspection du travail et qu’un protocole d’accord stipulant que les salariés licenciés recevront leurs indemnités et seront prioritaires en cas de recrutement a été signé». Toujours selon l’UMT, Henry’s a, quelques jours plus tard, fait appel à  une société d’intérim pour recruter 60 personnes afin de reprendre la production. Ce qui a suscité l’ire des ouvriers et du bureau syndical affilié à  l’UMT, qui disent avoir contacté en vain les responsables de l’entreprise pour avoir une explication et surtout rappeler l’existence du protocole signé quelques jours auparavant. Ils soulignent au passage que les deux sociétés ne font en réalité qu’une.

Faute d’être entendu, le bureau syndical a adressé une lettre aux ministères de l’emploi et de la justice, au wali du Grand Casablanca, à  la direction générale de Henry’s et à  la délégation de l’inspection du travail de Bernoussi pour dénoncer «les agissements des responsables de l’entreprise et informer les différents départements concernés du non-respect du protocole». La situation s’est envenimée suite au licenciement des membres du bureau syndical intervenu au cours de la première semaine de février. En fin de compte, la société n’emploierait plus que 139 personnes sur un effectif initial de 230, selon le syndicat.

Les grévistes ont empêché leurs collègues de travailler
Salah Eddine Al Ayoubi reconnaà®t bien avoir approché trois sociétés d’intérim pour recruter, «mais il s’agissait de vigiles et non pas d’ouvriers», précise-t-il. Cette décision découle du fait que les grévistes ont empêché leurs collègues non-grévistes d’accéder à  l’usine. Ce qui a été constaté, poursuit-il, par un huissier de justice, information qui a été confirmée à  La Vie éco par des employés de la société. M. Al Ayoubi fait même remarquer que le juge a donné raison à  l’entreprise qui avait introduit un recours en référé pour entrave à  la liberté de travailler. Il confirme la reprise de l’activité biscuiterie et promet un rapide retour à  la normale en ce qui concerne l’approvisionnement des points de vente.

La cacophonie n’est cependant pas près de finir. Le bureau syndical réclame que les prochaines négociations pour maintenir la totalité des emplois soient menées avec les dirigeants de l’entreprise. M. Al Ayoubi rétorque que les réunions ont jusque-là  été «menées par le directeur des ressources humaines mandaté pour cela».

En tout cas, le conflit aura certainement un impact très négatif sur le chiffre d’affaires, sachant que l’entreprise vend quotidiennement 300 000 petits paquets de Henry’s et 50 000 unités pour les autres produits de la marque.