Jours difficiles pour le secteur des matériaux de construction

Le secteur est affecté par le tassement de la production de logements.
Les projets publics n’ont pas permis de contenir la chute de la demande.
Marbre, bois, acier céramique et sanitaire sont affectés à  des degrés divers.

Quand le bâtiment va, tout va. La célèbre expression est plus que jamais d’actualité, mais, cette fois-ci, à l’envers. C’est ainsi que les fabricants et distributeurs de matériaux de construction ont fait les frais du tassement de la production de logements. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, les ventes de produits comme la céramique, le sanitaire, le bois ou l’acier ont connu une chute vertigineuse, tandis que celles de ciment, de briques et de sable sont en stagnation, avec une tendance à la baisse. Seul le secteur du béton prêt à l’emploi a échappé à la crise (voir encadré).
Pourtant, les opportunités semblaient intéressantes pour les opérateurs des secteurs concernés. Car, en dépit du ralentissement observé dans l’immobilier, les grands programmes d’investissement lancés par l’Etat ont été maintenus. Les ambitieux projets de construction d’autoroutes, ports, routes, barrages, établissements scolaires, hôpitaux, complexes sportifs… nécessitent effectivement des volumes importants de matériaux de construction.

Les grands projets publics n’absorbent que 30% des produits

Mais, selon David Toledano, président de la Fédération des industries de matériaux de construction(FMC), «ces projets de l’Etat n’absorbent que 30% des produits utilisés dans la construction, alors que les projets de logements consomment 70% des matériaux de construction». Autant dire que le logement est plus déterminant pour l’évolution de l’activité.
Résultat : les ventes des produits de la céramique ont diminué de 10%. Avec une capacité de production de 81 millions de m2, les producteurs nationaux n’ont tourné qu’à 60% de leur capacité. Les importateurs n’ont pas été mieux lotis puisqu’ils ne sont même pas parvenus à réaliser le contingent d’importations fixé par l’Etat (près de 13 millions de m2) pour protéger la production nationale.
Le directeur commercial d’une grande entreprise importatrice le confirme : «si, en 2009, il y a eu un léger recul de nos ventes de produits céramiques et de sanitaire, 2010 est plus difficile à cause d’une réduction des programmes de logements et de l’arrêt de plusieurs autres projets». Cela concerne principalement les programmes de moyen et de haut standings qui recourent aux produits de l’importation. Comme le confirment les statistiques de l’Office des changes, les importations de produits céramiques ont porté, à fin septembre 2010, sur 162 860 t contre 185 000 t à la même période de l’année dernière.
Les importateurs de céramique et de sanitaire ont dû faire face à un autre problème : le retard de paiement. «Jamais on n’a eu des arriérés portant sur des montants aussi importants et jamais le retard de paiement n’a été aussi long. Il y a des clients qui n’ont pas payé leur facture depuis une année alors que le délai de paiement moyen ne dépassait pas en général 60 jours», se plaint un importateur. 
Le marbre a subi également le coup de la régression du moyen et haut standings de l’immobilier. Les ventes ont ainsi chuté de 5%, selon les professionnels qui s’attendent à une consommation de  l’ordre de 600 000 tonnes pour toute l’année. Ils estiment que les producteurs locaux écouleraient à peine quelque 200 000 t, un volume très en deçà des 330 000 t de 2008. Ce secteur souffre d’une désorganisation due, notamment, au retard de la mise en place de la loi sur l’exploitation de carrières. «Il faut une législation adaptée, sachant que le marbre marocain est très prisé dans le monde. Par exemple, le siège des Nations Unies
à New York est entièrement marbré de gré de Tiflet, demandé même en Chine», souligne M. Toledano.

L’arrêt des chantiers dû à l’aïd Al Adha brise les prémices de reprise

L’acier n’a pas fait mieux. Ses ventes sont tombées à 10,9 millions de tonnes à fin septembre 2010 contre 11,5 millions de tonnes à la même période de l’année dernière. Idem pour le bois dont les ventes ont baissé de 20% environ, et ce, malgré des efforts sur les prix, alors que les cours mondiaux sont en hausse. Le Maroc importe 85% de ses besoins en bois de construction et produit la totalité de ses besoins en agglomérés et contreplaqué. A fin septembre 2010, 88 139 t de bois préparé pour l’industrie d’une valeur totale de 629,5 MDH ont été importées, soit une moyenne de 714 DH la tonne. A la même période de 2009, on avait importé 115 079 t d’une valeur totale de 664 MDH, soit une moyenne de 577 DH la tonne. En quantité, la baisse est de 23,4%
Il faut dire que cette baisse des ventes dans le secteur a été accentuée par deux facteurs conjoncturels : les vacances et Ramadan. Ce n’est qu’en fin septembre et début octobre que les professionnels du bois ont pu renouer avec une légère reprise, avant le tassement qui sera consécutif à l’aid Al Adha. C’est une situation que vivra pratiquement tout le secteur des BTP où l’arrêt de travail atteint en général une  quinzaine de jours au moins. De manière globale, les opérateurs attendent beaucoup du plan de relance du logement social lancé en 2010 dont les effets devraient se faire sentir à partir de début 2011. Déjà 300 000 logements sont programmés par les promoteurs immobiliers.