La bataille des parts de marché s’intensifie dans le secteur bancaire

Attijariwafa bank est la plus agressive sur le plan commercial en captant la plus grande partie de la croissance des dépôts et des crédits aux particuliers. Les banques à capitaux français perdent des parts de marché sur les dépôts à terme dans le sillage d’une politique d’optimisation de la structure des ressources.

La bataille des parts de marché entre les banques s’accentue alors que les dépôts et les crédits continuent de croître timidement. Le souci de la préservation des positions commerciales est à ce titre fréquemment revenu dans le discours des patrons de banques à l’occasion de l’annonce des résultats semestriels. Quel est l’établissement qui s’est donc montré le plus agressif et aux dépens de qui ? Les dernières statistiques sur les parts de marché des banques à fin août, diffusées de manière restreinte par le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) et disséquées chaque mois par les équipes commerciales des établissements, permettent de se faire une idée précise.

Une donnée constante est que le trio de tête Banque Populaire, Attijariwafa bank et BMCE Bank prolonge sa mainmise sur le secteur. Sur 25 milliards de DH qui se sont rajoutés à l’encours de dépôts de la clientèle sur les 8 premiers mois de l’année (+2,3%), elles ont drainé les trois quarts. Ces banques récoltent ainsi les dividendes de leur réseau commercial étoffé. Elles détiennent en effet les deux tiers des agences au niveau national. Notons cependant qu’Attijariwafa bank s’est montrée de loin la plus agressive puisqu’elle rafle 41,7% de l’additionnel de dépôts du secteur. Banque Populaire en capte le tiers et BMCE 18%. Pour le reste, Al Barid Bank sort du lot avec 21% de l’additionnel de dépôts, tandis que les autres établissements ne dépassent pas 5%, sauf le Crédit Agricle du Maroc qui contribue négativement à cette croissance, son encours de dépôts ayant carrément baissé à fin août. En bout de course, Banque Populaire porte sa part de marché à 27,2% contre 25% pour Attijariwafa bank. BMCE Bank est à 14,3%, Crédit Agricole 7% et Société Générale 6,9%. Un cran en dessous, on retrouve Al Barid Bank avec une part de près de 5,7%. Sur les deux dernières années, la banque postale est passée devant BMCI, Crédit du Maroc, et CIH Bank cantonnées respectivement à des parts de 5%, 4,7% et près de 2,9%.

Al Barid Bank très active sur les comptes d’épargne

Par catégorie de dépôts, la concurrence est la plus animée sur le segment des particuliers qui est à vrai dire le seul dont l’encours a régulièmement augmenté au cours des mois écoulés.

Banque Populaire et Attijariwafa bank restent évidemment hors concours. La première a accaparé 30% de l’encours supplémentaire sur les comptes épargne et plus de 38% de l’additionnel enregistré sur les comptes chèques sur lesquels la banque détient désormais près de 33% de part de marché. Attijariwafa bank capte pour sa part autour de 22% de la croissance du segment particuliers. Il est par ailleurs intéressant de noter qu’Al Barid Bank joue dans la même catégorie que les deux mastodontes sur les comptes d’épargne avec de près de 22% des dépôts additionnels collectés sur ce segment et une part de marché de 18%, devant BMCE Bank qui affiche un poids de 14,6%.

Notons aussi que les banques à capitaux français ont perdu des parts de marché sur les DAT, dont l’encours est en recul : 18% de baisse pour Société Générale, -22% pour Crédit du Maroc et -10,4% pour BMCI. Cette situation est à rattacher à la politique d’optimisation de la structure des ressources appliquée opportunément par ces établissements dans un contexte de réduction des besoins de liquidités, expliquent en substance les professionnels.

Les lignes bougent peu en revanche sur les comptes destinés aux entreprises, essentiellement les comptes courants.

Banque Populaire maintient son avance sur le crédit conso

Côté crédits aussi, l’animation est à chercher surtout du côté des financements aux particuliers qui sont, là encore, les seuls à enregistrer des variations notables depuis le début de l’année. Et sous cet angle, il faut d’abord retenir le retour en force d’Attijariwafa bank. L’établissement avait cédé des parts de marché l’année dernière après avoir tardé à réagir face à l’agressivité de la concurrence sur le crédit conso et le prêt acquéreur. Il a riposté dès le début 2016 en revoyant sa politique en matière de crédit aux particuliers, ce qui a porté ses fruits sur les 8 premiers mois de l’année. La filiale de SNI s’adjuge près de 34% de la croissance du crédit immobilier acquéreur de 3,4% sur la période, à 187,2 milliards de DH. C’est bien plus que la Banque Populaire, son challenger immédiat, qui s’est contentée de 21%. Les deux banques se tiennent désormais dans un mouchoir de poche sur le crédit immobilier, chacune affichant une part de marché de 24%.

Le rattrapage d’Attijariwafa bank est aussi notable sur le crédit à la consommation dont le stock augmente de 5,2% pour tout le secteur, à 48,2 milliards de DH. La banque capte plus du quart de cet additionnel. Avec une part de marché désormais établie à 19,3%, elle est en passe de rattraper BMCE Bank à qui elle a abandonné la deuxième place sur le crédit conso, l’année dernière. Ce dernier établissement qui affiche un poids de 20,2% ne devrait toutefois pas se laisser faire, étant à préciser qu’il a bataillé pour drainer 17% de la croissance de l’encours à fin août, ce qui témoigne de son appétit sur le segment. Banque Populaire, pour sa part, maintient une très confortable avance avec une part de marché de près de 32%, consolidée sur les 8 premiers mois de l’année grâce aux 15,3% captés sur les crédits additionnels.

Il faut noter par ailleurs que la plupart des établissements restants semblent accorder actuellement un intérêt particulier aux crédits aux particuliers, dans la mesure où ils jouent tous des coudes pour parvenir à des taux de captation de l’encours additionnel, supérieurs à leur part de marché actuelle. Cela est particulièrement vrai pour Crédit Agricole et Crédit du Maroc sur le crédit acquéreur, tandis que BMCI et Société Générale montrent les dents sur le crédit conso.