Jettou veut réduire le prix de l’électricité

Pour encourager l’autoproduction, on envisage la hausse du prix du kWh vendu par les tiers à l’ONE.

Driss Jettou veut donner un coup de pouce à l’entreprise en agissant sur l’un des facteurs grevant sa compétitivité à savoir le coût de l’énergie. Il en a affiché l’intention en recevant la presse, il y a quelques jours, sans toutefois fournir de détails sur la manière de procéder, ni sur l’ampleur de l’aide à apporter à l’entreprise. En fait, confie une source à la Primature, ce projet, qui devrait voir le jour courant 2005, entre dans le cadre, plus vaste, de la mise à niveau des entreprises. Selon cette même source, il s’agira concrètement de concéder une baisse du prix de l’électricité mais seulement pour les entreprises grandes consommatrices de cette énergie.
Quel sera le niveau de cette baisse et à partir de quel seuil de consommation celle-ci sera accordée ? «Il n’y a encore rien qui soit finalisé et donc pas de réponses à vos questions. Mais le directeur général de l’ONE [Ahmed Nakkouche, NDLR], chargé par le Premier ministre de ce dossier, y travaille», précise-t-on. Le conseil d’administration de l’ONE devant se tenir bientôt (avant la fin de l’année, dans tous les cas). Ce sera peut-être l’occasion d’annoncer les mesures prises.

L’électricité reste chère, malgré les baisses de ces dernières années
Il faut dire que longtemps l’entreprise marocaine a subi un prix de l’électricité très élevé par rapport à ses concurrentes du pourtour méditerranéen. Cette cherté du kilowattheure résulte certes de l’importance de la fiscalité frappant les combustibles (plus de 50 % du prix dans certains cas), mais aussi du fait que, jusque-là, c’est l’entreprise qui, par le jeu de la péréquation, subventionne l’électricité domestique.
Malgré tout, d’importantes baisses ont été concédées ces dernières années au profit du secteur industriel : 28 % depuis 1998. Ce à quoi il faut ajouter, depuis juin 2003, une réduction de la TIC ( Taxe de consommation) sur les combustibles de 53 % pour le fioul lourd et de 64 % pour le charbon ; une manière de taxer uniformément les consommateurs de combustibles (comme les cimenteries, les sucreries, l’OCP, certaines industries argroalimentaires, etc.), puisque l’ONE avait bénéficié de cette réduction depuis déjà 2000.
Selon notre source, le projet du premier ministre de soutenir la compétitivité des entreprises comporte en fait un second volet : l’encouragement de l’autoproduction. Dans la mesure où cela est appréhendé sous l’angle de la mise à niveau du tissu industriel marocain, d’aucuns pensent que c’est Salahedine Mezouar, ministre en charge du dossier, qui serait à l’origine de cette idée. Cette hypothèse se basant sur le fait que Settavex, entreprise de textile que dirigeait le ministre de l’Industrie du commerce et de la mise à niveau, recourt elle-même à l’autoproduction de l’électricité (il s’agit, dans ce cas, plutôt de la cogénération, un procédé qui consiste à produire à la fois de la vapeur et de l’électricité).

Le potentiel de cogénération est estiméà 400 MW
Aujourd’hui, il est vrai que certaines entreprises comme l’OCP et Settavex font de l’autoproduction, mais cela reste très marginal. D’une part, parce que beaucoup attendent l’arrivée du gaz naturel, un combustible propre et à forte valeur calorifique. D’autre part, le prix d’achat par l’ONE du surplus de l’électricité produite par ces entreprises n’est pas incitatif (il représente la moitié du prix auquel l’ONE lui-même vend le kWh). L’idée de Jettou, c’est justement de revaloriser le prix du kWh que l’entreprise revend à l’ONE, après avoir bien sûr satisfait ses besoins.
Une étude réalisée, il y a deux ans, par l’espagnol Union Fenosa et un bureau d’études marocain, Citech Ingénierie, avait montré que l’industrie marocaine disposait d’un potentiel de cogénération de 400 MW, soit 4 milliards de DH d’investissements publics évités. Quand on ajoute les aspects respect de l’environnement et création d’emplois que génère le développement de la cogénération, on comprend que le premier ministre s’y intéresse plus que ses prédécesseurs