Irrigation : Ces cultures «hydrovores» noyées de reproches !

C’est un fait : La consommation d’eau de l’avocatier, la pastèque et les fruits rouges est nettement inférieure à celle des cultures classiques. Les investissements dans l’économie d’eau permettent de valoriser 2 milliards de m3 par an.

Plusieurs voix se sont élevées contre la plantation de cultures «fort consommatrices en eau» ces dernières années, avec la succession de plusieurs années déficitaires en pluviométrie et la difficulté de reconstitution des réserves des nappes. L’avocat, la pastèque et les fruits rouges en sont les premières accusées. Probablement, une aberration, si l’on compare les besoins hydriques de ces cultures à d’autres, disons, plus classiques comme la pomme de terre, les agrumes ou le palmier-dattier.
Pour donner une illustration générale, les besoins annuels moyens en eau d’un hectare de culture varie généralement de 3 000 à 12 000 m3 et dépendent principalement de la saison de la culture et de sa durée du cycle. Au niveau des zones de bour favorable, les céréales et le maraîchage d’hiver consomment entre 3 000 et 4 000 m3/ha. Ces besoins en eau peuvent atteindre 10 000 à 12 000 m3/ha pour certaines espèces d’arboriculture et des cultures pluriannuelles (avocatier, luzerne, canne à sucre…).
Pour commencer, il faut savoir que la plantation de l’avocatier n’est pas réalisée à l’aveuglette. Elle est soumise à des critères techniques et à certaines conditions climatiques, notamment la disponibilité en eau, vu qu’elle nécessite un apport d’eau régulier lors des stades de germination et de développement. La culture de ce fruit est conduite à hauteur de 98% en goutte- à-goutte. De même pour les fruits rouges (fraise, framboise et myrtille) et la pastèque, essentiellement dans la région de Zagora et Tata.

Comparatif des besoins

Le ministère de l’Agriculture nous informe que les besoins annuels moyens en eau d’un hectare de culture sont estimés à 8 000 m3 pour l’avocat, 3 800 à 4 300 m3 pour la pastèque (production précoce et de saison) et 12 000 m3 pour les fruits rouges. Quand on fait le parallèle avec des besoins estimés entre 9 000 m3 et 12 000 m3 pour les agrumes, 4 000 m3 pour la pomme de terre et de 15 000 à 20 000 m3 pour le palmier-dattier en fonction de la salinité et du type de sol, l’on peut réaliser que ces cultures sont accusées «à tort» d’être gourmandes en eau. Cela, sachant que les superficies irriguées destinées aux 1ères cultures sont nettement inférieures aux secondes. Si l’on ne prend que l’avocatier, sa superficie globale représente à peine 2,5% de la superficie irriguée, soit 9 300 ha, contre 8 000 ha pour les fruits rouges et 19 200 ha pour la pastèque. Faisons l’exercice de comparer le besoin global en eau de l’avocatier et des agrumes, par exemple. Avec une superficie globale de près de 9 300 ha pour le 1er et d’environ 130 000 ha pour les secondes (conduites à près de 90% en irrigué), tous types confondus, la consommation monte alors à plus de 73 millions de m3 et 1170 millions de m3 (avec une moyenne de 10 000 m3/ha), respectivement. Il est à signaler également que l’eau aspirée n’est pas totalement consommée par la culture. «Plusieurs litres d’eau sont évaporés lors de leur transport, d’autres sont tout simplement gâchés, alors qu’une bonne partie est aspirée par la plante et alimente la nappe phréatique sous différentes formes : eau, résidus ou encore matières organiques», explique un professeur agronome. Cela d’un côté. De l’autre, il est à savoir que chaque type de culture a une durée de cycle moyen pour produire. Si l’avocatier nécessite 4 à 5 ans pour donner des fruits, ce n’est pas le cas de la pastèque, dont le cycle est de moins de 4 mois, ou encore des fruits rouges qui requièrent quelques mois également.

Fausse perception

C’est dire qu’elles ne sont pas très fortement consommatrices en eau, du moins pas comme le consommateur lambda le perçoit. D’ailleurs, le ministère assure que le choix des cultures par les agriculteurs est ainsi essentiellement dicté par des considérations liées à l’offre en eau, aux contraintes physiques (sol, climat…), à l’accessibilité au marché, aux contrats avec les unités agro-industrielles… D’autant que, pour considérer cette question de la consommation en eau des cultures, il est important de préciser deux notions. La 1ère est liée au volume d’eau nécessaire pour compenser le déficit entre l’évapotranspiration et les pluies efficaces pendant la période de croissance des cultures. La 2e, elle, se réfère à l’eau virtuelle et à l’empreinte hydrique qui permet d’estimer le volume d’eau utilisé pour la production de produits alimentaires consommés. En considérant ce point, les fruits et légumes se trouvent parmi les bons élèves, puisqu’ils nécessitent moins de 300 litres pour produire 1 Kg de produit consommé. En revanche, les céréales consomment 3 à 4 fois plus par Kg. Dans tous les cas, ces cultures restent à très forte valeur ajoutée, vu le nombre d’emplois créés dans les régions de leurs plantations, leur apport en devises au pays, compte tenu du niveau de leurs exportations et la stabilité sociale dans le monde rural qu’elles procurent.
Il n’en demeure pas moins que le Maroc, prenant la question de la raréfaction des disponibilités en eau à bras-le-corps, a engagé plusieurs mesures, pour l’extension des superficies sous irrigation et la généralisation des techniques d’irrigation économes en eau. «Aujourd’hui la quasi-totalité des cultures à haute valeur ajoutée est irriguée en goutte-à-goutte», précise le ministère. De plus, les superficies équipées par des techniques d’irrigation économes en eau sont passées de 160 000 ha à plus de 700 000 ha actuellement. De même, la modernisation intégrale des réseaux collectifs d’irrigation est achevée ou en chantier sur près de 160 000 ha, et l’extension de l’irrigation à de nouvelles terres est achevée ou en chantier sur
82 000 Ha. Ces efforts ont permis de réaliser des avancées en matière de conservation des ressources en eau, d’augmentation de la productivité agricole et des revenus des agriculteurs. D’ailleurs, «nous estimons que les investissements réalisés permettent d’économiser et de valoriser près de 2 milliards de m3 par an», ajoute le ministère. D’autres progrès ont été enregistrés avec des économies d’eau d’irrigation de 30 à 40%, une nette amélioration des rendements des cultures de 40% en moyenne, un dédoublement de la valorisation de l’eau, ainsi qu’une nette appréciation de la valeur ajoutée à l’hectare (multipliée par 2 à 5 fois).

Balance d’eau excédentaire

Il faut savoir que l’équivalent de la superficie des principaux produits agricoles exportés est marginale et ne dépasse pas 1% de la superficie agricole utile nationale. En termes de consommation en eau, ces produits consomment environ 500 Mm3 par an (soit 6% des ressources en eau utilisées en agriculture irriguée) dont environ seulement 70 à 80 Mm3 par les cultures maraîchères.
D’un autre côté, la consommation en eau des principaux produits agricoles importés est de l’ordre de 9 milliards de m3. «Si l’on prend en compte les volumes d’eau nécessaires à la production de nos produits agricoles exportés et ceux exigés à la production des produits agricoles que nous importons, nous sommes structurellement importateurs en eau, avec un bilan excédentaire de plus de 8,5 milliards de m3 d’eau», précise le ministère.
Ceci dit, le ministère a mis en place, dans le cadre de la déclinaison de la Stratégie Génération Green, un dispositif de suivi des assolements et des cultures installées, notamment dans les zones irriguées, pour s’assurer de leur adéquation avec les potentialités régionales et les objectifs de production.

 

Mécanismes

Renforcer la résilience aux changements climatiques

En plus de sa politique de gestion de l’eau, le ministère a mis au point de nouveaux mécanismes visant le renforcement de la résilience du secteur agricole marocain face aux changements climatiques ; cela, à travers le remplacement des cultures vulnérables au manque d’eau par des espèces végétales capables de résister aux changements climatiques comme l’olivier, le palmier-dattier, l’arganier, le cactus, l’amandier, le figuier et le caroubier ; le développement et l’utilisation de variétés végétales génétiquement améliorées pour faire face à la sécheresse pour les céréales et les légumineuses et l’encadrement des organisations professionnelles agricoles et le soutien aux investissements, notamment en ce qui concerne l’équipement en technologies économes en eau.
Par ailleurs, dans le cadre de la Stratégie Génération Green 2020-2030 et du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, le ministère de l’Agriculture poursuit ses efforts pour rationaliser et valoriser l’usage des ressources en eau, améliorer le service de l’eau et assurer la pérennisation des infrastructures d’irrigation.