Jeux vidéo pour portables : un gros potentiel encore inexploité

L’industrie mondiale du jeu vidéo atteindra 70 milliards de dollars en 2008. La demande au Maroc est d’à  peine 450 000DH.
Pour les professionnels, le Maroc est outillé pour développer une véritable industrie de développement des jeux.

A peine 450 000 DH par an. C’est ce que représente aujourd’hui la niche du développement du jeu vidéo pour téléphones portables au Maroc. Un chiffre qui paraà®t presque nul quand on le met en relation avec la taille du marché mondial du développement des jeux, estimé, selon les professionnels, à  35 milliards de dollars et qui devrait doubler en 2008. Sur ce potentiel, une bonne partie va aux jeux pour téléphones portables.

Certains constructeurs l’ont bien compris et proposent aujourd’hui des téléphones qui offrent les fonctionnalités liées aux jeux. Nokia, qui implémentait par exemple, dans ses premiers téléphones, des modules basiques comme le célèbre jeu du serpent, en a, depuis, tiré les enseignements et a lancé son téléphone portable high-tech, le N-Gage, téléphone portable dont la fonctionnalité principale est le jeu vidéo. Le marché semble tellement lucratif que des éditeurs de jeux vidéo proposent depuis longtemps des jeux téléchargeables.

Au Maroc, la fièvre n’a pas encore atteint ce niveau. Cela dit, des pionniers de l’édition de jeux sont déjà  présents sur le marché. Il faut savoir qu’aujourd’hui il existe sur le marché marocain une centaine de jeux pour portables développés par des entreprises marocaines et destinés à  une clientèle marocaine. Les prix au téléchargement varient entre 8 et 15 DH par jeu et peuvent, pour certains jeux, atteindre 20 à  25 DH. Lorsqu’on sait que les jeux pour la console N-Gage seront commercialisés à  partir de 10 euros (110 DH), on prend la mesure de l’attractivité des marchés occidentaux. Et c’est justement sur le créneau de l’export que les entreprises marocaines peuvent miser.

«Pour le Maroc, le challenge sera d’investir le secteur des jeux vidéo portables», a affirmé Cyril Vermeil, DG d’Ubisoft Maroc, à  l’occasion de la récente inauguration de l’université de cet éditeur de jeux vidéo, seul éditeur étranger présent sur le sol marocain. Les jeux vidéo sont un marché en pleine expansion dans le monde et il y a assurément des opportunités à  saisir, d’autant plus que le marché domestique est très étroit. Sur un parc de 21 millions de portables, seulement 20 % sont compatibles, soit trois millions de téléphones. Ce qui est insuffisant pour permettre l’émergence d’une industrie du jeu.

On est encore loin du programme d’entraà®nement cérébral du Dr Kawashima sur la console portable Nintendo DS, même si une entreprise marocaine comme Dial technologies a développé un test pour évaluer son quotient intellectuel utilisable sur téléphone portable. Selon Zoheir Lakhdissi, DG de Dialy, l’activité des entreprises spécialisées dans le développement des jeux sur téléphones portables est encore limitée à  la traduction et à  l’adaptation au marché marocain de logiciels achetés en Inde ou en Chine. Pourtant, «techniquement, développer des jeux vidéo sur une application Java n’est pas très compliqué à  faire», explique M. Lakhdissi.

Cela nécessite moins de personnel que les jeux vidéo des consoles de nouvelle génération, moins de moyens et un budget de communication limité. D’un point de vue économique, les passionnés estiment par conséquent qu’un projet de développement de ce créneau est envisageable. Avec un programme de formation adapté, il faut trois années tout au plus pour pouvoir disposer des ressources humaines nécessaires.

Le tout est de positionner l’industrie marocaine sur les «écrans radars» des éditeurs mondiaux de jeux. Pour cela, il faut une stratégie groupée et des moyens. Ce n’est pas impossible. L’essor de l’offshoring en est la preuve .