La baisse du taux directeur va-t-elle relancer l’économie ?

Après la baisse concédée au mois de septembre, la banque centrale récidive en abaissant son taux directeur de 25 points de base, à  2,5%. Les écarts monétaires et de production sont tous deux négatifs.

Voilà, c’est fait ! Bank Al-Maghrib (BAM), comme on s’y attendait, a abaissé, pour la deuxième fois consécutive, son taux directeur de 25 points de base, à 2,5%. Il le fallait, car la baisse concédée au mois de septembre, à hauteur de 25 points de base également, n’a pas eu d’impact sur les taux débiteurs que pratiquent les banques ; celles-ci attendant de voir si la mesure allait être confortée ou non, si elle allait persister dans la durée tout au moins. Et puis, l’écart monétaire aussi bien que l’écart de production sont restés négatifs, ce qui dénote l’absence de tensions inflationnistes d’origine monétaire ou provenant de la demande. Avec en effet une inflation de 0,3% sur les dix premiers mois de l’année, au lieu de 2,1% au cours de la même période de 2013, il y a là plus qu’un mouvement de désinflation. Les prix à la production industrielle, eux, ont carrément baissé : -2,5% sur les dix premiers mois de l’année. Et cette baisse fait suite à celle de 2013, laquelle s’inscrivait dans un mouvement de décélération entamé en 2010 (www.lavieeco.com).

Les banquiers mettent en avant la solvabilité de la demande

La variation du PIB, elle aussi, a ralenti, s’établissant à 2,3% au deuxième trimestre, contre 5% au même trimestre de 2013. Pour l’ensemble de l’exercice 2014, la croissance devrait atteindre 2,5% selon BAM, rejoignant en cela la prévision puis l’estimation formulés par le Haut commissariat au plan (HCP) en janvier et juin de cette année. Dans ces conditions, le taux de chômage a évolué à la hausse pour s’établir à 9,6% au troisième trimestre, alors même que le taux d’activité, constate la Banque centrale, a baissé de 0,3 point à 48,2%.
La question est maintenant de savoir si ce coup de pouce de la Banque centrale va être suffisant pour soutenir l’activité économique. BAM l’espère ; encore faut-il cependant que les canaux de transmission de la politique monétaire que sont les banques commerciales jouent le jeu. Mais une autre interrogation se pose: quelles sont les influences respectives des taux d’intérêt et des règles prudentielles dans l’accès au crédit ? En termes plus simples, un loyer de l’argent bas suffit-il à créer une demande solvable ? Ceci ne signifie nullement que la baisse du taux directeur n’est pas opportune, bien au contraire. Face à l’évolution de l’économie réelle et des agrégats monétaires, la décision de BAM s’imposait. Il se trouve juste que les banquiers, lorsqu’ils sont interrogés sur le sujet, mettent en avant, presque toujours, la solvabilité de la demande. Il faudrait voir…