Investissements marocains à  l’étranger : les entreprises de plus en plus engagées en Afrique du nord

Les opérateurs économiques essaient de surmonter les rivalités politiques.
L’Egypte et la Tunisie accueillent l’essentiel.
Les secteurs du BTP, de l’industrie et de la banque largement prisés.
Les mesures de protection mises en place par certains pays freinent les initiatives.

C’est connu. Le courant d’affaires entre les pays d’Afrique du Nord (Maghreb et Egypte) est encore faible. Mais nombre d’entreprises ont compris qu’il faudra bien surmonter les rivalités et autres divergences politiques pour exploiter les opportunités. Attijariwafa bank, BMCE Bank, Ynna holding (Groupe Chaâbi) et Maroc Telecom, notamment, s’y sont déjà engagés. Et aujourd’hui, même si l’Afrique subsaharienne a la cote, ces dernières années, auprès des opérateurs locaux, les investissements marocains dans la sous-région semblent généralement bien orientés. En 2009, selon les statistiques de l’Office des changes, ils ont totalisé 184 MDH en Tunisie contre 133 millions en 2008, soit une progression de 38,5%. Au total, le stock d’investissements directs dans ce pays a atteint 349 MDH et généré un revenu de 13,8 MDH à fin 2009.
De même, 55 MDH ont été investis en Algérie en 2009 contre 15,7 MDH en 2008, soit une croissance exceptionnelle de 250,3%. Le stock est estimé à 79 MDH. Contrairement au premier pays cité où les investissements marocains ont sensiblement chuté au premier trimestre 2010, à 5 MDH contre 177,7 millions pour l’égale période de l’année précédente, le cap est maintenu en Algérie. Les investissements y ont atteint 30,2 MDH sur les trois premiers mois, alors que rien n’avait encore été réalisé au premier trimestre 2009.

Ynna Holding, un pionnier dans la sous-région

Les statistiques pour l’année 2009 relatives à l’Egypte, elles ne sont pas disponibles, ce qui peut laisser penser qu’aucun investissement conséquent n’y a été réalisé ces deux dernières années. Pourtant, 352 MDH y ont été investis en 2008 et le stock des investissements directs était de 1,6 milliard de DH à la fin de cette même année, soit le plus important stock de la région Afrique du Nord. Durant la même année, ils s’élevaient à 329 MDH en Mauritanie.
Au-delà des chiffres, d’ailleurs difficiles à rassembler, l’expérience réussie de bon nombre d’entrepreneurs marocains installés dans la région Afrique du Nord illustre le potentiel dont regorge le Maghreb. A l’image du groupe Ynna Holding qui, après avoir exporté son savoir-faire en Libye en 1969 avant de s’en retirer pour des raisons politiques, est présent depuis 1984 en Tunisie et depuis 1996 en Egypte. En Tunisie, le groupe a ainsi créé la société El Mawassir qui fabrique des canalisations pour l’eau potable, l’assainissement, l’irrigation et le gaz. Aujourd’hui, tous les employés sont tunisiens. En Egypte, le groupe possède deux sociétés qui opèrent dans la fabrication de batteries de démarrage et d’énergie pour l’automobile et dans l’immobilier résidentiel. «Plutôt que d’exporter des produits finis du Maroc, nous préférons créer de l’emploi local en exportant nos compétences», témoigne Omar Châabi, vice-président exécutif du groupe marocain. «Le bilan de ces expériences est positif. Il faut simplement s’armer de patience et les résultats seront au rendez-vous. Nous avons aujourd’hui l’ambition d’étendre nos activités en Tunisie et en Egypte et pourquoi pas nous implanter un jour en Algérie», poursuit M. Châabi.

Mobilia implantée en Algérie

L’enseigne de mobilier en kit, Mobilia, les a précédés, dans ce pays en ouvrant deux magasins à Alger et Oran. C’est «la prépondérance de la classe moyenne, la capacité de financement, la proximité culturelle et géographique et l’absence de réseau de distribution moderne pour ce type d’articles» , qui ont motivé la direction de Mobilia à tenter l’expérience, selon Hasnaa Idrissi, directrice marketing de l’enseigne.
En définitive, les BTP et l’industrie semblent être les plus porteurs pour l’investisseur marocain, même si des PME dans les secteurs de l’électricité ou l’électronique ont pu décrocher quelques marchés ci et là. Mais les banques montrent également un intérêt particulier pour ces pays. A travers Attijari bank Tunisie, forte de ses 1500 collaborateurs et de son réseau de 150 agences, Attijariwafa bank est bien présente dans ledit pays. Elle s’est aussi associée à la Banque populaire pour acquérir 60 % du capital de BNP Paribas Mauritanie. L’opération a été menée par un holding dont elle contrôle 67 % du capital. Beaucoup mieux implantée en Afrique subsaharienne, BMCE Bank a cherché à investir en Libye et en Algérie, jusque-là sans succès. Elle se contente pour le moment d’une banque d’affaires, Axis capital installé en Tunisie, en attendant mieux.
Bref, si les entreprises marocaines ne manquent pas d’ambitions en Afrique du Nord, il n’en reste pas moins que «l’installation dans un pays donné peut être ralentie par les différentes mesures instaurées ainsi que les règles d’origine conclues par ces pays», note l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), présidée par Younes Zrikem. Il en est ainsi de l’Algérie et de la Libye qui ont mis en place un certain nombre de mesures qui limitent l’attractivité de l’investissement. Il est à espérer que le désir de faire des affaires pour favoriser le développement économique l’emporte sur les rivalités politiques qui, même si elles ne ferment pas les portes, sont de nature à inhiber certaines initiatives. En tout cas, les opérateurs marocains ont plus de facilités pour aller exploiter les opportunités qui se présentent à l’étranger. Preuve en est que la circulaire 1 720 de l’Office des changes, en vigueur depuis août 2007, stipule que l’investissement est libre à l’étranger dans la limite de 30 MDH à condition que l’entreprise marocaine existe depuis au moins 3 ans, que les comptes de l’entreprise soient certifiés par un auditeur externe et que l’investissement projeté soit en relation directe avec l’activité du concerné.