Jeux de hasard : le circuit informel gagne du terrain

En 2013, la brigade des jeux n’a contrôlé que 120 établissements à  Casablanca, dont 68 ont été fermés. La Sorec et la MDJS accusent respectivement un manque à  gagner annuel de 5% et 7%. Les machines à  sous clandestines, un nouveau créneau qui casse le business de la Loterie nationale.

Un circuit parallèle de paris sur les courses de chevaux, de paris sportifs et autres jeux de hasard… La mafia du jeu existe bel et bien au Maroc. Dans toutes les villes, cafés et surtout bars des paris clandestins poussent comme des champignons. Uniquement à Casablanca, 120 établissements ont été contrôlés en 2013, dont 68 ont été fermés. Un chiffre que certains professionnels qualifient d’insignifiant par rapport au nombre réel des cafés et bars dédiés à ce type d’activités. Pas loin des agences PMUM, dans le quartier du Maârif, aux boulevards Zerktouni, Mohammed V et Hassan II, il existe des cafés équipés d’une télé et de la carte Equidia. Il s’agit d’une chaîne française assurant la retransmission de toutes les courses hippiques en France. Chaque café a son Monsieur PMU. Ils prennent les paris et payent en fonction des résultats.

Ces lieux attirent de plus en plus d’addicts au jeu. Ce succès réside d’abord, pour les courses de chevaux, dans le nombre de réunions jouées par jour. «Les bookmakers jouent toutes les courses françaises, y compris les nocturnes», confirme un professionnel du secteur. Par contre, le PMUM national organise quotidiennement des réunions de midi à 17h. Ensuite, la mise minimale est de 12 DH par course au PMUM, alors que les bookmakers clandestins la fixent à 10 DH. Le gain est un autre avantage qui favorise également le circuit informel. «Chez les parieurs clandestins, les gains sont plus importants vu que le taux de retour (TRJ) peut aller jusqu’à 85% contre 70% pour le PMUM», fait savoir notre source. De plus, le paiement sur place en cas de gros gains (entre 200 000 et 300000 DH) est un argument commercial qui attire les gros joueurs. Ceux-ci préfèrent jouer dans un bar anonyme plutôt que dans une agence PMU et surtout payer leur mise sans TVA (20%).

 «BeIn Sport» concurrent de la MDJS

Loin du centre-ville, dans des cafés comme ceux de Derb Soltane, Hay Mohammadi, Hay Moulay Rchid…, Equidia cède la place à Bein Sport (ex-Al Jazeera sport). Les cafés de ces quartiers reçoivent des centaines de mordus de paris sportifs (notamment le foot) par jour. Là encore, c’est le même raisonnement adopté par les PMU clandestins qui prévaut. Le joueur peut parier sur un seul match et décider lui-même du montant de la mise contrairement au Coté Foot, un produit de la Marocaine des jeux et des sports (MDJS), pour lequel le pari doit porter au minimum sur trois matchs.

Si ces parieurs clandestins ont pu s’installer avec autant de facilités, c’est que la demande existe. A part les casinos, il n’y a pas de lieux publics pour les machines à sous, notamment pour les joueurs issus de la classe moyenne et défavorisée. Rapidement, une mafia a comblé ce vide. «Ces deux dernières années, les cafés qui mettent à la disposition de leurs clients des machines à sous se sont multipliés», explique le professionnel. Ces machines, appelées également Riachate, sont souvent importées d’Espagne en tant que simples machines de jeu «flipper». Le prix d’une machine de deuxième main va de 5 000 DH à 8 500 DH.

«Un coût qui peut être amorti en une seule journée», confirme un ancien parieur. L’explication est que le montant de la mise varie de 10 DH à 30 DH par partie. Le gain, quant à lui, va de 300 DH à 500 DH par mise. «Ce taux de retour important encourage les joueurs à miser davantage». Au grand dam de la Loterie nationale.

 Un chiffre d’affaires légal de 7 milliards de DH en 2013

En 2013, le chiffre d’affaires généré par le marché officiel des jeux de hasard a été de l’ordre de 6,9 milliards de DH. La Sorec (Société royale d’encouragement du cheval) a occupé la première place avec 5 milliards de DH, suivie de loin par la MDJS (1,4 milliard de DH) et la Loterie nationale (500 millions de DH). Bien que les revenus du circuit officiel affichent une progression, le manque à gagner reste colossal. «Le marché parallèle des PMU représente 5% de notre chiffre d’affaires», déclare Omar Skalli, directeur général de la Sorec, lors d’une conférence de presse. A en croire ce patron, «il s’agit d’une part marginale du volume global et concerne un effectif réduit de joueurs». Pourtant, ces 5% (250 millions de DH) représentent la moitié des recettes nettes de la Sorec au titre de l’année 2013. C’est-à-dire après redistribution des gains (70% du CA) et versement de la TVA (20%).

Concernant les paris sportifs, «la MDJS accuse un manque à gagner de 7% de son chiffre d’affaires», confirme une source proche de l’entreprise. Younes El Mechrafi, le directeur général, n’a pas donné suite à notre demande d’interview. Pour lutter contre ce fléau, les opérateurs ont pris les choses en mains. Ils envoient leurs troupes sur le terrain pour identifier les établissements qui pratiquent ce type d’activités. «Toutefois, les services concernés du ministère de l’intérieur n’arrivent pas dans la plupart des cas à trouver des éléments matériels pour prouver le délit», se désole un professionnel.