«La BERD prépare sa nouvelle stratégie régionale»

Dans un entretien avec «La Vie éco», Marie Alexandra Veilleux-Laborie, directrice de la BERD au Maroc, dresse le bilan de l’institution au Maroc. Plus de 2 milliards d’euros déjà financés dans l’économie marocaine. 2019 va être une année record : une vingtaine de projets devraient être financés pour plus de 300 millions d’euros. L’appui aux PME, l’inclusion des femmes et des jeunes, l’économie verte et les chaînes de valeur devraient être les axes d’intervention durant les prochaines années.

Vous venez d’organiser des rencontres sectorielles à Agadir. Quel intérêt portez-vous à l’entrepreneuriat féminin et à l’activité de la transformation des produits de la mer ?
Vous avez touché deux domaines importants pour nous, à savoir la place de la femme dans l’économie et l’agroalimentaire. Depuis deux ans que je suis à la tête de la BERD au Maroc, j’ai constaté que parmi les 38 pays dans lesquels intervient notre institution, le Royaume est le moins bien classé en termes de positionnement de la femme dans l’activité économique et son accès au financement. C’est pour cela que nous avons commencé à déployer un programme en faveur de l’entrepreneuriat féminin qui a très bien marché dans d’autres pays. Ce programme appelé ‘‘Women in business’’ vise à mieux appréhender par les banques marocaines la femme entrepreneure et comment servir au mieux ses besoins. Il s’agit d’accompagner les bénéficiaires d’un point de vue financier mais également en termes de mentoring, coaching et de networking. En raison de l’importance de la filière des coopératives féminines dans le tissu économique marocain, nous devrions bientôt lancer un programme pour accompagner 10 000 femmes travaillant dans des coopératives pour leur éducation financière car il y a un réel besoin à ce niveau.

Quid de vos actions en faveur du secteur de la transformation et valorisation des produits de la mer ?
Cette filière dispose de fortes potentialités mais elle fait encore face à des défis tels que le changement climatique, la durabilité, la compétitivité dans une chaîne de valeur très concurrentielle. Sur ce plan nous souhaitons faire davantage. C’est pour cela que notre programme d’appui aux entreprises va accompagner les unités qui évoluent dans ce secteur, et notamment dans la région. Il s’agit de mettre à leur disposition des consultants nationaux et experts internationaux que nous finançons grâce à l’Union Européenne pour leur fournir des appuis techniques de manière à mieux répondre à leurs besoins et les aider à être plus compétitifs.

La BERD est présente depuis six ans au Maroc. Quel bilan dressez-vous aujourd’hui de votre activité dans le Royaume ?
Je pense que les résultats que nous avons enregistrés sont excellents. Nous avons financé plus de 2 milliards d’euros dans l’économie marocaine. Cela représente une cinquantaine de projets financés. Aujourd’hui, nous sommes l’institution financière de développement international de choix pour le secteur privé au Maroc. Cela grâce à un positionnement innovant sur des questions tels que l’entrepreneuriat féminin, l’économie verte, l’infrastructure et bientôt aussi sur l’employabilité des jeunes. Nous sommes aussi très présents dans le financement de la PME, dans la chaîne automobile, dans la filière de l’huile d’olive et bientôt, j’espère, avant la fin de l’année dans l’horticulture. Le fait que nous soyons à Casablanca, Tanger, et bientôt à Agadir à travers un bureau régional, nous donne une meilleure connaissance et proximité du terrain. Nous souhaitons faire davantage pour accompagner le secteur privé mais nous intervenons aussi dans le financement des infrastructures publiques et pourquoi pas dans l’accompagnement des collectivités locales pour le déploiement de leur plan de développement régional.

Quel est le plan de développement de votre institution au Maroc ?
Nous sommes en pleine discussion interne et aussi en externe à ce sujet car notre stratégie arrive à échéance. Nous avons commencé une réflexion sur le pays pour les quatre prochaines années. Les grands axes de notre future stratégie pourraient être l’appui aux PME, l’inclusion de la femme et des jeunes, et les chaînes de valeur notamment. Il s’agirait aussi d’appui à l’économie verte et de développement régional. En 2018, nous avons financé 14 projets pour 200 millions d’euros. 2019 devrait être une année record. Une vingtaine de projets devraient être financés pour plus de 300 millions d’euros. Ce nombre n’a jamais été atteint dans l’histoire de la BERD au Maroc. Je suis sûre que 2020 sera aussi exceptionnelle.

Comment positionnez-vous le Maroc dans vos programmes ?
Le Maroc est pour nous le deuxième pays le plus important dans la région après l’Egypte. Nous considérons le Royaume comme la locomotive de l’Afrique du Nord en raison de sa stabilité, son potentiel économique et aussi en termes de développement de la coopération Sud-Sud. Ce qu’a entrepris S.M. Mohammed VI durant les 20 dernières années à ce niveau est considérable. Nous voyons un énorme potentiel dans la coopération avec l’Afrique subsaharienne. Aussi, la BERD est en réflexion préliminaire pour une expansion dans cette région. Le Maroc fait également face à des défis similaires à ceux des autres pays de sa région. Il faut travailler sur l’intégration régionale. L’Afrique du Nord est la région la moins intégrée au monde et cela lui coûte 2 à 3% de son PIB. C’est un levier de croissance complètement inexploité et le Maroc peut jouer un rôle très important dans le développement de cette intégration régionale.