Jiha Tinou : comment les communes sont incitées à  adopter une stratégie de développement durable

Lancée en octobre 2012, la phase pilote du programme s’achève décembre prochain . Agadir, Chefchaouen et Oujda ont été retenues parmi les 17 villes qui ont répondu à  l’appel à  candidature. Elles recevront un label Mena Energy Award si les taux de réalisation des mesures retenues sont atteints.

Au Maroc, les collectivités locales ont parfois du mal à intégrer le développement durable dans leur mode de gestion. Pour inciter à changer cette situation, l’Agence de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (ADEREE) a engagé en 2012 la phase pilote d’une stratégie territoriale pour le développement énergétique durable, baptisée Jiha Tinou («région» en arabe et «la mienne» en amazigh). «Il s’agit de combiner stratégie énergétique nationale et processus de régionalisation avancée», résume Abdelali Dakkina, directeur du pôle stratégie et développement à l’ADEREE et président du comité de gestion Jiha Tinou. L’Agence s’est inspirée du cadre méthodologique European Energy Award (EEA), auquel plus de 1 000 communes européennes dans 9 pays ont adhéré, pour concevoir le Mena Energy Award, pour l’instant uniquement déployé au Maroc à travers Jiha Tinou.

En partenariat avec la coopération allemande (GIZ), la plateforme suisse pour la promotion de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables dans la coopération internationale (REPIC), l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), le Forum EEA et l’Institut pour le développement, l’environnement et l’énergie (IDE-E), l’ADEREE avait lancé en octobre 2012 un appel à candidature auprès des communes. «En tout, 17 communes ont répondu, et ont parrainé chacune 1 à 3 communes rurales. C’est un chiffre satisfaisant puisque nous n’avions de toute façon les capacités que pour 3 communes», rappelle M. Dakkina. Le comité de pilotage s’est chargé de départager les villes candidates en notant principalement la volonté politique des élus ainsi que l’existence d’une structure de gouvernance énergétique locale, d’un historique dans la durabilité, de projets en démarrage… Dans l’ordre, Agadir, Chefchaouen et Oujda sont sorties du lot. Parmi les postulants figuraient Rabat (4e), Meknès, Aït Melloul, Errachidia, Marrakech et Tiznit.
Mena Energy Award reprend les 6 paramètres de EEA (mobilité, approvisionnement et dépollution, planification urbaine et territoriale, patrimoine, organisation interne, coopération et communication) et les 79 mesures et plus de 300 indicateurs, légèrement adaptés au contexte marocain. Les communes ont élaboré, à l’issue d’un état des lieux préliminaire et d’ateliers de planification, une vision à long terme et une liste de projets. «Les propositions étaient d’abord timides ; elles reflétaient en effet les réalités de terrain. Nous les avons amenées à puiser dans l’expérience internationale, innovante, pour encourager le développement de plans d’action plus ambitieux», souligne Caroline Huwiler, coordinatrice de Jiha Tinou. Au final, 17 projets, censés renforcer les capacités des décideurs locaux et des agents techniques communaux et sensibiliser la population ont été lancés dans les 3 villes entre octobre et décembre 2013.

L’éclairage public, souci n°1 des communes

A Agadir par exemple, un projet dont la phase pilote est en cours de clôture a permis l’introduction d’une comptabilité énergétique communale. Grâce à un tableau de bord, les consommations en eau, en électricité et en carburant sont mesurées avec précision. Ceci permet d’identifier les éventuelles anomalies et d’établir une valeur de référence et une valeur cible. De plus, 1350 fonctionnaires communaux ont été interrogés sur leur mode de déplacement domicile-travail. Les résultats obtenus pourront permettre d’élaborer un plan de déplacement et de prendre des mesures optimales pour ces agents : par exemple prévoir leur transport en bus ou investir dans des douches dans le cas où le vélo est le mode de locomotion le plus emprunté. Très prochainement, l’hôtel de ville sera alimenté en électricité grâce à un toit couvert de panneaux photovoltaïques d’une capacité globale de 30 kW.

A Chefchaouen, un point info-énergie permettant au grand public de se renseigner sur sa consommation énergétique et de savoir comment la réduire a été inauguré en avril 2014. Deux autres verront le jour à Oujda et Agadir. Toujours à Chaouen, où 45 projets liés au développement durable sont intégrés au plan communal de développement (PCD) comprenant 133 projets, une piscine municipale chauffée à l’énergie solaire et financée par la commune est en cours de construction. Agadir a manifesté son intérêt si l’expérience s’avère concluante.
Les trois communes ont l’ambition de réduire le coût de l’éclairage public qui représente jusqu’à 30% de leur facture, soit jusqu’à 33 MDH à Oujda et Agadir. Un partenariat public-privé (PPP) serait en négociation à Oujda, avec le soutien de la SFI, en attendant la sortie de la loi sur les PPP.
Ce programme a permis par ailleurs de former plus de 400 personnes sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.
«D’ici fin 2014, nous allons terminer la phase pilote et nous entamerons l’évaluation et l’audit interne de cette première phase avant de conclure par un audit externe d’un évaluateur agréé EEA», précise M. Dakkina. Trois labels de niveau différents sont décernés. Les villes se verront attribuer un en fonction des taux de réalisation des mesures Mena Energy Award fixés à 30%, 50% et 75%. Pour la suite, M. Dakkina annonce que les partenaires stratégiques ont donné leur accord pour prolonger Jiha Tinou et 7 nouvelles communes urbaines seront retenues, en plus des 3 actuelles pour lesquelles le travail continue. Le deuxième appel à candidature sera donc lancé début 2015. L’élargissement à d’autres pays de la région MENA est également prévu. Plusieurs hypothèses, dont celle d’utiliser le réseau des agences des énergies renouvelables du bassin méditerranéen Medeler pour exporter MENA Energy Award dans quelques-uns des 12 pays membres, sont retenues. L’agence pense également exporter le concept en Afrique subsaharienne où la demande est très forte. «Nous avons reçu les visites d’équipes venues du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal ou encore de Mauritanie», confie M. Dakkina.