La BCP en passe d’acheter Upline Group

Les négociations sont en cours, mais rien n’est encore décidé selon
la BCP.
Les observateurs divisés sur la valorisation : 150 MDH pour les uns, le double pour les autres.

Larumeur enflait depuis plusieurs mois concernant l’achat par la Banque Centrale Populaire (BCP) de la banque d’affaires indépendante Upline Group, qui intervient dans divers métiers tels l’intermédiation boursière, la gestion d’actifs, l’ingénierie financière, le capital investissement et le courtage en assurance. Selon des sources concordantes, la concrétisation de l’opération est imminente. Il reste à se mettre d’accord sur un montant qui devrait , selon des indiscrétions, dépasser les 150 MDH du fait que les fonds propres consolidés de l’acquéreur à fin 2007 sont de plus de 70 MDH, dont 58 MDH pour la filiale principale Upline Securities.<br>
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D’autres professionnels sont moins sévères. Ils considèrent que le groupe vaut beaucoup plus et, se fondant sur les pratiques mondiales, estiment sa valeur à 15 fois le bénéfice net. Ce qui nous ramène à 300 MDH environ, si l’on tient compte uniquement des résultats 2007 (bénéfice net de 18 MDH). Mais, par prudence, il est souligné que, pour ce genre d’entreprises, l’idéal est de procéder  métier  par métier.<br>
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<strong>La sanction du CDVM contre Upline sans effet en cas de rapprochement avec la BCP</strong><br>
De source autorisée au sein de la BCP, on ne nie pas l’existence d’un deal en cours de réalisation, mais on se contente de souligner que les négociations se poursuivent et que rien n’est encore arrêté. «L’opération pourrait avoir lieu tout comme elle pourrait échouer», ajoute-t-on.<br>
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Au-delà de son coût, certes négligeable par rapport à la capitalisation boursière de la BCP qui totalise 15,7 milliards de DH, c’est la question de l’opportunité d’une telle croissance externe qui préoccupe les observateurs  du fait qu’Upline Securities,  la machine à cash du groupe à acquérir, dont la marge d’exploitation dépasse 45 %, a été lourdement sanctionnée par le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) au cours du premier trimestre 2008. <br>
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A l’issue d’une mission d’inspection ayant planché sur des dérapages qui avaient entaché le placement des actions CGI, le gendarme de la Bourse a infligé à cette société, en mars 2008, une amende record de 10 MDH, et obtenu du ministère de tutelle que lui soit retiré l’agrément de dépositaire titre et espèces. On avait notamment reproché à la société d’intermédiation boursière quelques libertés prises avec l’éthique, notamment l’utilisation des dépôts de certains de ses clients pour financer les transactions boursières d’autres clients.<br>
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Sous un prisme purement économique toutefois, l’opération est largement bénéfique pour la BCP. En effet, ses deux bras armés dans l’intermédiation boursière et  la gestion d’actifs, ICF Al Wassit et Al Istitmar Chaabi, affichent de piètres performances depuis plusieurs années malgré l’étendue du réseau collecteur de leur maison-mère. Une sous-performance qu’étayent largement les parts de marché mineures de ces deux entités (autour de 4%) qui les situent largement derrière les filiales des autres groupes bancaires, notamment Attijariwafa bank et BMCE Bank.<br>
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Un écart que peut atténuer l’apport d’Upline Group et particulièrement Upline Securities qui, outre une grande expertise et savoir-faire, surtout sur le marché Actions, revendiquait, à fin 2007, un bénéfice de 18 MDH pour un chiffre d’affaires 95,3 MDH, contre «à peine» 6 MDH et 16 MDH, respectivement pour ces deux agrégats, affichés par ICF Al Wassit. Quant à Upline Capital Management et Al Istitmar Chaabi, ils sont quasiment logés à la même enseigne en termes d’actifs sous gestion avec un peu plus de 5 milliards de DH. <br>
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Une autre lecture des soubassements de l’opération avance plutôt l’hypothèse qu’après les sanctions du CDVM et les risques qui s’ensuivent de déclin de l’activité d’intermédiation boursière (retrait de l’agrément de dépositaire espèces et titres oblige), un passage sous le giron de la BCP est une porte de sortie inespérée accordée aux actionnaires d’Upline Group. Le rapprochement avec la BCP rendrait la sanction sans effet puisqu’un seul agrément (celui de l’acquéreur) suffirait. <br>
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Le problème qui risque d’entacher les retombées anticipées par la BCP, voire de réduire la somme empochée par les vendeurs, est celui de l’impact de la perte d’indépendance d’Upline Group sur son fonds de commerce. Certains clients, notamment institutionnels, sont effectivement soucieux de confier leur épargne et/ou opérations boursières à des opérateurs indépendants des banques commerciales. Affaire à suivre…