Juteux commerce de djellabas et caftans entre le Maroc et l’Algérie

Des commerçants algériens s’approvisionnent à Kissariat Ezzahra à Derb Soltane.
Les commandes moyennes tournent autour de 80 pièces.

La contrebande de produits algériens au Maroc ? L’inverse est tout aussi vrai. Kissariat Ezzahra à Derb Soltane, à Casablanca, en est un exemple. Nous sommes samedi 30 avril, il est 11 heures. Les boutiques spécialisées dans la vente de djellabas et tenues marocaines prêt-à-porter connaissent une grande animation. La clientèle ? Des femmes, jeunes et en grande majorité voilées. Mais elles sont loin de garantir la rentabilité des commerces à l’achalandage fourni. Pour plusieurs commerçants, «une bonne partie des affaires se fait avec des Algériens. Ils constituent même la principale clientèle de certaines boutiques». Qu’achètent-ils ? Quel est le réseau de ce commerce ? Comment acheminent-ils la marchandise vers l’Algérie ?

Pas de demandes particulières quant aux tissus, mais ils sont regardants sur les prix
Les commerçants, même s’ils sont très méfiants, acceptent quand même de parler de leurs clients algériens. «Depuis deux années maintenant, ils sont de plus en plus nombreux à venir acheter les djellabas et tenues marocaines qui sont très appréciées en Algérie. Il s’agit de vente en gros, mais les volumes ne sont pas toujours importants», explique S.M., jeune commerçant réputé pour être le plus gros fournisseur des Algériens. Il tient à préciser que ses clients n’ont pas de demandes particulières, notamment en matière de tissus, de coupe ou de modèles. Cependant, ils sont, selon une autre commerçante, «très regardants sur le prix. Ils marchandent beaucoup de manière à s’assurer une grande marge en Algérie». Pour des djellabas vendues sur le marché local entre 700 et 900 DH, les client algériens paient entre 400 et 500 DH. Pour les tenues (caftan et dfina), ils paient 1600 à 1 800 DH. Ces articles sont revendus en Algérie dans une fourchette de 900 à 1000 DH pour les djellabas et autour de 2 300 DH pour les tenues traditionnelles. Les commerçants marocains se rattrapent sur la quantité. Les commandes moyennes tournent autour de 50 ou 60 djellabas et une vingtaine de caftans.
Si certains clients viennent s’approvisionner une fois par mois, d’autres (et ils sont nombreux) se présentent chaque semaine. C’est dire l’importance de la demande sur le marché algérien. Les marchandises sont acheminées essentiellement par Oujda, mais certains commerçants algériens optent pour le transport aérien. «En général, le transport par avion est le fait des commerçants qui viennent eux-mêmes faire les achats. Alors que le transit par Oujda se fait surtout par des intermédiaires marocains pour le compte des commerçants qui ne viennent pas régulièrement à Casablanca», explique M.M., autre commerçant de Kissariat Ezzahra. Les commerçants algériens sont majoritairement jeunes qui, parfois, n’ont même pas de boutique en Algérie. Les ventes se font le plus souvent en cercle privé. Une commerçante de la kissaria y a assisté. Invitée par une cliente, K.J. a passé trois jours pour affaires à Alger. «L’épouse de mon client organise des réunions au cours des après-midis entre femmes. Il n’y a pas de défilé et les clientes se contentent d’une exposition des tenues et djellabas», raconte-t-elle. Et de souligner aussi qu’elle s’est spécialisée dans les trousseaux pour les mariées. «L’été dernier, j’ai livré trois commandes pour des futures mariées à Alger et Oran. Et pour cette année, j’ai encore quatre commandes que mes couturières sont en train de préparer», dit K., qui reste très discrète sur les gains réalisés.
Les affaires marchent donc dans cette kissaria, les tenues traditionnelles marocaines ayant, semble-t-il, beaucoup de succès en Algérie. Et c’est un commerce informel. Mais ici les commerçants ne s’attardent pas sur cet aspect. «Nous faisons du commerce qui arrange aussi bien les Algériens que les Marocains. Il permet aux commerçants de gagner leur vie. Maintenant si ce commerce est informel, il faut ouvrir les frontières !», conclut l’un des commerçants. .

En plus des djellabas et caftans, certains couturiers se spécialisent dans la réalisation de trousseaux pour les mariées.