Jacobs Engineering s’impose discrètement en Afrique

Après le bureau d’Abidjan pour l’Afrique subsaharienne, JESA ouvrira bientôt un bureau à Addis-Abeba pour être à proximité des marchés est-africains. Elle aspire à contribuer au méga-projet de construction de l’usine d’engrais lancé par l’OCP dans ce pays.

Jacobs Engineering SA (JESA) a été à la hauteur des attentes du groupe OCP et de Jacobs Engineering Group Inc ; les deux leaders mondiaux qui ont été derrière sa création en 2009 dans le cadre d’une joint-venture. Censée accompagner l’OCP dans ses grands projets industriels, JESA est devenue en moins d’une décennie une référence africaine de l’ingénierie et des services industriels. Gare interurbaine d’Abidjan, «Faubourg Lébou émergent» considéré comme le plus grand complexe résidentiel au Sénégal, la Tour BCP ou le Data center de Maroc Telecom… L’entreprise arrache de gros marchés tant au Maroc qu’en Afrique subsaharienne et cible désormais l’Afrique de l’Est en lançant bientôt un bureau de représentation à Adis-Abeba, en Éthiopie. «Nous ferons de notre mieux pour figurer parmi l’équipe qui va construire l’usine d’engrais lancée par l’OCP en Ethiopie», concède le très discret DG de JESA, Abdelaziz El Mallah. Pour rappel, ce méga-projet, dont le coût s’élève à 3,7 milliards de dollars et qui rendra l’Ethiopie autosuffisante en engrais, a été lancé durant la visite du Souverain dans ce pays en novembre 2016.

90% des ingénieurs de JESA sont marocains

«De quelques expatriés au départ, nous sommes à près de 1 400 collaborateurs dont 90% d’ingénieurs marocains», précise El Mallah. «En ingénierie, les ressources marocaines sont de bonne qualité malgré tout ce qui se dit sur le système éducatif marocain. Et ce sont nos collaborateurs de Jacobs Group qui le confirment», ajoute-t-il. Peu prolixe quand nous l’interpellons sur quelques chiffres, le dirigeant juge le bilan de JESA comme étant «très positif».

«Nous avons contribué à la réalisation du vaste programme de développement de l’OCP qui n’a d’égal ni au Maroc ni à l’étranger avec des projets se chiffrant à plusieurs milliards de dollars», illustre El Mallah. Exemple : JESA a assuré avec brio les prestations d’ingénierie, d’approvisionnement et de conception pour les quatre unités de production de DAP (engrais binaire) et MAP (engrais composés du phosphore et de l’azote) et les deux unités de granulation qui font partie de la première phase d’extension du hub de Jorf Lasfar. Elle a également construit pour l’OCP l’Université Mohammed VI polytechnique et la Ville verte de Benguerir et s’est vu attribuer par le même groupe la construction du nouveau pôle urbain de Mazagan et le technopole de Foum El Oued près de Laâyoune.

Outre les nombreux chantiers de l’OCP, JESA a gagné la confiance d’autres grands opérateurs marocains, à l’instar de la BCP qui lui a confié la construction de sa tour dans la future place financière casablancaise CFC ou Maroc Telecom avec son Data center. C’est le cas de plusieurs entreprises multinationales comme Siemens avec son usine tangéroise de pales d’éoliennes ou l’américain Hexel avec son site situé au Midparc à Nouaceur.

En plus de la grande taille et de l’expertise mondiale de ses deux entreprises mères, JESA a un autre point fort. Il s’agit de sa double culture en étant une entreprise évoluant et maîtrisant les codes de l’univers managérial et des marchés francophones tout en adoptant un management anglo-saxon à l’américaine, indique-t-on du côté du top management de JESA.

Interpellé sur les ingrédients de réussite de l’offre d’ingénierie marocaine en Afrique, Abdelaziz El Mallah en révèle deux pour le cas de JESA. «D’abord, c’est le fait d’être un opérateur africain. Les Africains sont de plus en plus conscients qu’ils doivent se prendre en charge eux-mêmes. Ensuite, le fait que nous proposons de réaliser des projets avec les pays et leurs ressources locales et non pas les réaliser et disparaître», conclut-il.

Notons enfin que Jacobs Engineering Group Inc est présent dans 30 pays via 250 bureaux de représentation et emploie pas moins de 70000 collaborateurs.

Dans le sillage de sa stratégie d’expansion africaine, JESA organise depuis 2015 l’Engineering Symposium for Africa (ESA) ; un grand rendez-vous biennal de la communauté de l’ingénierie en Afrique. Pour cette deuxième édition organisée à Marrakech du 11 au 12 mai, 300 participants représentant des acteurs africains influents issus de 30 pays ont répondu présent. Des questions ayant trait au leadership, aux villes durables et intelligentes ainsi qu’aux énergies renouvelables ont été évoquées dans des panels interactifs. Des discussions informelles ainsi que des sessions de networking ont été au programme de cette édition organisée sous le thème : «L’Ingénieur au service de la prospérité en Afrique».