Investissement : Quel poids dans la relance économique ?

• Sur fond de tassement des IDE, l’investissement domestique est plus que jamais appelé à jouer un rôle de catalyseur de la croissance.
• La CGEM estime à environ 200 milliards de DH l’effort d’investissement et de dépense publique dans la phase de relance.
• Le public et le privé appelés à repenser leur manière de procéder et œuvrer dans un partenariat empreint de confiance mutuelle et de volonté, pour des investissements plus efficients et moins rentiers.

Composante essentielle de la création de richesse et de l’emploi, l’investissement est appelé à jouer un rôle de catalyseur pour la phase de relance économique. Ce rôle prend encore plus de poids sur fond de tassement prévu de l’investissement direct étranger qui a déjà commencé à renvoyer des signes d’étiolement sur les quatre premiers mois de l’année (voir encadré). «Il ne faut pas trop parier sur les IDE, étant donné que les investisseurs à l’échelle internationale ne disposent pas de visibilité et que les facteurs d’attrait de l’investissement étranger de la phase post-pandémie ne sont pas encore connus», explique Mehdi El Fakir, économiste et expert en finances. Selon lui, une grande partie de l’investissement (qui a contribué à 32,2% au PIB de 2019 selon les données du HCP dévoilées le 8 juin 2020) doit être assurée par le public et le privé selon une vision harmonieuse et empreinte de confiance des deux côtés. En 2019, l’investissement brut (formation brute de capital fixe et variation des stocks) a enregistré un net ralentissement de sa croissance, passant de 5,8% en 2018 à 0,1% en 2019. La demande intérieure, principal moteur de la croissance, a progressé de 1,8% au lieu de 4% à cause du tassement de la consommation et de l’investissement. Pour remonter la pente dans ce contexte de crise particulièrement délicat, «il doit y avoir une volonté réelle du public et des opérateurs privés pour réaliser des investissements créateurs de valeur ajoutée en s’éloignant de la logique de rente qui a prévalu dans plusieurs secteurs et qui a impacté négativement la croissance et la distribution de la richesse au Maroc», relève M.Fakir. Ce dernier estime que l’investissement doit être toujours abordé sous l’angle qualitatif et non quantitatif. Beaucoup de projets voient le jour chaque année, mais leur impact sur la création de valeur est très limité. D’où la problématique de l’efficience des investissements au Maroc, sachant que le pays a un taux d’investissement parmi les plus élevés à l’échelle mondiale. «A trop être préoccupé par les exonérations d’impôts, les abattements, les baisses des prix du foncier et les avantages de tous genres, on retombe dans des situations de rente masquée», alerte M.El Fakir.
Interpellé par La Vie éco sur le poids que représentera l’effort d’investissement dans la phase de relance de l’économie, Mehdi Tazi, vice-président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) confie que l’estimation de l’enveloppe totale de la relance tourne autour de 400 milliards de DH, dont environ 200 milliards de DH d’investissements et de dépense publique. Le reste devrait être constitué de quelque 100 milliards de DH de remboursements de droits dus aux opérateurs privés et environ 100 milliards de DH de crédits de fonctionnement selon le mécanisme de garantie étatique prévu par le ministère de l’économie et des finances. Chakib Alj, président de la Confédération patronale, estime que l’investissement, notamment à travers la commande publique, est appelé à se massifier. «Dans la phase de relance, nous voulons compter sur des niveaux forts de l’investissement, sachant que nous n’avons pas beaucoup de leviers pour contrôler ce niveau», explique le président de la CGEM. A travers ce volontarisme public, l’économie peut rattraper les pertes enregistrées sur le marché local. A en croire la dernière note de conjoncture de la Direction du Trésor et des Finances extérieures, les émissions au titre des dépenses d’investissement se sont établies àDes investissements massifs 24,6 milliards de DH à fin avril 2020, en légère baisse de 667 MDH ou 2,6% par rapport au niveau enregistré il y a un an. Comparées aux prévisions de la Loi de finances 2020, les émissions ont atteint 34,9%, soit un rythme moins prononcé que les 43,8% réalisés à fin avril 2019. Sachant que la consommation finale des administrations publiques a affiché une hausse de 4,7% en 2019 avec une contribution à la croissance de 0,9 point, tandis que le rythme d’évolution de l’investissement brut (formation brute de capital fixe et variation des stocks) a chuté de 5,8% en 2018 à 0,1% en 2019.
A ce titre, le plan de relance de la CGEM comprend parmi ses mesures transverses phares le maintien et la relance volontariste de l’investissement public, notamment en liant le subventionnement à l’intégration locale (d’après les cas des fédérations sectorielles FIMME, FENELEC, FE, FCS, GIMAS, FMC, FNBTP, FA,..). Le plan de relance propose également la promotion de l’investissement répondant aux mutations sectorielles (nouveaux secteurs porteurs, nouveaux modes de consommation..etc.) ; le maintien des investissements publics dans les territoires ; et la priorisation des investissements dans un second temps, selon leur mobilisation de devises.
Selon M.El Fakir, pour que l’investissement participe durablement à la création d’emplois et de richesses de manière durable dans la relance, il faudra penser à de nouveaux schémas, notamment les partenariats public-privé. A cet égard, le plan de la CGEM propose l’accélération des PPP dans la santé, l’éducation et l’eau, le lancement de plateformes «market-place» de marchés publics fluidifiées et enfin le lancement d’appels à projets transparents et accessibles.

L’investissement étranger