Investissements étrangers : l’immobilier et le tourisme reculent face à  l’industrie et l’énergie

A fin septembre, les recettes des IDE ont crû de 6%, à  20.8 milliards de DH. Avec 22% des IDE, l’industrie se confirme en 2e position après l’immobilier. La France et les Emirats Arabes Unis sont les premiers investisseurs au Maroc.

Globalement, l’investissement étranger au Maroc se porte bien. Trois grands aspects se dégagent des derniers chiffres de l’Agence marocaine de développement des investissements (AMDI) dont La Vie éco a pu prendre connaissance. Déjà, alors que les IDE à destination de l’Afrique du Nord régressent, ceux à destination du Maroc progressent. Ces investissements migrent vers de nouveaux secteurs d’activité aux dépens de l’immobilier et du tourisme, avec un intérêt croissant pour l’industrie. Et puis, ils sont toujours portés par le tandem France – pays arabes, notamment les Emirats Arabes Unis, qui se confirment en tête.
En termes chiffrés, et par rapport à la même période de l’année précédente, le Royaume a clos le troisième trimestre, en progression de 6% sur le chapitre des recettes des investissements directs étrangers. Elles se montent à 20,8 milliards DH. Quant aux flux nets des IDE, qui mesurent le solde entre investissements et désinvestissements, ils affichent une croissance de 16%, pour s’établir à 17,8 milliards DH. La reprise des flux nets se confirme après une baisse continue depuis 2007 jusqu’en 2010. Année qui a connu un record des dépenses annexes aux IDE d’un total de 21,8 milliards DH. Il faut dire que cette bonne tenue de la destination Maroc résulte, entre autres, du désintérêt des investisseurs pour les pays arabes et ceux de l’Afrique du Nord  traversés par les effets du printemps arabe. Dans sa version 2012 du World Investment Report, la CNUCED fait état d’une régression des IDE touchant à la fois la Tunisie (-24%), la Jordanie (-11%) et surtout l’Egypte qui enregistre plus de désinvestissements que d’investissements (-108%). «Le Maroc doit en premier lieu son attractivité à sa stabilité politique, surtout dans le contexte actuel qui fait que cette donne manque sur bien de territoires voisins», explique le management de l’AMDI. Le Maroc surperforme en plus toute la région. L’Afrique du Nord a vu ses investissements étrangers baisser de moitié, alors que le Royaume a enregistré une croissance de 60% de ses flux des IDE entre 2010 et 2011.

L’immobilier en baisse de 18%, le tourisme de 68%

Par ailleurs, l’on assiste depuis la dernière année à un reprofilage de la structure des IDE sectoriels, et la tendance se confirme sur le premier semestre de 2012. Evidemment, le contexte de crise qui impacte dans différentes proportions des secteurs, et en épargne d’autres, pousse les investisseurs à passer au crible fin leur décision d’investissement et choisir les secteurs les mieux immunisés. A cet égard, les IDE dans l’immobilier et le tourisme ont régressé respectivement de 18% et 68%, permettant ainsi à d’autres secteurs d’activité de s’attirer la manne des investissements. L’industrie est le premier bénéficiaire de cette reconfiguration. A fin juin 2012, les IDE dans ce secteur culminent à 3,18 milliards DH contre à peine 2,39 en 2011, plaçant l’industrie en 2e position au niveau des investissements globaux. L’industrie représentait il y a 4 ans 6,4% des IDE, aujourd’hui elle en représente plus de 22%, soit un taux de croissance annuelle moyen (TCAM) de 36%. L’énergie & mines n’est pas en reste. Ce secteur, qui recèle un potentiel énorme, étant identifié comme stratégique pour le pays, a vu ses IDE progresser d’environ 99%, dopé essentiellement par des projets à l’instar de celui du groupe émirati TAQA, qui a créé une filiale locale, JLEC 5&6, chargée de la maîtrise d’ouvrage du projet d’extension de la centrale électrique de Jorf Lasfar.

Cet exemple n’est pas le seul à l’actif des Emirats Arabes Unis. Le pays est présent dans d’autres secteurs, notamment les services financiers à travers la banque d’investissement Gulf Merchant Bank, dont la filiale au Maroc est spécialisée dans l’aquaculture, et l’aéronautique par le biais de Abu Dhabi Aviation/Maximus qui attaque depuis sa base opérationnelle au Maroc les marchés ouest-africain et sud-américain. Ces projets confirment la position des EAU en tant que deuxième investisseur étranger au Maroc, juste derrière la France, dont les IDE se sont appréciés de 10% à fin juin. Ainsi, le total des IDE en provenance de l’Hexagone a atteint 4,67 milliards de DH. La France est présente à travers des projets tels que Sanofi-Aventis dans l’industrie pharmaceutique, Saint-Gobain dans l’équipement automobile et United Technologies/Ratier Figeac dans l’aéronautique. A l’inverse, les investissements en provenance de l’Espagne ont régressé de 60%, dénotant surtout de la crise que connaît le pays ibérique.
Notons enfin qu’à fin octobre, les crédits à l’équipement ont diminué de 1% par rapport à la même période de 2011, démontrant que les acquisitions des biens de production des nouveaux investissements se font pour la majorité en fonds propres. D’autre part, les IDE représentent 10% des investissements réalisés au Maroc (mesurés à travers la Formation brute du capital fixe (FBCF), agrégat recensant les acquisitions des biens de production par les différents agents économiques résidents).