La BERD encourage les PME à s’appuyer sur le conseil

La banque propose un financement qui peut atteindre 85% du coût de la prestation. Les entreprises jugent que la valeur ajoutée apportée par les cabinets est faible.

La Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) et l’Association des bureaux de conseil et de formation (ABCF) ont organisé, jeudi 24 novembre, un workshop réunissant les cabinets de conseil et les PME. Le premier objectif est de confronter les deux professions pour identifier les forces et les faiblesses de chacune dans leur relation. Le second est de mieux faire connaître les mécanismes de financement de la BERD pour appuyer les entreprises dans leur recours aux missions de conseil. Ces problématiques sont posées parce que le marché du conseil est encore fermé à une grande partie des PME et des TPE marocaines. En cause, le coût élevé des prestations, le manque de ressources des entreprises marocaines et le faible taux d’encadrement.

Très souvent, les entreprises ne font appel aux services de consulting qu’en cas d’urgence et non de manière préventive. Pour y remédier, la BERD a lancé depuis 2012 au Maroc un programme de conseil et d’accompagnement pour appuyer les petites et moyennes entreprises à se rendre plus compétitives et contribuer à leur croissance soutenue. Déjà opérationnel dans 26 pays, ce programme a permis depuis 1993 d’accompagner 20 000 entreprises à accéder au know-how. «Nous offrons deux types de service. Le premier est la consultance locale qui permet à des cabinets conseil basés au Maroc suivant leur domaine d’expertise d’apporter des solutions aux problématiques des entreprises marocaines. Le programme de la BERD prend en charge sous forme de subvention une partie des frais de conseil allant jusqu’à 70% du montant global de la mission. Nous avons déjà déboursé 3 millions d’euros depuis 2012 au profit de 250 projets. Le deuxième axe concerne l’expertise internationale. Ce service a pour but d’accompagner le changement stratégique des PME bénéficiaires par des experts internationaux. La BERD finance jusqu’à 85% des frais de la mission qui pourrait s’étaler sur 18 mois. Dans ce cadre, nous avons déjà financé 38 projets», explique Rachid Amrani, manager principal appui aux PME à la BERD.

Aujourd’hui, le marché du conseil est très atomisé. «Sur 300 cabinets membres de l’ABCF, seulement 60 sont qualifiés par la direction de la formation continue du ministère de l’emploi pour accéder au service de consultance offert par la BERD», déclare Fatim Zahra Mziouad Bennis, présidente de ABCF et DG du cabinet de conseil AIM Performance.

Un projet de labellisation des cabinets de conseil

Pendant son mandat qui vient de commencer, Mme Mziouad Bennis aspire mener un projet de labellisation des cabinets de conseil avec une instance internationale. «Ces cabinets seront référencés par domaine de compétence et par référence métier. Cela permettra une mise à niveau globale des cabinets de conseil. Le but ultime est de crédibiliser le secteur et d’en donner une meilleure image», ajoute-t-elle.

Parmi les reproches des entreprises aux cabinets figurent une compréhension limitée du besoin de l’entreprise et la production de livrables généralistes qui apportent très peu de valeur ajoutée. Les entreprises évoquent également l’absence de garantie sur les résultats et le peu de respect de la confidentialité des informations de l’entreprise, sans compter une surfacturation des prestations de conseil. Pour leur part, les cabinets de conseil critiquent l’engagement généralement très faible de la PME pour le projet de conseil, un temps de validation des livrables jugé long et des difficultés de paiement. Enfin, les consultants évoquent aussi un manque de confiance entre le consultant et l’entreprise et une perception négative de l’entreprise sur l’apport du conseil.