Koréa : un signe de requalification urbaine

Treize ans de fidélité à un projet pour aboutir, l’an dernier, à un ensemble urbain cohérent, noyau du futur Derb Koréa, à Casablanca.
Avec un vocabulaire sobre et des rythmes syncopés, l’architecte Abdelouahed
Mountassir donne le signe de la requalification d’un corps particulièrement
vivant de la ville.

Avocation nationale autant qu’internationale, Derb Koréa, à Casablanca, est l’un des plus grands centres d’activité artisanale et commerciale dans la ville. Le projet, initié il y a 14 ans, doit renforcer cette vocation en prenant en compte le problème crucial de la circulation, des stationnements et des déchargements. La démarche adoptée fait appel aux concepts de réseaux (flux d’informations, des matières et des personnes) et de formes urbaines qui se combinent pour s’articuler à leur environnement.
La première tranche livrée est un programme mixte de commerces et de logements. Un an après, plus de la moitié des logements achetés sont utilisés comme petits ateliers ou entrepôts. Dans ce contexte de forte demande, le programme subira des modifications dès la deuxième tranche. Nul besoin de densifier une zone déjà saturée, la Sonadac remplaçera 70% des logements par des plateaux d’activités.

Suites simples de modules
Dans ce projet d’urbanisme «fait par plaisir» l’architecte a travaillé des suites simples de modules et de volumes pour réaliser un ensemble urbain cohérent. Pour M. Mountassir, «le bâtiment ne doit pas être détaché de la ville. Il doit prendre en compte la nature des liens établis avec le contexte et l’environnement». S’il a repris des ensembles identiques pour le dessin des façades latérales, leur retournement en symétrie d’axes structurants, les entrées au site, par exemple, et leur positionnement sur les deux voies donnent l’illusion de configurations différentes. Un jeu s’installe à leur lecture. Le plan continu de l’une se plie tout à coup en angles droits pour composer des panneaux plus ou moins larges et en retrait. Un mur avance jusqu’au-devant d’une structure horizontale en béton – elle sert de support aux enseignes et bâches des commerces – pour s’effacer à nouveau très rapidement. Il repart pour former un creux, puis des plans brisés successifs. Lorsque les façades redeviennent planes,
on pourrait les croire plus sages, mais l’architecte combine alors des volumes sortants (encorbellement, loggia, balcon, encadrement) avec des différences de niveaux – cinquième étage partiel, toiture-terrasse visible ou non. Il utilise ces altérations du rythme pour faire coïncider lignes dessinées ou suggérées avec vides et pleins matérialisés, créant des repères visuels pour la naissance ou l’aboutissement d’un volume, l’ordonnancement de baies ou l’emplacement de parements.

Des conditions optimisées de travail, d’hygiène et de circulation
Sur l’angle de la parcelle, la façade est plus concise. Elle est marquée par une arche, en rayures de faïence de couleur blanche et terre, qui se détache sur une loggia de béton blanc. En ce lieu, murs et larges colonnes compartiment l’accès aux deux niveaux des commerces (à -1,50m ou +1,90m par rapport au niveau de la rue), et plus haut encore, à la rue des riverains. Cette vaste cour intérieure permet d’accéder à une partie des logements. Elle est aménagée sur une dalle percée de larges puits de jour circulaires pour les espaces inférieurs. Ses façades mettent en scène différentes géométries de cages d’escaliers extérieures ou de balcons.
Les façades sont recouvertes d’un enduit lisse et blanc. Moins neutres, des carreaux cassés de céramique s’appliquent en larges bandes blanches sur certaines parois. Aux étages supérieurs, une ligne de carreaux couleur terre court le long des façades. Elle s’interrompt pour changer de niveau, passer aux médians des fenêtres, coiffer ou souligner l’origine de volumes en saillies. Un léger grain est obtenu par des briquettes rouges taillées et posées en parements verticaux ou horizontaux, combinés avec une même série de fenêtres carrées.
L’architecte a conçu ce projet «comme un outil pour la prospérité d’un quartier où l’enjeu était de ne pas casser la dynamique existante. Il n’y a pas de prétention autre que celle de structurer ce qui existe en proposant des conditions optimisées de travail, d’hygiène et de circulation»

Maître d’œuvre : Abdelouahed Mountassir.
Maître d’ouvrage : Sonadac.
Bureau d’études : Maghreb Etude.
Bureau de contrôle : Véritas.
Laboratoire : LPEE.
Lot unique : entreprise Sonasr.
Lot ascenseur : Massamar.
Lot aménagement extérieur : Sonasr.
Coût des travaux :
83 292 574, 96 DH.
Superficie du projet :
10 ha env.

Points forts, points faibles
Depuis 4 ans, la Sonadac gère le projet. Après l’obstacle levé par l’achat de la totalité des terrains, son avancement dépend du transfert des activités salissantes et dangereuses vers de nouveaux sites, mais aussi du prochain statut du maître d’ouvrage délégué, en phase de remaniement avec l’arrivée majoritaire de la CDG. Les usagers, satisfaits, veulent poursuivre le projet, l’Agence urbaine a validé les modifications du programme.
En attendant, la spéculation aux espaces reprend ses droits : installation de boutiques dans l’épaisseur d’un mur, d’un puits de lumière ou de cheminées d’aération… Très rapidement il faudra avoir recours à l’archéologie contemporaine pour retrouver les tracés originaux de l’architecte.