Jours difficiles à  la BMCE

Le groupe Benjelloun doit absolument réduire sa participation pour désendetter
Finance.com.
Les négociations entre BMCE Bank et le Groupe Caisse d’Epargne se
poursuivent sur le partage des responsabilités.
Le ministère des Finances n’a pas notifié de refus aux deux
parties.

Alors que Othman Benjelloun l’avait fait coïncider avec la visite du Président Chirac au Maroc, la cession des 20 % de BMCE Bank au Groupe Caisse d’Epargne s’avère plus compliquée que prévue. Le CEC (Comité des établissements de crédit) qui s’est réuni mardi 7 octobre, à Rabat, pour étudier les premières propositions du groupe français, a émis un avis défavorable. La réunion s’est déroulée en présence de Othman Benjelloun qui siégeait en tant que président du GPBM. M. Benjelloun avec sa casquette BMCE a défendu le projet de rapprochement avec la Caisse d’Epargne, mais ses arguments n’ont pas empêché le CEC d’afficher des réserves au sujet de l’opération. Un avis qui n’est toutefois que consultatif.
Contrairement à ce qu’a laissé entendre une bonne partie de la presse locale qui a relayé une dépêche de l’agence Reuters, l’ordre du jour de la réunion de Rabat ne portait donc pas sur l’étude d’un éventuel accord entre les deux parties. Au siège parisien de la Caisse d’Epargne, un porte-parole de la société précise que les autorités marocaines ne se prononceront que s’il y a une offre ferme. A ce jour, explique-t-il de manière didactique, «il y a bien une lettre d’intention, mais les discussions se poursuivent sur l’adéquation entre le montant des participations prévues et les règles de gouvernance». En clair, le partage des postes de direction ou des responsabilités constitue toujours un point d’achoppement. Selon la même source, le contact est maintenu et il n’y a ni deadline, ni calendrier précis pour la conclusion d’un accord. Simple diversion ou précision sérieuse ? De toute façon, à l’heure où nous mettions sous presse, les deux établissements n’avaient encore reçu aucune notification d’un éventuel refus du ministère des Finances, seul habilité à prendre une décision après consultation du CEC au sein duquel siègent ses deux représentants, aux côtés de ceux de Bank Al Maghrib, du GPBM et de l’APSF (Association professionnelle des sociétés de financement). Auprès des Finances, il est précisé de manière ferme qu’aucune décision n’est arrêtée.

A la BMCE c’est le black-out. Les principaux responsables contactés par nos soins étaient ou «en réunion» ou «en déplacement».
Il s’agit là d’un dossier extrêmement complexe sous tous les angles. D’abord, la tiédeur des autorités monétaires dégage une odeur de protection de la souveraineté nationale. Ce n’est pas, comme l’avancent les mauvaises langues, un problème d’ego entre le gouverneur de Bank Al Maghrib et le patron de BMCE Bank. Abdellatif Jouahri milite ardemment pour des banques locales puissantes. Il rejoint en cela nombre de banquiers de la place et non des moindres qui fustigent les velléités des établissements français de renforcer leur assise au Maroc (voir en page 16). Sans faire d’amalgames, on note que le patron de la BCM, Khalid Oudghiri, interrogé à ce sujet, lors de la présentation des comptes de sa banque, lundi 29 septembre, ne désespérait pas de se rapprocher de BMCE Bank «si l’opportunité se présentait» (voir la Vie éco du 3 octobre 2003), alors que le groupe français avait déjà envoyé une lettre d’intention. La Caisse d’Epargne propose de débourser 1,58 milliard de DH pour 20 % du capital. Ces 20 % doivent être cédés par Finance.com et BMCE Bank (autocontrôle). Rappelons que M. Benjelloun a fait intervenir le holding Finance.com pour racheter les participations de Commerzbank qui voulait absolument se désengager. L’opération a été réalisée grâce à un prêt de BMCE Bank qui a opté pour ce montage parce qu’il ne peut pas détenir plus de 10 % de son propre capital. «Aujourd’hui, Finance.com doit au total un milliard de DH à la BMCE, si l’on ajoute les autres crédits», affirment des sources informées à Rabat. Cette opération a certes aggravé le coefficient de division des risques de la banque, mais a permis de maintenir le cours. Il est souligné que sans cela, il serait descendu autour de 200 DH.
Selon les analystes, le montant proposé dépasse de 20 % le prix réel du paquet mis en vente. Et pour cause, le groupe français a accepté de s’engager sous trois conditions :
La première, est qu’il ait un droit de regard sur tous les investissements à réaliser et sur les autres décisions stratégiques. Ce qui paraît légitime quand on décaisse autant d’argent.
En deuxième lieu, la Caisse d’Epargne exige l’allègement progressif du portefeuille de participations de la banque qui est très étendu. Ce portefeuille, qui a grossi avec l’aval des autorités, contient, certes, quelques sociétés en difficulté mais qui peuvent être redressées.
Troisième point de l’accord: le produit de la vente encaissé par Finance.com sera intégralement reversé à la BMCE dans le cadre du remboursement de sa dette.
Les conditions posées par la troisième banque française n’ont pas été bien accueillies par les autorités monétaires qui craignent une prise de contrôle de BMCE Bank dans un environnement où la présence des banques françaises est relativement importante.
Si elles refusent de donner le feu vert, M. Benjelloun devra reprendre son bâton de pèlerin pour dénicher un partenaire étranger moins ambitieux. Reste que, jusqu’à présent, BMCE Bank n’a pas eu beaucoup de succès dans sa tentative de s’amarrer à un grand groupe financier international. L’option Nomura qui détenait à une certaine époque 10 % du capital a tourné en eau de boudin avec la débâcle du système financier japonais. Avec Commerzbank, le beau temps s’est limité à la lune de miel. Le Portugais Banco Espirito Santo, qui détient actuellement 2,77 % de la banque, ne semble pas vouloir aller au-delà. D’ailleurs, à part les Français, tous les Européens ont battu en retraite.
Si aucune solution n’est trouvée, c’est assurément une nouvelle ère qui s’ouvrira pour cette institution qui n’a pas encore fêté sa dixième année dans le giron du privé. Nombre de cadres affichent un fatalisme qui en dit long sur l’état d’esprit qui règne au sein de la banque. Pour eux, un refus catégorique des autorités signifie que le terrain est en train d’être balisé pour la BCM qui verra son potentiel champ de croissance externe se réduire comme peau de chagrin si les Français déposent leurs valises du côté de l’avenue Hassan II. C’est comme pour confirmer que les récents propos de Khalid Oudghiri ne sont pas un simple discours de circonstance.
En somme, c’est l’histoire qui se raconte à l’envers. En 1999, M. Benjelloun n’avait-il pas des visées sur la BCM ?